C'est la crainte numéro un de tous les trafiquants de drogues. La police? Non. La «concurrence».

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Bretagne. Le gang qui inquiète... les dealers de drogue
27 novembre 2010

Les règlements de comptes sur fond de trafic de stupéfiants se multiplient en Bretagne. Une équipe de malfrats se serait d'ailleurs spécialisée dans le braquage de dealers. On lui attribue l'enlèvement d'un Brestois retrouvé blessé dans une poubelle, à Quimperlé, le21octobre.

C'est la crainte numéro un de tous les trafiquants de drogues. La police? Non. La «concurrence». Celle des autres dealers, prêts à faire main basse sur la marchandise ou sur l'argent généré par les ventes. Dans le milieu, on appelle ça, «se faire carotter». La grosse tuile. Celle qui peut vous placer en fâcheuse posture de débiteur. Et dans ce milieu-là, les «différends commerciaux» se règlent, au mieux, à coups de poing ou de batte de base-ball.

Au moins six homicides depuis 2007

Pour faire pression, l'enlèvement du débiteur, ou celui d'un proche, est également pratiqué. Un frère, une soeur, une mère. Très efficace. Discret aussi. Les victimes vont rarement se plaindre. «Même une dette de quelques dizaines d'euros peut dégénérer et finir à coups de couteau ou de fusil», illustre un policier. Parfois, ces règlements de comptes connaissent une issue tragique. Le procès qui doit s'ouvrir à Quimper le 7décembre prochain en est une illustration. Un jeune homme âgé de 24 ans comparaîtra pour des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le 30mars 2008, il avait asséné deux coups de couteau mortels pour une dette de140 EUR de cannabis. Les règlements de comptes sur fond de stupéfiants et guerre des territoires ne manquent pas. Ce n'est pas Marseille ou Grenoble, mais nous avons tout de même recensé six autres homicides et deux tentatives commis ces trois dernières années à Nantes, Brest, Lorient et Rennes.

Course-poursuite à Guer: la même équipe

Selon nos informations, les faits qui se sont produits le 21octobre dernier à Brest, Quimperlé et dans le Morbihan sont directement liés au trafic de stupéfiants. Ce jour-là, plusieurs hommes lourdement armés, brassards «police» au bras, ou blousons «douanes» sur le dos, avaient enlevé au petit matin un homme âgé d'une trentaine d'années dans le quartier de Pontanézen, à Brest. Pour une raison inconnue, le gang avait abandonné son «colis», salement amoché, 115km plus loin, dans un container d'une rue de Quimperlé. La suite? Il est à présent établi que c'est la même équipe qui a mis les forces de gendarmerie sur les dents dans le Morbihan, quelques heures plus tard. Après avoir accroché et dérobé un véhicule sur la voie express, les kidnappeurs avaient été pris en chasse jusqu'aux portes de Rennes, à Guer(56). Un des quelque70gendarmes mobilisés avait même fait usage de son arme. En vain. Malgré l'intervention de chiens et d'un hélicoptère, l'équipe s'était volatilisée.

Saisies à répétition à Brest

Qu'est venue faire cette équipe à Brest? Un «investisseur» ou un fournisseur a-t-il demandé des comptes après les rudes coups portés au réseau brestois par la police (120kg de résine de cannabis et 5kg d'héroïne saisis mi-octobre, 190kg de résine de cannabis interceptés en avril)? Selon nos informations, l'épisode de Quimperlé n'aurait aucun lien avec ces saisies. À ce stade, deux hypothèses: celle d'un acte purement crapuleux (appât du gain). Et celle d'un règlement de comptes. L'équipe en question n'en serait, en tout cas, pas à son coup d'essai. Elle se serait déjà illustrée dans la nuit du 17 au 18octobre, dans une commune de la banlieue rennaise. Ce jour-là, plusieurs hommes encagoulés et munis de brassards «police» frappent à la porte d'un appartement, à 6h du matin. La porte s'ouvre sur un homme âgé d'une trentaine d'années, sa compagne et leur bébé né quelques jours plus tôt. Les individus les aspergent de gaz lacrymogène et frappent le jeune père. «Où as-tu planqué ton fric?», hurlent-ils. L'équipe repart quelques instants plus tard avec la voiture du jeune père, une BMW noire et, selon nos informations, avec une forte somme d'argent en liquide.

Trafiquants très nerveux

D'autres opérations du même type se seraient déroulées dans la région ces derniers mois. Toutes attribuées à la même équipe. Dans le petit monde du trafic de stupéfiants, on évoque notamment100kg de résine de cannabis «carottés» à Brest avant l'été dernier. Interrogée sur une éventuelle guerre des gangs, la police judiciaire assure ne disposer d'«aucun élément» pour étayer ces faits supposés. Fondés ou pas, ceux-ci ont, en tout cas, une conséquence bien réelle: les esprits s'échauffent chez les trafiquants.

Hervé Chambonnière

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