Le déclin de l'Europe et des États-Unis en procès à Davos.

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Le déclin de l'Europe et des États-Unis en procès à Davos

31/01/2011 | Mise à jour : 10:44
Le 41e Forum économique mondial s'est achevé ce dimanche sur une vision sombre de l'avenir des économies occidentales.

Jean-Pierre Robin Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

Avec son absence de rouerie, la chancelière allemande Angela Merkel a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas: «La Chine est le grand vainqueur de cette crise.» Et en dressant ce bilan abrupt devant le Forum économique mondial, la nouvelle Dame de fer de l'Europe range son pays parmi ceux qui sortent par le haut de «la grande récession». «On nous a souvent montrés du doigt», mais aujourd'hui on a la preuve «que l'épargne et la croissance ne sont pas antinomiques», a-t-elle lancé, rappelant que l'Allemagne avait enregistré 3,6% de croissance en 2010.

Un record parmi les «pays avancés» et qui fait envie. Car jamais le clivage n'a été aussi manifeste entre les 1440 patrons d'entreprises venus à Davos, des multinationales pour la plupart, et les responsables politiques occidentaux. «Les premiers vivent au rythme du marché mondial, qui progressera de près de 4,5% et même de 7,2% dans les pays émergents, les seconds ont les yeux braqués sur les courbes du chômage», observe un collaborateur de Christine Lagarde. Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, qui présidait cette année le «Forum énergie» réunissant les leaders mondiaux du secteur, l'admet: «On a un moral d'acier sur les marchés extraeuropéens. GDF Suez a en construction dans le monde une capacité de 25.000 mégawatts, l'équivalent de 16 centrales EPR.»
«La crise financière occidentale» (et non mondiale), comme le souligne l'universitaire de Singapour Kishore Mahbubani, qui reproche à l'Europe et aux États-Unis de ne pas vouloir «appeler un chat un chat», n'aura nullement entamé le rattrapage historique du Sud. Selon une comparaison souvent citée de Ben Bernanke, le président de la banque centrale américaine, le PIB des pays émergents s'est accru de 45% depuis 2005 quand celui des «pays riches» a progressé d'à peine 5%.

Il y a deux ans, au Forum 2009, tout le monde évoquait la grande dépression de 1930 et l'économiste Keynes était le maître à pensée. Cette année on se reporte à l'avant-Première Guerre mondiale et la référence est l'historien Arnold Toynbee, grand spécialiste du déclin des civilisations. «En 1910, lors des funérailles du roi Édouard VII, l'Empire britannique était à son zénith, l'Europe dominait le monde et l'ex-président américain Theodore Roosevelt avait été relégué au fond de la salle lors de la cérémonie», a noté le professeur Simon Johnson, ex-conseiller économique du FMI, dans un dîner consacré à «Une narration économique du XXIe siècle». On connaît la suite: en moins de trente-cinq ans la livre sterling était détrônée par le dollar comme monnaie de réserve mondiale. «La livre a été victime de la faible croissance britannique au lendemain de la Première Guerre, d'une dette publique massive doublée d'une dette extérieure importante», explique l'historien économiste de Harvard Niall Ferguson. La situation actuelle des États-Unis.

«Le XXI e siècle sera asiatique»

«Selon toute vraisemblance le XXI e siècle sera asiatique», a pu annoncer sans excès de doute Susilo Bambang Yudhoyono, le président de l'Indonésie, le plus grand pays musulman au monde, venu également en tant que président de l'Asean en 2011. Alors que les capitaux et les technologies circulent pratiquement sans entraves, la production mondiale de richesses qui se profile sera plus en ligne avec l'importance des populations en présence. Même si à l'heure actuelle, sur les 3,2 milliards de gens qui travaillent dans le monde, 1,5 milliard gagnent moins de deux dollars par jour, selon l'Organisation mondiale du travail. Pénalisés par leur démographie déclinante, les économies occidentales pourront-elles préserver une certaine suprématie en se maintenant aux avant-postes de la «frontière technologique»?

À écouter le premier ministre britannique, David Cameron, et le secrétaire américain, Tim Geithner, marteler la priorité budgétaire donnée à l'éducation, c'est la stratégie revendiquée. Rien n'est pourtant moins sûr. «Les brevets déposés aux États-Unis en 2009 l'ont été par une majorité de non-Américains. De même ce sont les étrangers qui financent désormais les universités américaines les plus prestigieuses dans la mesure où ils obtiennent plus d'un Phd (doctorat) sur deux», confie Jim Goodnight, le patron de SAS, leader mondial des logiciels d'analyse de données, qui milite pour l'amélioration de l'enseignement outre-Atlantique (SAS est l'entreprise préférée des Américains, selon le magazine Fortune, pour ses conditions de travail, dont les 35 heures!).

Fragilisés par leurs finances publiques, alors que l'endettement public brut n'est que de 19% du PIB en Chine selon Yu Yongding de l'académie des sciences sociales, les Occidentaux sont également critiqués pour leur manque de persévérance en matière d'environnement. «Il y a peu de chances que les États-Unis adoptent une législation limitant les émissions de CO2», a admis Susan Hockfield, la présidente du MIT.

Mais peut-on réellement prédire l'évolution des sociétés? «L'avantage de la prédiction météorologique sur la prévision économique, c'est que les nuages ne se mettent jamais en colère», a rappelé Joseph Stiglitz, le Prix Nobel.

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