Afghanistan: Les narco-tentations du «Cannabistan»

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Publié le 25 septembre 2010 à 10h43 | Mis à jour le 25 septembre 2010 à 10h43

Les narco-tentations du «Cannabistan»
Fabrice de Pierrebourg
La Presse

La drogue fait partie de l'environnement de la base avancée canadienne à Sperwan Ghar et de toute la zone d'opération des troupes canadiennes. Pavot ou cannabis, selon les saisons. Il n'y a qu'à se pencher pour se servir, et certains ne se gênent pas. Un jour, un soldat vient me chercher pour « me montrer quelque chose «. Il m'invite à le suivre jusqu'à une pièce qui sert de chambre à une poignée de soldats. Il ouvre la porte. Ses collègues sont hilares : du pot est en train de sécher sur des fils qui courent sur toute la longueur d'un des murs. L'un d'eux suggère à la blague que je prenne une photo.

Martyrs d'une guerre perdue d'avance sera en librairie mercredi.

Je décline poliment son invitation.

Les autorités militaires canadiennes n'ont jamais caché que la facilité avec laquelle les soldats déployés en Afghanistan peuvent se procurer des stupéfiants les préoccupait. « L'accès à des drogues illicites est la routine», précise une note de briefing adressée en 2007 par un responsable de la police militaire au commandant de la Force opérationnelle.

Chaque année, les policiers militaires mènent des investigations reliées à ce problème (...). Si on en croit leurs rapports, les fautifs, soldats et civils, ont été surpris en train de fumer du haschisch ou en possession d'une pipe à haschisch ou de boulettes. Certains ont été démasqués à la suite d'inspections menées avec des chiens renifleurs juste avant leur départ de Kandahar pour le Canada. Pour ces amateurs de paradis artificiels, la sanction est immédiate : rapatriement au Canada et éventuellement incarcération dans une prison des Forces canadiennes.

Le célèbre haschisch afghan est tellement prisé que certains trafiquants ne reculent devant rien pour satisfaire leurs clients. Y compris le faire pénétrer par camion sur la base de KAF.

Le 27 novembre 2008, deux petits sacs remplis de haschisch ont été découverts par hasard dans la cour de l'Unité d'appui du génie lors du déchargement d'un camion d'une compagnie afghane rempli de pièces métalliques. Les deux chauffeurs ont été interrogés, mais les rapports préliminaires et succincts de la police militaire que j'ai consultés ne permettent pas d'en apprendre plus. Impossible de savoir s'il s'agissait d'une première avortée ou d'un mécanisme d'approvisionnement des troupes canadiennes bien huilé et bénéficiant de complicités internes.

(...) La drogue la plus prisée des militaires est la marijuana, devant la cocaïne et l'ecstasy. Les drogues synthétiques de type méthamphétamine demeureraient en revanche marginales. [...] Quand des soldats ne se droguent pas volontairement, ce sont les paysans du secteur de Sperwan Ghar qui se chargent de le faire.

À chaque récolte, les Afghans ont l'habitude de ne conserver que les cocottes. Tout le reste est brûlé sur place. Des milliers de plans dévorés par les flammes. Et une épaisse fumée odorante qui se balade au gré des vents jusque sur la base.

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Fabrice de Pierrebourg
La Presse

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Publié le 25 septembre 2010 à 05h00 | Mis à jour le 25 septembre 2010 à 10h21

Un crâne d'Afghan en guise de cible
L'effet conjugué de la folie, du stress et, peut-être aussi, de la bêtise débouche inexorablement sur des dérapages peu glorieux, comme celui que j'ai découvert au cours de mes recherches. Le 30 mai 2009, trois soldats du 3e Bataillon du Royal 22e Régiment de Valcartier avaient caché un crâne dans un recoin de leur base, sur lequel ils avaient peint une cible, dessiné des moustaches et inscrit la date où ils l'avaient trouvé, en plus de le coiffer d'un chapeau de Noël, m'a-t-on dit.

Ce n'est que deux jours plus tard que le commandant du détachement a été mis au courant de l'histoire par un caporal-chef.

D'où venait ce crâne? Selon ce que l'ANP, la police nationale afghane, a indiqué aux autorités militaires canadiennes, un policier afghan le leur aurait donné alors qu'ils étaient en opération près d'un cimetière. Était-ce un cimetière taliban?

Pour quelle raison ce policier avait-il agi ainsi? Visiblement choqué, l'un des militaires qui m'a soufflé cette anecdote dégoûtante, et qui était présent en Afghanistan à cette époque, m'a en outre raconté que ces trois soldats avaient rapporté leur prise de guerre en la fixant sur leur blindé -information que je n'ai pu valider.

Ce militaire imaginait avec une pointe de dégoût le blindé orné de sa relique macabre traversant les villages sous les yeux médusés de leurs habitants.

Les soldats coupables de cette ignominie, qu'on croirait tout droit sortie des heures les plus sombres de la guerre du Vietnam, ont été rapatriés immédiatement à la base de Valcartier, où ils ont subi un procès par voie sommaire, comme me l'a confirmé la Défense nationale.

Ils ont été accusés en vertu de l'article 129 de la Loi sur la défense nationale, qui réprime toute «conduite préjudiciable au bon ordre et à la discipline». L'un d'eux a payé une amende de 500$ et tous trois ont fait l'objet d'une réprimande et de mesures administratives que l'armée tient secrètes (cela peut aller jusqu'à l'exclusion des Forces).

Ils ont aussi été privés des primes versées aux militaires déployés en Afghanistan. Quant au crâne, il a été rendu dans une boîte au chef-adjoint de district par un officier de la COCIM (coopération civilo-militaire) avec les excuses de l'armée!

À la même époque, d'autres crânes sont apparus sur les carrosseries: des têtes de mort peintes, accompagnées de messages à l'adresse des insurgés, une pratique largement répandue au sein des forces américaines. «Nous, on tue les talibans, ce n'est pas comme les Canadiens», m'a répondu avec un air provocateur un marine qui était en train d'en peindre une sur la tourelle de son Humvee.

Je lui faisais part de ma surprise en lui précisant que ce genre de chose n'était pas toléré au sein des troupes canadiennes. Puis il a ajouté: «Un prisonnier taliban m'a déjà dit que, dans l'ordre, ils préféraient attaquer des Américains, puisque nous sommes leur vrai ennemi, puis les Anglais, pour des raisons historiques, et enfin les Canadiens, car ils ne sont pas la cible la plus intéressante pour eux.»

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Publié le 25 septembre 2010 à 10h36 | Mis à jour le 25 septembre 2010 à 10h36

Bienvenue chez les Kafards
Fabrice de Pierrebourg
La Presse
«Nous sommes dans une zone de guerre, pas dans un parc d'attractions.» C'est par cette petite phrase assassine, affichée en février 2010 sur le site internet de la Force internationale d'assistance à la sécurité que le sergent-major Michael T. Hall a sonné la fin de la récréation sur la base multinationale du Kandahar Air Field (KAF) la base principale de l'OTAN près de Kandahar. Adieu les Burger King, Pizza Hut, Subway, Dairy Queen et autres enseignes porte-étendard de la «culture» nord-américaine qui pullulaient autour du boardwalk, l'avenue du Mont-Royal du camp, pour conforter le moral des troupes. Une décision entérinée peu après par le général Stanley McChrystal, alors commandant en chef des troupes de la FIAS en Afghanistan. Le message envoyé aux soldats était clair: oubliez les Whoppers, il est temps de se recentrer sur la mission.

Un des motifs invoqués pour justifier cette décision était de nature purement logistique. Pour l'état-major de la FIAS, il devenait impératif de récupérer des espaces, notamment pour le stockage, dans la perspective de l'arrivée imminente de renforts de dizaines de milliers de soldats supplémentaires. [...] Deuxième motif, il n'est pas question de continuer à gaspiller des ressources militaires pour acheminer et sécuriser des cartons de pains, de sauce tomate bourrée de sucre et de sel et de pots de cornichons, au détriment du ravitaillement en eau, en nourriture et en munitions des soldats.

Cette décision impopulaire a fait grincer bien des dents sur la base. Sur les blogues, les attaques ont fusé de toutes parts. «Combien de ces courageux généraux ont été tués depuis le début de la mission?» «Pas étonnant de la part d'un homme qui ne prend qu'un repas par jour.» Mais je parie que l'initiative discutable du général a fait sourire les soldats affectés dans les bases opérationnelles avancées (FOB), où le confort est plus que rudimentaire. Ces derniers ne cachent pas leur mépris envers les Kafards, surnom péjoratif et explicite qu'ils ont attribué aux résidants permanents de la base de KAF. À les entendre, les Kafards sirotent leur cappuccino frappé et passent leur temps à se lamenter, pendant que d'autres meurent au combat à quelques minutes de vol d'hélicoptère.

Un tel antagonisme n'a rien d'étonnant. Toutes les armées du monde sont une sorte de village gaulois agité par des rivalités entre les différents armes et corps de métier, et où il est de coutume de cracher sur les «planqués» de l'état-major! Les Kafards pouvaient toutefois se consoler. Le Tim Hortons - qu'on avait amené à grands frais (près de 4 millions de dollars) par avion-cargo en 2006 pour assurer le moral des troupes - n'était pas menacé par le grand nettoyage de printemps ordonné par le général McChrystal. Seulement déplacé, hors de sa vue, dans la zone où résident les Canadiens. Voilà au moins une victoire à mettre à l'actif du Canada!

Pour certains esprits critiques, la base de KAF ressemble à un vrai camp de vacances, un genre de séjour tout compris, ennuyeux certes, mais où on ne risque pas grand-chose, à part se fouler une cheville, se brûler avec un café ou, si on est très malchanceux, recevoir une roquette sur la tête. «Être déclaré atteint de stress post-traumatique à KAF, c'est la honte», assène un soldat qui a passé le plus clair de son temps «outside the wire».

La base de KAF est située à deux petites heures de vol de Dubaï. Mais voyager de Dubaï à Kandahar, c'est comme se rendre de Monaco à Port-au-Prince. Passer du «paradis» à l'enfer, le temps d'un plateau-repas et de quelques pages de lecture. Deux heures à contempler le paysage qui défile devant les hublots d'un antique Boeing 737-200F d'une compagnie nolisée du Maryland, qui fait la navette deux fois par semaine à raison de 600$ par trajet. À bord, on trouve des civils employés sur la base, des mercenaires et des journalistes.

La route empruntée survole d'abord le golfe Persique, puis c'est l'Iran - du moins je l'imagine, car le commandant de bord n'est pas très loquace sur l'itinéraire emprunté. Une succession de grandes étendues de sables sculptées par les vents et de hautes montagnes abruptes aux sommets parfois saupoudrés de neige. [...].

Au loin, la base de Kandahar est enveloppée dans une sorte de brume grisâtre. Difficile de savoir s'il s'agit d'un brouillard ou d'un nuage de poussière. L'avion la dépasse, puis vire subitement vers la gauche et amorce une descente rapide. [...] La manoeuvre n'a duré que cinq minutes. [...]

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