Un passé criminel qui colle à sa peau

Une jeune mère de famille se sent délaissée par le système huit ans après une erreur de jeunesse

ROXANE TRUDEL

Lundi, 8 mars 2021 05:00 MISE À JOUR Lundi, 8 mars 2021 05:00

Huit ans après avoir accepté de faire la mule et commis l’erreur qui a ruiné sa vie, une jeune mère de famille a aujourd’hui l’impression qu’elle ne finira jamais de payer pour cette bourde.

« J’étais naïve », se souvient Anita (nom fictif), en évoquant cette époque où elle a transporté des valises remplies de kilos de cocaïne pour une connaissance qui lui payait des voyages en retour.

Son erreur de parcours aura valu à la femme de 29 ans une condamnation à six ans de pénitencier. Incarcérée à Joliette, elle a été relâchée pour bonne conduite après un an et demi derrière les barreaux, vers la fin de l’année 2017.

Trois ans après avoir payé sa dette à la société, elle peine pourtant à reconstruire sa vie. « C’est comme si on n’a jamais fini de payer pour ça, soupire-t-elle. Ce n’est pas vrai qu’on peut se réinsérer facilement. Partout où on va, on est barré. »

Elle a demandé l’anonymat par crainte de voir s’écrouler ses efforts pour se défaire de son étiquette de criminelle.

« C’est quand on m’a libérée que ça a été le plus dur », se rappelle celle qui se sent encore aujourd’hui « délaissée » par le système.

Enceinte de son deuxième enfant, elle dit rencontrer plusieurs difficultés, ne serait-ce que pour dénicher un appartement assez grand pour sa petite famille. Il lui faudra trouver un proprio qui accepte de passer outre son casier judiciaire.

« Ça va loin, déplore-t-elle doucement, quelques minutes après avoir essuyé un autre refus. Je suis obligée de passer par quelqu’un d’autre que moi, parce qu’avec mon nom, je suis bloquée. Et je n’ai pas les moyens de m’acheter une maison. »

Refusée aux études

Elle s’est également vu refuser l’accès à des assurances et à un programme de soins infirmiers au cégep, elle qui rêve de devenir infirmière. Elle devra attendre sa demande de pardon dans 10 ans avant de poursuivre de telles études.

« Une bonne carrière, ça peut changer la perspective d’une vie au complet. Quand je vois qu’on me refuse au cégep, c’est sûr que c’est douloureux. Toutes les portes sont fermées. C’est vraiment une chance que j’aie un bon emploi aujourd’hui. J’ai tellement persévéré », poursuit la femme devenue préposée aux bénéficiaires.

Cercle vicieux

Mais la plupart des anciens détenus baissent les bras au premier refus et retournent vers la criminalité, remarque-t-elle. Anita a été choquée d’apprendre qu’une partenaire de cellule, qui en était elle aussi à son premier délit, venait d’être incarcérée à nouveau. Toutes deux s’étaient promis pourtant de ne « jamais retourner en dedans ».

« J’ai pleuré. Ce n’est pas tout le monde qui est fort ou qui a un bon entourage. Le froid arrive, et beaucoup n’ont pas le choix de retourner en dedans. C’est là qu’ils sont logés, nourris. Ils sont beaucoup mieux que dans la société où ils n’ont pas d’aide ou de soutien », dit-elle.

Et d’autres sont mortes quelques semaines après leur sortie, révèle-t-elle avec émotion. « Il y a un cri quelque part, mais personne ne l’entend », souffle Anita.

Cas par cas

Aujourd’hui, la jeune femme raconte son histoire parce qu’elle croit que le délai avant de pouvoir faire une demande de pardon devrait être établi au cas par cas, en fonction du réel désir de la personne de s’en sortir.

Elle estime qu’il faudrait aussi plus de soutien pour les anciens détenus, pour leur permettre de sortir du cercle vicieux de la criminalité. Elle souhaite d’ailleurs sensibiliser les jeunes aux risques d’être une mule, c’est-à-dire de transporter des objets pour quelqu’un d’autre entre les frontières.

« Il faut que ça change, pour que ceux qui veulent réussir le puissent. On n’est pas tous appelés à rester délinquants, toute notre vie », conclut-elle.

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