L'OMS s'attaque au fléau de l'abus d'alcool chez les jeunes

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L'OMS s'attaque au fléau de l'abus d'alcool chez les jeunes
21/05/2010 | Mise à jour : 19:51 Réaction (52)

L'OMS s'attaque au fléau de l'abus d'alcool chez les jeunes

Par Sandrine Cabut

Les mesures adoptées par les 193 États membres portent sur la régulation des ventes, les prix et la publicité.

Après des années de tergiversations, l'Organisation mon­diale de la santé (OMS) vient enfin d'adopter une stratégie musclée visant l'usage abusif de l'alcool chez les jeunes, en s'attaquant notamment au grand marché de la publicité. «C'est une réalisation de taille, une véritable percée», s'est félicité le secrétariat de l'OMS après le vote unanime des 193 États membres de l'organisation réunis en Assemblée. Il y a deux ans, le sujet avait déjà été mis sur la table des discussions, donnant lieu à de vifs, mais vains, débats. Les ONG avaient alors dénoncé les pressions des multinationales du secteur qui redoutent les conséquences d'un document qui, un peu sur le modèle de la lutte contre le tabac, propose de s'attaquer de front à la commercialisation de l'alcool et à sa publicité.

Cette fois, selon les experts, la prise de conscience des conséquences socio-économiques de ce fléau a permis un consensus. La consommation excessive d'alcool est le cinquième facteur de risque de décès prématuré et d'incapacité dans le monde, estime l'OMS. Et près de 2,5 millions de morts annuelles (dont environ 45 000 en France) lui seraient imputables.

L'abus d'alcool chez les jeunes, rançon des nouveaux modes de consommation (bitures express ou binge drinking, apéros géants…), a également joué un rôle dans l'adoption du document. En 2004, l'alcool aurait entraîné la mort de 320 000 jeunes de 15 à 29 ans.

«Les beuveries se sont aggravées chez les jeunes. Nous ne pouvons pas nous permettre de retarder encore notre intervention», a insisté le représentant de l'Afrique du Sud, tandis que le délégué du Suriname a remarqué que l'âge moyen d'accès à l'alcool dans son pays était de 12 ans, mais que certains commençaient même dès 10 ans. En France, les spécialistes s'alarment aussi du nombre croissant de coma éthylique chez des adolescents de plus en plus jeunes.

Un marketing pernicieux

L'OMS propose une série de mesures, allant d'un renforcement des lois pour réduire le phénomène de l'alcool au volant avec des sanctions efficaces, à la lutte contre la fabrication illicite de boissons alcoolisées, en passant par la régulation de la vente de ces produits. Elle suggère aussi de s'attaquer à deux autres points sensibles : les prix et la publicité.

De fait, la publicité s'avère particulièrement pernicieuse pour les jeunes, car elle utilise les nouveaux supports tels que les courriels, SMS et forums sociaux sur Internet, estime l'organisation onusienne. Le marketing fait également «appel à des techniques publicitaires et promotionnelles de plus en plus élaborées, qui associent notamment les marques d'alcool à des activités sportives ou culturelles». Le document propose que soient renforcées les réglementations sur «le contenu et le volume du marketing» dans les médias. L'interdiction de «la promotion d'alcool en rapport avec des activités qui visent les jeunes» est même proposée.

Par ailleurs, selon l'OMS, il est prouvé qu'augmenter les prix provoque globalement une baisse de la consommation. Un expert suggère donc d'instaurer des «taxes spécifiques, assorties d'un système de répression efficace», ou encore d'«interdire ou limiter les promotions directes ou indirectes sur les prix».

Reste à savoir quelle sera la portée de ces recommandations. «Le document est non contraignant et sa mise en œuvre ne sera pas simple dans les pays les plus pauvres», reconnaît un expert de l'Organisation. D'autant que les industriels vont eux aussi sans doute réagir.

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Ces alcoolisations aiguës provoquent des lésions de l'encéphale encore en développement.
Par Sandrine Cabut

Comas éthyliques ou encore accidents de la circulation, les «bitures express» (binge drinking des Anglo-Saxons) peuvent se terminer de façon dramatique. Mais ce mode d'alcoolisation, qui concerne désormais près d'un adolescent sur deux en France, a aussi des conséquences à plus long terme, moins spectaculaires mais tout aussi préoccupantes. Les publications scientifiques se multiplient dans ce domaine, et elles vont toutes dans le même sens. Même entrecoupée de périodes d'abstinence, la succession de «bitures express» (définies comme l'absorption d'au moins cinq verres d'alcool à une même occasion) abîme le cerveau, encore en plein développement, des adolescents. La dernière étude en date, qui vient d'être publiée dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences américaines (PNAS), décrit précisément des lésions au niveau de l'hippocampe. Cette petite zone, située à la hauteur du lobe temporal, joue un rôle clé dans les processus d'apprentissage et de mémorisation, notamment des informations spatiales.

Ces dernières années, des imageries cérébrales d'adultes et même d'adolescents avaient déjà montré que la consommation répétée d'alcool entraîne une réduction du volume de l'hippocampe, ce qui pourrait expliquer en partie les troubles de mémoire dont souffrent les alcooliques. Les chercheurs américains qui publient dans PNAS sont allés plus loin. En disséquant le cerveau de jeunes macaques, soumis pendant onze mois à un régime de binge drinking suivi d'une abstinence de deux mois, Michel Taffe (Université de Californie La Jolla) a carrément mis en évidence un déficit de la formation et du développement des neurones dans cette zone cruciale pour la mémoire. «Le binge drinking pendant l'adolescence induit d'autres types de lésions cérébrales que ce même comportement à l'âge adulte», estime le chercheur américain Douglas Matthews dans son article publié dans la revue ­Alcohol.

L'hippocampe n'est pas la seule zone à pâtir des alcoolisations précoces. Selon des études chez des rats, le cortex frontal, qui intervient notamment dans le contrôle de l'impulsivité, serait aussi particulièrement vulnérable pendant l'adolescence. Reste à le confirmer chez l'homme. C'est ce que prévoit de faire une étude européenne, coordonnée par Mickaël Naassila (Inserm, Amiens), dont l'équipe de recherche est la seule en France à travailler sur l'alcoolodépendance et l'alcoolisation précoce. En collaboration avec des Anglais, ce chercheur va étudier le cerveau de centaines d'étudiants de première année, grâce à des tests neuropsychologiques et à des examens en IRM fonctionnelle. «En principe, la maturation cérébrale dure jusqu'à 20-25 ans, explique Mickaël Naassila. Chez les binge drinkers, nous nous attendons à observer un retard de maturation du cortex, en particulier frontal. Nous suspectons aussi une hyperactivité au niveau de l'amygdale, impliquée dans les émotions et les addictions.»

Une chose est sûre, ces atteintes anatomiques ne sont pas anodines. Une enquête conduite récemment en Angleterre conclut que les ados adeptes des «bitures express» souffrent d'altérations de la mémoire prospective (qui correspond à la capacité de se rappeler d'effectuer une action préméditée comme aller à un rendez-vous chez le dentiste, payer une facture…). Des médecins belges ont, eux, constaté que les étudiants binge drinkers avaient un ralentissement marqué de leur activité cérébrale par rapport aux élèves sobres.

L'autre préoccupation des chercheurs est de déterminer si les alcoolisations précoces favorisent l'évolution vers une alcoolisation chronique et d'autres addictions. «Chez le rat, où l'adolescence dure un mois, un binge drinking au cours des deux premières semaines a des effets plus marqués que pendant les deux suivantes», affirme Mickaël Naassila. Dans son expérience, les rongeurs initiés précocement aux «bitures express» sont ensuite deux fois plus motivés à consommer de l'alcool.

Effets anxiolytiques

Ils sont aussi moins sensibles aux effets négatifs d'une consommation aiguë (comme la somnolence), et très sujets à l'anxiété. Des résultats qui suggèrent que certains ados ont recours à l'alcool pour ses effets anxiolytiques, ce que confirment des psychiatres. «Une étude américaine a démontré que quand l'alcoolisation débute avant 18 ans le risque de dépendance alcoolique est multiplié par 3,8», précise le Dr Philippe Arvers (Institut de recherche biomédicale des armées, Grenoble). En reprenant les données d'enquêtes françaises, cet épidémiologiste a aussi établi que l'alcoolisation précoce est corrélée à d'autres comportements d'addiction. «Après l'expérimentation de l'alcool, la première ivresse et l'expérimentation du tabac et du cannabis surviennent l'année suivante», note-t-il.

Face à l'épidémie de binge drinking en France (45 % des adolescents s'y adonnent au moins une fois par mois, et 5 % plus de dix fois par mois), des programmes de prévention se développent dans les écoles, les universités... Encore faut-il trouver les messages les plus efficaces. À Grenoble, une enquête est en cours auprès d'un millier d'étudiants pour définir les modalités de prévention les plus appropriées (simple information individuelle, entretien individuel voire technique «d'engagement» - réalisation d'un spot vidéo) en fonction du profil de consommation.

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