Grande-Bretagne: Gordon Brown sévit contre le cannabis
La Presse, 8 mai 2008
Par Mali Ilse Paquin (Londres)
Le premier ministre Gordon Brown adopte la ligne dure face au cannabis, ignorant l'avis de ses propres experts. Mettant fin à une trêve de quatre ans avec ses adeptes, le gouvernement britannique a annoncé hier qu'il durcissait la législation sur cette drogue. Sa simple possession pourra conduire à une peine de cinq ans de prison.
Gordon Brown a ainsi choisi de bouder l'opinion de son comité consultatif, formé surtout de pharmacologues et de criminologues, qui penche plutôt pour le statu quo. Ces spécialistes viennent de signer un rapport qui met en doute le lien causal entre l'usage du cannabis et les maladies mentales.
L'herbe vendue de nos jours est beaucoup moins douce qu'il y a cinq ou dix ans, a expliqué la ministre de l'Intérieur, Jacqui Smith. «Un type de marijuana beaucoup plus fort, surnommé skunk, domine maintenant le marché noir, a-t-elle dit à la Chambre des communes. Il représente 81% du cannabis en comparaison de 30% en 2002.»
«Nous devons agir maintenant plutôt que de risquer la santé future de nos jeunes», a conclu la ministre responsable du dossier des stupéfiants.
Si ce projet de loi est adopté au Parlement (le Parti conservateur lui est favorable), la drogue passera de la catégorie «C» à «B», en compagnie des amphétamines (speed) et des somnifères. La cocaïne et l'héroïne composent le groupe «A».
Jusqu'à cinq ans de prison
La peine maximale d'emprisonnement sera de cinq ans au lieu de deux ans. Les autorités policières continueront toutefois à privilégier les avertissements et les amendes, selon The Guardian. Seuls les récidivistes aboutiront derrière les barreaux.
À l'origine, le but de la méthode douce adoptée en 2004 était de libérer les effectifs policiers pour les drogues dures. Selon les statistiques gouvernementales, la consommation du cannabis a chuté de 20% chez les jeunes de 16 à 24 ans depuis cette réforme.
Les détracteurs de la ligne dure ont accusé le premier ministre, malmené dans les sondages, de jouer la carte populiste. Selon le quotidien The Independent, il a cédé à la «surenchère hystérique» des tabloïds.
Ce durcissement de la politique n'aide en rien les toxicomanes, affirme Harry Shapiro, porte-parole de Drugscope, organisme indépendant qui ne prône pas la légalisation.
«Les centres d'intervention auprès des jeunes drogués manquent cruellement d'argent, dit-il à La Presse. Et les policiers sont dépassés par la multiplication des cultures de marijuana au pays. Cette mesure est un écran de fumée pour éviter au gouvernement de délier les cordons de sa bourse.»
















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