Et si on légalisait la drogue ?
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Et si on légalisait la drogue ?
par Ronuick (son site) jeudi 6 janvier 2011
Les drogues sont dans notre pays classées en deux catégories : légales (tabac, alcool et médicaments) et illégales, forcément. Tout ceci relève d’un arbitraire quelque peu hypocrite, et, à mon humble avis, on résoudrait pas mal de problèmes (ou au moins on pourrait mieux les traiter) si on adoptait une politique de légalisation de ces substances.
Voici, en 8 points, pourquoi.
Je suis pour la légalisation de la drogue. Oui madame. Comme çà, paf. Et pas seulement du cannabis, mais bien de toutes les drogues : cocaïne, héroïne, amphétamines… Bref, tout le bazar. Pourquoi ?
1. Parce que la situation actuelle relève de l’hypocrisie.
Nous connaissons en effet des drogues tout à fait légales qui causent tous les ans des ravages : je veux bien évidemment parler de l’alcool et du tabac. Pourquoi ne sont-elles pas interdites ? Oui, je sais, les esprits chagrins vont rétorquer qu’avec les réglementations de plus en plus drastiques c’est tout comme. Pensez-vous, on n’a plus le droit de conduire bourré !
Non, revenons à nos moutons. Pourquoi est-ce que l’alcool et le tabac sont autorisés ? Parce qu’ils rapportent beaucoup. Et cela est historique.
La France a toujours été un pays producteur d’alcool et de vin, bien sûr, depuis que Rome nous a apporté sa civilisation et même avant. Et aussi de la bière et des spiritueux. C’est donc un fait culturel : la France produit de l’alcool, dont on connaît les méfaits depuis les temps bibliques.
Alors ? L’Etat, via des taxes idoines, gagne beaucoup d’argent sur la vente d’alcool. Et fait marcher l’économie, car si on interdisait l’alcool, vous imaginez les conséquences économiques en France ? Le vignoble ? A raser ! Le houblon ? Kaput ! Le cognac, ce monument de la gastronomie française ? Un souvenir pour touristes, sous forme de bouteille en verre plein…
Et puis on est pragmatique pour une fois en France : on a vu qu’aux USA, la prohibition ne marchait pas (on y reviendra). Bref, on continue à vendre de l’alcool (et à empêcher au passage).
Le tabac a une histoire plus récente. Mais dès qu’il est arrivé en Europe, grâce à Nicot, en provenance d’Amérique, il a été taxé. Miam ! Une rentrée d’argent juteuse qui en plus s’est accompagnée d’une acclimatation de Nicotania tabacum dans notre pays. Aujourd’hui, l’industrie du tabac se fournit, en partie, en France. Ce sont là aussi des emplois assurés ! Pourquoi donc interdire le tabac qui rapporte autant ? (et qui en plus permet d’économiser salement de l’argent sur les retraites puisqu’en moyenne un fumeur ne vit pas vieux).
Et pourquoi ne pas autoriser les autres drogues ? Eh bien parce qu’il faut les importer, madame ! L’opium et la cocaïne sont surtout produits dans les pays tropicaux, comme d’ailleurs le chanvre indien, même si certains jardiniers amateurs ont réussi de ci de là de belles plantations
2. Parce que l’interdiction des drogues n’empêche en rien sa consommation.
La prohibition des années 20 aux USA aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : on aura beau interdire la consommation d’un produit, il sera toujours aussi attirant, sinon plus. Car c’est bien connu : l’interdit excite les convoitises. Alors, quand on n’a jamais goûté, on cherche à tout prix à « savoir ce que ça fait » et c’est là qu’on essaie et qu’on se retrouve piégé. Ainsi, malgré la débauche de visibilité pour le sexe, est-ce que l’âge moyen du premier rapport sexuel a baissé en France ? Non, ou si peu : la « libéralisation du sexe » n’a pas causé une augmentation de l’activité sexuelle des adolescents.
Alors que si maintenant je veux me mettre à consommer un produit interdit, je me donne, allez, une journée pour savoir où et comment me procurer de la dope. C’est sûr, j’en paierais le prix ! Mais je l’aurais…
3. Parce que c’est ruineux pour les finances publiques.
Imaginez les milliards dépensés pour la lutte contre la drogue. Un vrai gouffre financier. Pour quels résultats ? Une consommation en hausse, des pays producteurs qui produisent toujours plus… Alors que si on légalisait le trafic, l’Etat récupèrerait des taxes non négligeables (comme sur le tabac et l’alcool).
Pour le consommateur de drogue l’opération serait blanche (sans mauvais jeu de mot) car la légalisation ferait s’effondrer les prix. Car on paie aussi la clandestinité et la protection des réseaux. On arrêterait donc de dépenser des milliards en pure perte et en plus on (l’Etat) se remplirait les poches.
4. Parce que le véritable danger est lié au trafic et non pas à la consommation.
Les drogues sont-elles dangereuses ? Certainement, car on parle toujours d’overdoses.
Mais bon soyons réalistes, on meurt plus dans notre pays de sédentarité (vive le vélo à la place de la voiture pour les trajets urbains en autosolisme), d’alcoolisme, ou du tabac, ou encore d’accidents domestiques.
Le plus dangereux, dans l’histoire, c’est la rivalités de réseaux de distribution et la guerre contre la drogue. Avec armes lourdes s’il vous plaît.
Quand la bande A dispute un territoire à la bande B et qu’elle gagne la « bataille », elle fait main basse sur un quartier, et s’y incruste si bien que même un Sarkarcher ne peut les déloger.
A-t-on vu des buralistes se battre à coup de kalachnikov pour se faire un territoire de chalandise ? Ou bien deux pharmaciens ? Ou bien deux vendeurs de vin ? Perso, je vais chez l’un ou l’autre buraliste sans problème. J’y entre au vu et au su de tous, et j’en sors sans être inquiété.
Et le phénomène récent des « go-fast », c’est pas dangereux, çà ?
Légalisons la drogue et on fait tomber d’un coup la source de financement principale de la grande criminalité. Faisons des dealers des gens honnêtes et imposables, ce sera toujours ça de gagné dans la lutte contre l’économie souterraine. Rassurez vous, les revenus qu’on trouve horripilants de ces caïds seraient vite lissés : un prix en baisse, des taxes sur le produit de la vente, mais également des dépenses en moins pour ces amoureux de grosses bagnoles : moins d’armes à feu, de munitions. Ca compte dans les faux frais. Bref, gagnant gagnant !
5. Parce qu’il y a des trafics bien plus dangereux
Si je veux me droguer, je peux le faire. C’est mon choix (c’est un peu plus compliqué que ça mais voilà l’idée générale). Si maintenant on légalise la drogue, alors le dealer du coin deviendrait un commerçant comme un autre. Il vend de la marchandise et fait un bénef. Je ne vois pas un criminel en la personne de mon buraliste !
Par contre, s’il y a un truc que je ne supporte pas, c’est le trafic d’êtres humains. Oui, vous savez, toutes ces filles qu’on emmène des 4 coins du monde sur les trottoirs de nos villes, vous croyez qu’elles ont choisi cette vie d’enfer ? Viols (de la part d’un client ou du réseau) , violences, esclavage… Je trouve cela plus sordide que la drogue !
6. Parce que les policiers ont autre chose à faire
Veiller à la sécurité de leurs concitoyens, lutter contre les trafics d’êtres humains : une tâche plus facile si les armes et les crimes liés à la drogue disparaissent faute de marché !
Revenons sur les moyens déployés et si peu efficaces contre la drogue : chiens dressés (que l’on pourrait employer contre les terroristes, qui du coup perdraient les revenus d’un trafic devenu légal et encadré), hélicoptères (qui coûtent horriblement chers et pourraient être utilisés par les services de secours ou contre la délinquance routière), équipe d’enquêtes touffues.
N’y a-t-il pas plus décourageant pour un policier que de faire une saisie record et de se dire que, de toute manière, ce n’est là qu’un faible pourcentage de ce qui passe tous les jours ? Que lorsqu’un réseau tombe, un autre prend presqu’aussitôt sa place, etc.
7. Parce que la santé publique y gagnerait
Etre cynique, c’est dire que si un drogué souffre de sa condition, c’est de sa faute.
Ce n’est pas vraiment vouloir l’aider à s’en sortir !
Mais revenons un peu à la situation d’un fumeur : ce comportement est tellement visible dans notre pays qu’il ne viendra à personne l’idée de mettre un fumeur au ban de la société (bon, on me dira on les mets déjà au ban des espaces publics). Mais un fumeur qui veut s’en sortir peut trouver du conseil. Plus difficile pour un drogué qui sait déjà qu’il faut un acte répréhensible.
Et reprenons tout l’argent économisé sur la lutte contre la drogue pour faire une véritable politique de prévention !
8. Parce que les sociétés des pays de production y gagneraient.
La culture de la drogue est rentable uniquement pour les bonnets de la drogue : ce sont eux qui font les marges les plus importantes. Si le prix de vente baisse, alors cela se répercute sur toute la chaine et à la base, le paysan a plus d’intérêt à cultiver des plantes vivrières, plus respectueuses de l’environnement et de la santé.
Si l’on veut réguler le marché et, à terme, le faire baisser, légalisons le.
par Ronuick (son site) jeudi 6 janvier 2011
















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