Le besoin des adolescents de « rentrer dans le moule » et leur peur d’une « différence discriminante ».
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L'Edito du Psy- Cannabis, cocaïne et le « moule » des adolescents
08 Fevrier 2010
Alors que le dernier rapport de l’Office Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) affirme que la consommation du cannabis reste élevée tandis que celle de la cocaïne progresse, une autre enquête montre le besoin des adolescents de « rentrer dans le moule » et leur peur d’une « différence discriminante ». D’où l’analyse simultanée de ces deux tendances, aussi critique qu’édifiante, par notre éditorialiste.
Est-il besoin de croiser les deux informations ? Loin d’être « synonyme de rébellion, la consommation de cannabis -stabilisée à un niveau élevé tandis que la cocaïne progresse- signe plutôt, selon le directeur de l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT), une forme de suradaptation à la société actuelle ». Fumer du cannabis vise « l’adhésion à la norme du groupe social auquel appartient l’individu », note le rapport 2010 de l’OFDT publié le 4 février dernier. « 63% des adolescents » considèrent qu’il faut « rentrer dans le moule » pour faire sa place dans la société et 81% d’entre eux estiment que « les gens qui ne ressemblent pas aux autres sont régulièrement discriminés », souligne de son côté un sondage Ipsos réalisé du 8 au 21 septembre 2009 par la Fondation Wyeth auprès de jeunes âgés de 15 à 18 ans. « Le ressenti de sa différence individuelle par rapport au groupe d’appartenance apparaît comme un critère déterminant du moral et du bien-être des adolescents », expliquent les auteurs de cette enquête.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Peut-être en lieu et place des intéressés murés dans leur silence, coincés dans leur symptôme. Celui d’un clivage toujours aussi radical entre la norme et le désir : rien de nouveau en soi depuis la mise à jour par Sigmund Freud des lourdes exigences de la civilisation qui pèsent sur la destinée humaine.
Rien n’aurait donc changé ? Pas si sûr : à écouter les adolescents il y a encore quelques années, l’usage de substances psychoactives, en particulier celui du cannabis, cherchait à dresser un rempart protecteur, à créer une distance perçue comme salvatrice et visant à maintenir éloigné un réel aussi détesté qu’angoissant. L’effet de la drogue semblait retarder -illusoirement- l’entrée dans cet âge adulte, étouffant de multiples responsabilités et synonyme d’une trajectoire non modifiable ponctuée par la finitude. Des spécialistes évoquaient même une ligne de développement psychotique : le refus d’une réalité remplacée par une autre, plus conciliante à l’égard du fantasme de la toute puissance.
Cette époque semble révolue : « ringardisée », selon l’OFDT, la pilule d’ecstasy est désormais remplacée par la cocaïne, plus « valorisée » par les usagers. Phénomène qui se double d’un retour en grâce de l’héroïne, déconnectée de l’image du « junkie » et associée à la réussite professionnelle. Le constat semble imparable : la performance se serait-elle substituée à la psychose ?
Traditionnellement rite d’initiation dans les « sociétés premières », cérémonie symbolique de passage, l’absorption de substances psychoactives demeure un rite d’adhésion au groupe. En clair, la drogue sert encore de passerelle d’un monde à un autre. Mais l’acte de franchissement et le choix de la destination ont changé de sens : le groupe social inséré est devenu ce réel, fui autrefois par les adolescents. Subterfuge de la norme qui triomphe. En apparence seulement. Car le coût humain et sanitaire reste exorbitant : « 1,2 million de consommateurs réguliers de cannabis, 550 000 consommateurs quotidiens » selon l’étude de l’OFDT. Pour l’héroïne, dont l’usage a connu « en 2008 une augmentation de 56 % par rapport à 2003 », la part des 18-25 est la plus élevée. « La prévalence de l’expérimentation de la cocaïne atteint 2,6 % des personnes de 15 à 64 ans » après avoir plus que doublé en 10 ans.
Le record sert généralement à mesurer le niveau de la performance. Espérons que l’assuétude ne définisse pas demain le degré de l’insertion.
par JL Vannier
















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