L'ouverture du pape Benoît XVI à l'utilisation du préservatif "dans certains cas"...

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Préservatif: un pas très attendu qui infléchit l'image de Benoît XVI
De Ljubomir MILASIN et Michèle LERIDON (AFP) – Il y a 2 heures

CITE DU VATICAN — L'ouverture du pape Benoît XVI à l'utilisation du préservatif "dans certains cas" constitue un pas très attendu, loin de son image de pape ultra-conservateur, même s'il ne remet pas en cause l'opposition de l'Eglise à ce moyen de contraception, selon les experts.

Dans un livre d'entretiens "Lumière du monde", qui sort mardi en Allemagne et en Italie, le pape a admis pour la première fois l'utilisation du préservatif "dans certains cas", "pour réduire les risques de contamination" du virus du sida.

"Le pape a fait un pas qui était mûr et attendu aussi bien parmi les théologiens que parmi les conférences épiscopales", relève le vaticaniste Luigi Accatoli du Corriere della Sera.

L'an dernier, lors du synode sur l'Afrique, continent dévasté par la pandémie de sida, le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turckson avait défendu l'usage du préservatif, en particulier quand un membre d'un couple est contaminé. De nombreuses voix s'élevaient en ce sens dans le monde catholique de ce continent, dont sont issus pas moins de quatre des nouveaux cardinaux consacrés ce week-end.

Jusqu'ici, le Vatican, opposé à toute forme de contraception autre que l'abstinence, réprouvait l'usage du préservatif même pour prévenir la transmission de maladies. En mars 2009, Benoît XVI avait soulevé une immense polémique en déclarant, lors d'un voyage au Cameroun et en Angola, que l'utilisation du préservatif "aggravait" le problème du sida.

"Cette fois-ci le pape semble avoir parlé davantage comme pasteur, donc avec davantage de tolérance, que comme chef de l'Eglise. C'est un discours qu'il n'aurait pas pu tenir de manière officielle, formelle", a estimé pour l'AFP le vaticaniste Bruno Bartoloni.

Pour Marco Politi, du Fatto quotidiano (gauche), il s'agit d'"un changement radical", qui "démontre que la diabolisation absolue du préservatif exprimée durant son voyage en Afrique était une impasse, qui n'était soutenable ni scientifiquement, ni théologiquement, ni moralement".

Politi s'étonne toutefois devant l'AFP que le pape ait fait ses déclarations dans un livre, qui semble vouloir "réparer les dégâts médiatiques des crises" de ces cinq années de pontificat et "relancer son image".

Même écho chez Giancarlo Zizola de la Repubblica, pour lequel les positions prises par Benoît XVI dans ce livre -non seulement sur le préservatif mais aussi sur la pédophilie ou les relations avec les musulmans-, "suffisent, même si ce n'est que d'une manière provisoire, à réviser le stéréotype du +berger allemand+". "Il en ressort un portrait plus problématique et complexe de (Joseph) Ratzinger qui démontre avoir appris de ses propres erreurs de parcours", juge-t-il.

Reste que les propos de Benoît XVI "ne changent pas la doctrine en soi, la morale catholique reste opposée à l'usage du préservatif", tranche Giovanni Maria Vian, directeur de l'Osservatore Romano, le quotidien du Vatican.

Dans l'ouvrage, le pape ne cite d'ailleurs qu'un cas pour lequel il admet le préservatif : celui d'un prostitué dans la version allemande, une prostituée dans la version italienne. "Ce dont le souverain pontife parle est un acte de charité et il n'en découle aucune conséquence destructrice pour la doctrine. Benoît XVI parle de l'utilisation du préservatif non pas à des fins de contraception mais comme charité (...) pour éviter la contagion", relève Vittorio Messori, un écrivain catholique, proche de Benoît XVI.

Pour lui, "le pape fait référence à un acte juste tandis que l'interdiction d'utiliser le préservatif est liée à la condamnation de la contraception et n'a rien à voir avec le danger de contagion".

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[Zappiste: on peut affirmer que le cannabis, la GUERRE à la drogue, sont aussi une impasse, qui n'est soutenable ni scientifiquement, ni théologiquement, ni moralement".]

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Préservatif et sida : le pape «est encore loin du compte»

21/11/2010 | Mise à jour : 14:17

RÉACTIONS - Même si associations anti-sida et observateurs saluent les déclarations du pape sur l'utilisation du préservatif «dans certains cas», ils demandent à ce que Benoît XVI aille plus loin.

L'usage du préservatif peut être utile « dans certains cas ». Le revirement du pape à propos du moyen emblématique de contraception a été salué comme un premier pas par les associations anti-sida et les observateurs. Mais ils estiment que le chemin à parcourir par l'Église est encore long.

« La brèche est ouverte. Ce qu'il dit, je l'assume totalement. Le préservatif doit permettre d'arrêter le virus. Il est non seulement utilisable mais il doit être utilisé », selon Gérard Guérin, responsable de l'association française Chrétiens et sida.

Dimanche matin, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué les déclarations du pape, les jugeant «bienvenues» et «réalistes», dans un entretien au journal portugais Publico. «Cela montre que le pape et le Vatican ont pris conscience que le sida est une des maladies les plus graves au monde qui affecte des millions de vies et que nous devons travailler ensemble», a-t-il affirmé.

Dès samedi, Michel Sidibé, directeur exécutif d'Onusida, l'organisme des Nations Unies chargé de lutter contre la propagation du virus du sida, avait jugé que les propos du pape représentaient un «pas en avant significatif et positif du Vatican».

Chez Act Up, on préfère souligner que le pape est « encore loin du compte ». « Après avoir dit que le préservatif aggravait l'épidémie de sida, après s'être mêlé de questions sur lesquelles il n'a aucune expertise, le pape semble enfin prendre en compte le principe de réalité. Il admet enfin que le préservatif protège du sida et ne l'aggrave pas », écrit Act Up-Paris. « Est-ce une prise de conscience de la complicité de l'Eglise catholique dans la propagation de l'épidémie de VIH ? » « Si le pape veut vraiment lutter contre l'épidémie, il faut qu'il aille beaucoup plus loin, il faut qu'il reconnaisse que les politiques d'abstinence et de fidélité sont des échecs et sont directement responsables de la mort et de la contamination de centaines de milliers de personnes », ajoute l'association.

Le pape, regrette le Sidaction, « continue d'affirmer que ce n'est pas la façon à proprement parler de venir à bout du mal de l'infection au VIH. Les acteurs de la lutte contre le sida ne peuvent que se désoler d'une nouvelle prise de position qui est à l'opposé des certitudes scientifiques. L'utilisation du préservatif doit être promue de façon étendue partout où des hommes et des femmes sont exposés au VIH», a ajouté l'organisation dans un communiqué.

Ce « ralliement à une position plus éclairée et moins scandaleuse sur la question du préservatif » est le signe « qu'il tente de réagir face au discrédit avancé dont il est l'objet », écrit le rédacteur en chef de Golias, Christian Terras, sur le site internet de la revue protestataire catholique. « Même au Vatican les choses finiraient-elles par bouger enfin ? », s'interroge-t-il. Christian Terras rappelle la « déclaration choquante » de Benoît XVI en mars 2009 lors d'un voyage en Afrique, quand le Saint-Père avait affirmé que le préservatif « aggrave le problème » du sida. Le rédacteur en chef de Golias n'est toutefois pas surpris de ce revirement d'un pape « dogmaticien et non moraliste », «moins hanté par les questions sexuelles que son prédécesseur polonais » Jean Paul II.

Reste que, selon le théologien Xavier Lacroix, interviewé sur le site du quotidien La Croix, le pape n'a pas forcément changé d'opinion. «Je ne pense pas qu'il y ait un changement sur le fond par rapport aux positions antérieures de Benoît XVI ou de Jean Paul II. Ils ont toujours souligné que le préservatif ne pouvait pas être le seul -j'insiste- moyen de prévention du sida», déclare le doyen de la Faculté théologique de Lyon. «En revanche, je note une évolution dans le vocabulaire qui me semble plus positif, plus affirmatif. Il se situe dans le registre positif, ce qui me paraît correspondre aux positions développées par la plupart des moralistes catholiques», poursuit-il.

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