Rapports publics et commissions d'enquête

Rapports publics et commissions d'enquête

De nombreux gouvernements de par le monde ont été mis dans l'embarras par des comités, enquêtes et rapports qu'ils ont eux-mêmes commandés! Préconisant la légalisation du cannabis ou démontrant à tout le moins sa relative innocuité, les documents scientifiques présentés dans cette section font éclater au grand jour l'hypocrisie des politiciens et des policiers.

Rapports sur les preuves scientifiques actuelles sur le cannabis (Canada, 2015)

Rapports sur les preuves scientifiques actuelles sur le cannabis (Canada, 2015)

Influencer les politiques publiques concernant les réalités de l'usage du cannabis et de sa future légifération

Page frontispice des rapports de l'ICSDP concernant l'usage du cannabis et sa réglementation

L’ICSDP a produit deux rapports en langue anglaise traitant de l’usage du cannabis et de sa réglementation. L'ICSDP tente par ce travail de recherche scientifique de répondre aux affirmations largement présentes à l'esprit lorsqu'on parle de l'usage du cannabis.

Le premier rapport porte sur l’utilisation des preuves pour parler du cannabis. Les réponses que contient ce rapport sommaire doteront le lectorat de réponses rapides, faciles et fondées sur des preuves pour les affirmations couramment entendues au sujet de l’usage du cannabis et de sa réglementation.

Le deuxième rapport offre une analyse de la recherche scientifique relative aux principales affirmations au sujet de l’usage du cannabis et de sa réglementation. Pour chaque affirmation, les preuves scientifiques pertinentes sont présentées et la force des preuves scientifiques appuyant l’affirmation est déterminée.

Les lecteurs remarqueront qu’aucune des affirmations par les prohibitionnistes n’est appuyée par des preuves scientifiques solides; ces affirmations mensongères renforcent donc la représentation fallacieuse que nous nous faisons de l’usage du cannabis et de sa réglementation.

L’ICSDP espère que les preuves que contient ces rapports constitueront une contribution explicite à la conversation internationale sur les politiques en matière de cannabis et aideront les décideurs et les membres du public à distinguer les preuves scientifiques des conjectures.

Veuillez noter que nous avons réuni les deux rapports afin d'en faciliter la lecture et que le contenu se retrouve sur une page. Ces rapports reflètent les preuves existantes sur le cannabis au moment de sa publication en août 2015.

À propos de l’International Centre for Science in Drug Policy

À propos de l’International Centre for Science in Drug Policy

International Centre for Science in Drug Policy

L’International Centre for Science in Drug Policy (ICSDP) est un réseau de scientifiques et d’universitaires de tous les hémisphères mondiaux qui se consacrent à l’amélioration de la santé et de la sécurité des collectivités et des individus affectés par les drogues illicites en s’efforçant de contribuer à façonner les politiques sur les drogues illicites à l’aide des meilleures preuves scientifiques qui existent. En effectuant de la recherche et en offrant au public de l’éducation sur les pratiques exemplaires en matière de politiques sur les drogues tout en collaborant avec les collectivités, les décideurs, les policiers et d’autres intervenants, l’ICSDP cherche à orienter des réponses politiques efficaces et fondées sur des preuves aux nombreux problèmes posés par les drogues illicites.

L’ICSDP s’efforce d’être une source primaire de preuves scientifiques rigoureuses sur les impacts des politiques relatives aux drogues illicites sur la santé et la sécurité des collectivités. À cette fin, l’ICSDP produit des publications qui respectent les normes les plus strictes de recherche scientifique jugée par des pairs. L’ICSDP réalise aussi des campagnes d’éducation du public au sujet du besoin pour des politiques sur les drogues fondées sur des preuves. Ces campagnes ont pour objectif d’informer les responsables des orientations politiques, les collectivités concernées, les intervenants clés et le grand public sur les enjeux d’actualité entourant les drogues illicites et les politiques sur les drogues.

Pour en apprendre davantage sur l’ICSDP et sur les façons dont votre appui peut contribuer à améliorer la santé et la sécurité des collectivités et des personnes affectées par les drogues illicites, veuillez visiter le www.icsdp.org.

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L’ICSDP accepte les dons, pour lesquels un reçu fiscal sera produit. Pour faire un don ou obtenir d’autres informations, communiquez avec nous.

International Centre for Science in Drug Policy
a/s de Li Ka Shing Knowledge Institute of St. Michael’s Hospital
30, rue Bond
Toronto (Ontario) M5B 1W8

info@icsdp.org
www.icsdp.org

Facebook : https://www.facebook.com/icsdp
Twitter : @icsdp
YouTube : https://www.youtube.com/user/ScienceInDrugPolicy
Ce rapport reflète les preuves actuelles sur le cannabis jusqu’à sa publication en août 2015.

Comité de rédaction
Dan Werb, Ph. D.; Nazlee Maghsoudi, MGA

Conseil scientifique de l’ICSDP
Chris Beyrer, M.D., M.H.P.
Président
Société internationale sur le SIDA Thomas Kerr, Ph. D.
Codirecteur
Addiction and Urban Health Research Initiative
Centre d’excellence de la Colombie-Britannique pour le VIH/sida
Don C. Des Jarlais, Ph. D.
Directeur
International Research Core in the Center for Drug Use and HIV Research
New York University College of Nursing Julio Montaner, M.D.
Directeur
Centre d’excellence de la Colombie-Britannique pour le VIH/sida
Gordon Guyatt, M.D., M.Sc.
Professeur émérite
Département d’épidémiologie et de biostatistiques cliniques
Université McMaster David J. Nutt, D.M.
Professeur Edmond J Safra de neuropsychopharmacologie
Division des sciences du cerveau
Imperial College London
Catherine Hankins, M.D., M. Sc.
Directrice adjointe, sciences
Amsterdam Institute for Global Health and Development
Département de santé mondiale, centre médical universitaire
Université d’Amsterdam Steffanie A. Strathdee, Ph. D.
Doyenne adjointe, sciences de la santé mondiale
Professeure Harold Simon et chef de la division de la santé publique mondiale, département de médecine
Faculté de médecine, Université de Californie à San Diego
Carl L. Hart, Ph. D.
Directeur
Études de résidence et laboratoires de méthamphétamines
New York State Psychiatric Institute Evan Wood, M.D., Ph. D.
Professeur de médecine
Université de la Colombie-Britannique

Michel D. Kazatchkine, M.D.
Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies sur le VIH/sida en Europe de l’Est et en Asie centrale

Pairs examinateurs externes
Steve Rolles; George Murkin

Remerciements
Nous remercions Tara Marie Watson, Ph. D. ainsi que les conseillers techniques de l’ICSDP et ses membres pour leurs conseils et leur appui continus.

Le cannabis crée autant de dépendance que l’héroïne

Le cannabis crée autant de dépendance que l’héroïne

- Daily Telegraph (Fox, 2014)

La dépendance est un enjeu plus large que la substance elle-même
Probabilité à vie de dépendance à la drogue

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Il n’existe aucune preuve scientifique permettant de suggérer que le cannabis a le même potentiel de causer une dépendance que l’héroïne. La recherche scientifique a constaté que moins de 1 personne sur 10 qui consomme du cannabis tout au long de sa vie en viendra à développer une dépendance au cannabis, ce qui signifie que plus de 90 % ne développent aucune dépendance (Anthony et autres, 1994). La probabilité à vie de développer une dépendance à l’héroïne, d’un autre côté, a été estimée à 23,1 % (Anthony et autres, 1994). Il est intéressant de noter que le potentiel d’accoutumance à vie du cannabis est également beaucoup plus faible que celui d’autres drogues légales et illégales, puisqu’on estime que 20,9 % des utilisateurs de cocaïne, 22,7 % des consommateurs d’alcool et 67,5 % des consommateurs de nicotine deviennent dépendants (Lopez-Quintero et autres, 2011).
  1. Le potentiel d’accoutumance au cannabis après un an et après dix ans d’usage est encore moins élevé que la probabilité sur toute la vie. Parmi ceux qui consomment du cannabis pendant un an et ceux qui l’utilisent pendant dix ans, 98 % et 94 %, respectivement, ne deviennent pas dépendants (Lopez-Quintero et autres, 2011).
  1. Ces conclusions soulignent qu’il faut éviter les affirmations générales sur les drogues et l’accoutumance. De nombreuses drogues illégales et légales ainsi que de nombreuses activités (comme le jeu) ont le potentiel de causer une dépendance. Comme l’usage de toutes les drogues, la consommation de cannabis devrait être imaginée sur une gamme allant de non problématique à problématique. À cet égard, plus de 90 % des consommateurs de cannabis se trouvent du côté non problématique (Anthony et autres, 1994).
  1. De plus, la dépendance à différentes substances n’est pas nécessairement associée à des méfaits équivalents. Les conséquences négatives associées à la dépendance au cannabis sont bien moindres que celles qui sont associées à la dépendance à l’alcool, à la cocaïne ou à l’héroïne.
  1. La criminalisation accentue les problèmes de santé associés à la dépendance à une drogue. En stigmatisant les personnes ayant une dépendance, un environnement aux politiques punitives limite l’accessibilité de ces personnes aux services de santé publique dont elles peuvent avoir besoin pour rester en santé (Wood et autres, 2010).
  1. En contraste, il est probable que les consommateurs de cannabis auraient plus de chances d’interagir avec des agents professionnels de la santé publique dans un système réglementaire qui favoriserait la prise en charge par les services de santé des personnes qui vivent une dépendance, comme cela a été observé dans certains contextes de décriminalisation de la consommation de drogues, comme au Portugal et en Suisse (Dubois-Arber et autres, 2008; Hughes et Stevens, 2007; Nordt et Stohler, 2006).

État de la preuve

La dépendance à une drogue peut représenter une conséquence sérieuse de la consommation de drogue. Toutefois, toutes les drogues n’ont pas le même potentiel de causer une dépendance. C’est-à-dire que certaines drogues, comme l’héroïne, ont plus de risques de mener à l’accoutumance que d’autres. En ce qui concerne le cannabis, la substance est associée à un risque de dépendance plus faible comparativement aux drogues illicites « dures », comme la cocaïne et l’héroïne, ainsi que comparativement à deux substances réglementées, soit la nicotine et l’alcool.

Lopez-Quintero et ses collègues ont examiné les données multiphases de l’enquête épidémiologique nationale américaine sur l’alcool et les conditions reliées, une enquête représentative auprès de personnes de 18 ans et plus (taille de l’échantillon : 7 389 utilisateurs de cannabis) (Lopez-Quintero et autres, 2011). Ces auteurs ont observé que la probabilité de dépendance après la première année d’usage était d’environ 2 % (c.-à-d. très faible) pour les utilisateurs de nicotine, d’alcool et de cannabis; pour les utilisateurs de cocaïne, cette probabilité était de 7,1 %. Après une décennie d’utilisation, les probabilités étaient plus élevées pour les utilisateurs de nicotine (15,6 %), de cocaïne (14,8 %) et d’alcool (11 %) comparativement aux consommateurs de cannabis (5,9 %). La probabilité à vie de développer une dépendance au cannabis a été estimée à 8,9 %, c’est-à-dire que moins de 9 % des utilisateurs à vie du cannabis rapportent une dépendance à la drogue. Cette probabilité de 9 % pour la dépendance au cannabis est la plus souvent citée, y compris plus récemment dans deux articles synthèses scientifiques importants sur l’impact du cannabis (Hall, 2014; Volkow et autres, 2014). Cela est beaucoup plus faible que les probabilités estimées de dépendance à vie des utilisateurs de nicotine (67,5 %), d’alcool (22,7 %) et de cocaïne (20,9 %) (Lopez-Quintero et autres, 2011). La probabilité à vie de développer une dépendance à l’héroïne a déjà été estimée à 23,1 % et 35,5 % (Anthony et autres, 1994).

Une autre affirmation fréquemment citée à propos de la dépendance au cannabis est que la probabilité de dépendance pourrait augmenter à 1 sur 6 pour ceux qui commencent leur consommation de cannabis à l’adolescence, et que ce risque pourrait augmenter à 25 à 50 % chez ceux qui en consomment quotidiennement (Hall, 2009; Volkow et autres, 2014). Cela suggère que l’âge au début de l’utilisation du cannabis et la fréquence ou la régularité de la consommation a un impact sur le risque qu’une personne devienne dépendante. La source de cet estimé de « 1 sur 6 » est un article de Wagner et d’autres auteurs, dans lequel ils ont rapporté des observations tirées de l’enquête nationale sur la comorbidité (NCS) qui a compris 8 098 participants formant un échantillon représentatif au plan national de la population américaine de 15 à 54 ans (Wagner et Anthony, 2002). Ces auteurs ont rapporté que 4,2 % des participants se qualifiaient pour un « diagnostic de dépendance au cannabis au cours de la vie » selon les critères du DSM-III-R. Alors qu’environ 46 % de l’échantillon n’avait jamais fait usage de cannabis, environ 9 % avait développé une dépendance. Wagner et ses collègues ont réalisé des analyses statistiques additionnelles pour l’observation d’estimés particuliers à l’âge et au moment de début de la consommation de cannabis (ainsi que d’alcool et de cocaïne). Les auteurs ont rapporté que la plupart des cas de dépendance au cannabis se produisent chez des personnes plus jeunes (de 15 à 25 ans), avec un sommet à 17 et 18 ans. Toutefois, la période propice au développement du risque pour la dépendance au cannabis était pratiquement terminée à 30 ans (Wagner et Anthony, 2002). De plus, 10 ans après le premier usage de cannabis, le risque de dépendance tombait à près de zéro (alors que le risque de progression vers la dépendance à l’alcool dure de nombreuses années de plus après la première consommation d’alcool).

Bien que les données de vastes études transversales comme celles qui sont mentionnées ici aient leur valeur dans l’estimation des taux de dépendance au cannabis, ces données transversales ne permettent pas d’interprétations de causalité. Il faut donc faire preuve d’énormément de prudence quant à toute généralisation voulant que le cannabis mène à la dépendance. Les preuves démontrent que la vaste majorité (plus de 90 %) des utilisateurs de cannabis ne développement pas de dépendance. En effet, Anthony et ses collègues (1994) ont même rédigé ainsi leurs conclusions : « Pour chaque utilisateur ayant un historique de dépendance au cannabis, il existe 10 utilisateurs qui ne sont pas devenus dépendants » (Anthony et autres, 1994). Encore une fois, comparativement aux utilisateurs de nicotine et d’alcool, moins de consommateurs de cannabis deviendront dépendants au fil du temps.

La compréhension commune de l’accoutumance – simplement avoir besoin d’une substance pour fonctionner – est une simplification exagérée. Il existe de multiples définitions ad hoc de la pharmacodépendance (aussi appelée « trouble lié à l’utilisation de substances »). Selon une définition, il s’agit de l’usage compulsif d’une drogue malgré des conséquences négatives (Nestler, 1992). À la lumière de cela, la dépendance à différentes substances n’est pas nécessairement associée à des méfaits équivalents. Par exemple, bien des personnes correspondent aux critères de la dépendance à la caféine, mais cela n’est pas généralement perçu comme un problème majeur de santé publique. Les symptômes du sevrage de cannabis ont été caractérisés comme étant principalement psychologiques (plutôt que physiques) et comprennent des symptômes qui ne mettent pas la vie en danger (envie, irritabilité, nervosité/tension, agitation, dépression, colère, difficulté à dormir, rêves étranges, diminution de l’appétit et maux de tête) (Copersino et autres, 2006; Kouri et Pope Jr, 2000). En comparaison, il a été démontré que les symptômes de sevrage pour la dépendance à l’alcool ou à l’héroïne sont sévères (Olmedo et Hoffman, 2000; Redmond Jr et Krystal, 1984; Swift et Stout, 1992) et, dans le cas de l’alcool, qu’ils mettent la vie en danger (Trevisan et autres, 1997). Cela suppose que l’accoutumance au cannabis est moins sévère que celle qui est associée aux autres substances importantes, qu’elles soient légales ou illégales.


Références
  1. Anthony, J.C., Warner, L.A., Kessler, R.C., 1994. Comparative epidemiology of dependence on tobacco, alcohol, controlled substances, and inhalants: Basic findings from the National Comorbidity Survey. Experimental and Clinical Psychopharmacology 2, 244 268.
  1. Dubois-Arber, F., Balthasar, H., Huissoud, T., Zobel, F., Arnaud, S., Samitca, S., Jeannin, A., Schnoz, D., Gervasoni, J.P., 2008. Trends in drug consumption and risk of transmission of HIV and hepatitis C virus among injecting drug users in Switzerland, 1993-2006. Euro surveillance: bulletin européen sur les maladies transmissibles 13, 717-727.
  1. Fox, E., 2014. Where the Telegraph and Daily Mail get it wrong on cannabis. Huffington Post UK. Huffington Post, London.
  1. Hughes, C., Stevens, A., 2007. The effects of the decriminalization of drug use in Portugal.
  1. Beckley Foundation Drug Policy Programme, London.
  1. Lopez-Quintero, C., Pérez de los Cobos, J., Hasin, D.S., Okuda, M., Wang, S., Grant, B.F.,
  1. Blanco, C., 2011. Probability and predictors of transition from first use to dependence on nicotine, alcohol, cannabis, and cocaine: Results of the National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions (NESARC). Drug and Alcohol Dependence 115, 120-130.
  1. Nordt, C., Stohler, R., 2006. Incidence of heroin use in Zurich, Switzerland: a treatment case register analysis. The Lancet 367, 1830-1834.
  1. Wood, E., Werb, D., Kazatchkine, M., Kerr, T., Hankins, C., Gorna, R., Nutt, D., Des Jarlais, D., Barre-Sinoussi, F., Montaner, J., 2010. Vienna Declaration: a call for evidence-based drug policies. The Lancet 6736, 2.

Saviez-vous que la marijuana est en moyenne de 300% à 400% plus puissante qu’il y a 30 ans ?

Saviez-vous que la marijuana est en moyenne de 300% à 400% plus puissante qu’il y a 30 ans ?

Selon une publicité de Santé Canada (Daro, 2014)

La question de la puissance est irrelevante mais intéressante !

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Les preuves scientifiques suggèrent que la puissance du cannabis, mesurée selon les taux de THC, a augmenté à certains endroits au cours des dernières décennies. Aux États-Unis, des études récentes ont cité des augmentations moyennes de 3 à 12 % du contenu en THC au cours des trois dernières décennies (El Sohly, 2014), ce qui équivaut à une augmentation de 300 %. Des augmentations importantes n’ont pas été décelées pour les pays européens autres que le Royaume-Uni et les Pays-Bas (McLaren, Swift, Dillon et Allsop, 2008).
  1. Les taux de THC seuls donnent un portrait incomplet des impacts de la puissance du cannabis. D’autres facteurs, comme la préparation et la méthode de consommation, compliquent notre compréhension de l’effet de la puissance du cannabis. Par exemple, la pratique courante de mélanger le cannabis avec du tabac dilue en fait la puissance jusqu’à des taux en deçà de ce qui serait produit s’il était fumé pur.
  1. Les inquiétudes quant aux augmentations de la puissance du cannabis sont enracinées dans l’hypothèse que de plus haut taux de THC sont nocifs pour la santé. Toutefois, les méfaits de la puissance augmentée du cannabis ne sont pas entièrement compris par les scientifiques. Certaines études, de manière peut-être contre-intuitive, suggèrent qu’une puissance accrue du cannabis pourrait plutôt mener à une réduction des effets nocifs sur la santé (surtout en ce qui concerne le fait de fumer), puisque les consommateurs pourraient réduire le volume consommé (Van der Pol et autres, 2014).
  1. Il est important de se rappeler que les augmentations de la puissance du cannabis aux États-Unis se sont produites malgré les efforts accrus pour réduire l’approvisionnement en cannabis illégal (Werb et autres, 2013). De plus, comme les souches plus puissantes fournissent plus de profits par unité de poids, les tendances vers une puissance accrue résultent principalement de l’économie des marchés criminels. La prohibition n’a pas été en mesure de garder la puissance du cannabis faible, et a plutôt contribué à la faire augmenter.
  1. Avec la prohibition, les marchés du cannabis illégal ne sont soumis à aucune exigence de contrôle de la qualité. Un marché légal et réglementé pour le cannabis placerait la régie des taux de THC entre les mains des gouvernements et des agents de la santé publique, et non des entrepreneurs criminels. Dans le cas où la puissance du cannabis serait associée à de plus grands méfaits pour la santé, la réglementation des marchés du cannabis par le gouvernement devient encore plus vitale.

État de la preuve

Le tétrahydrocannabinol (THC) est le principal ingrédient psychoactif du cannabis. Les taux de THC ont donc été étudiés comme principal indicateur de la puissance du cannabis. Certaines preuves appuient l’affirmation voulant que la puissance du cannabis, dans certaines régions, a augmenté au cours des dernières décennies.

McLaren et ses collègues ont observé des variations notables dans la puissance du cannabis entre les échantillons et entre les années (McLaren et autres, 2008). Par exemple, alors qu’ils ont observé que la puissance aux États-Unis semble avoir doublé (2 % en 1980 à 4,5 % en 1997) selon des tests réalisés sur le THC de cannabis confisqué, des augmentations importantes n’ont pas été décelées pour les pays européens autres que le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Des augmentations mineures ont aussi été rapportées en Australie (Hall et Swift, 2000).

Dans une étude plus récente, Mehmedic et ses collègues ont fait rapport sur les données américaines issues de 46 211 échantillons de cannabis saisis et analysés entre 1993 et 2008 (Mehmedic et autres, 2010). Ils ont observé que durant cette période, le contenu en THC des préparations de cannabis a augmenté de 3,4 à 8,8 % et que l’augmentation semblait due à des augmentations de cannabis étranger (c.-à-d. une augmentation de l’approvisionnement en cannabis importé aux États-Unis).

Dans un article synthèse, Volkow et ses collègues (2014) ont affirmé que le contenu en THC décelé dans les échantillons de cannabis confisqué aux États-Unis avait augmenté d’environ 3 % à 12 % (c.-à-d. de 300 %) des années 1980 à 2012 (Volkow et autres, 2014). Étant donné que cette synthèse américaine est la seule preuve d’une augmentation de 300 % de la puissance, l’affirmation que la puissance du cannabis a augmenté de 300 à 400 % en moyenne dans tous les territoires exagère la preuve scientifique existante. Il est à noter que les augmentations observées de 300 % aux États-Unis se sont produites durant une période d’allocations budgétaires massives à une approche de réduction de l’approvisionnement en drogues principalement fondée sur le maintien de l’ordre (Miron, 2008). Cela suggère que les approches basées sur le maintien de l’ordre pour réduire l’approvisionnement en cannabis ont probablement une portée limitée. De plus, les tendances vers une puissance accrue ne sont pas seulement stimulées par la demande, mais résultent principalement de l’économie des marchés criminels. Comme des souches plus puissantes fournissent de plus grands profits par unité de poids et que les marchés criminels n’ont pas de structures réglementaires pour fixer des limites de puissance, la nature illicite du cannabis a probablement joué un rôle pour stimuler l’augmentation de la puissance.

Comme pour toutes les estimations reliées à des produits illégaux, des questions méthodologiques entrent potentiellement en jeu dans la détermination des estimations. McLaren et ses collègues (2008) mentionnent, par exemple, que les échantillons de cannabis qui sont analysés ont tendance à être petits et qu’il n’est pas toujours clair quelle partie de la plante a été analysée (McLaren et autres, 2008). Cela a son importance, car certaines parties du plant de cannabis ont de plus grandes réserves de THC. La mesure dans laquelle les saisies policières de cannabis sont représentatives du marché plus vaste manque également de clarté (Arkes et autres, 2008), suggérant que nous sommes potentiellement incapables de faire des généralisations sur l’ensemble du marché en nous appuyant sur les échantillons saisis.

D’autres facteurs que le contenu en THC sont importants pour considérer l’impact de la puissance. Par exemple, mélanger le cannabis avec du tabac, une pratique courante lorsque le cannabis est fumé dans plusieurs endroits du monde, dilue en fait la puissance du THC. La quantité de THC actif réellement absorbée peut aussi varier considérablement selon le mode de consommation du cannabis. Évaluer uniquement les taux de THC donne un portrait incomplet des impacts de la puissance du cannabis.

Une question reliée concerne l’impact sur la santé de toute augmentation du contenu en THC. Des experts ont suggéré qu’une puissance accrue du THC pourrait être liée à des effets nocifs et des conséquences sur la santé et/ou la santé mentale, y compris des visites à l’urgence (Hall, 2014; Volkow et autres, 2014). Ces données sont toutefois préliminaires et actuellement hautement équivoques. En effet, McLaren et ses collègues rapportent également dans leur synthèse que les allégations quant aux « effets nocifs sur la santé mentale de la contamination du cannabis » n’étaient pas appuyées par les preuves disponibles (McLaren et autres, 2008). En résumé, cela suggère que les augmentations de la puissance du cannabis et la toxicité (c.-à-d. la contamination) qui en résulte manquent de preuves sans équivoque. En contraste, il existe des preuves naissantes (quoique préliminaires) voulant que certains utilisateurs de cannabis puissent réagir à un contenu en THC plus élevé en diminuant le volume de cannabis consommé, ce qui peut à son tour réduire les effets nocifs potentiels (Van der Pol et autres, 2014).


Références
  1. Daro, I.N., 2014. The government’s scary anti-pot ad only bolsters the case for legalization. Canada.com. Postmedia News, Toronto.
  1. El Sohly, M.A., 2014. Potency Monitoring Program quarterly report no.123 — période du rapport : 16 septembre au 15 décembre 2013. Université du Mississippi, National Center for Natural Products Research, Oxford.
  1. McLaren, J., Swift, W., Dillon, P., Allsop, S., 2008. Cannabis potency and contamination: A review of the literature. Addiction 103, 1100-1109.
  1. Van der Pol, P., Liebregts, N., Brunt, T., van Amsterdam, J., de Graaf, R., Korf, D.J., van den Brink, W., van Laar, M., 2014. Cross-sectional and prospective relation of cannabis potency, dosing and smoking behaviour with cannabis dependence: An ecological study. Addiction 109, 1101-1109.
  1. Werb, D., Kerr, T., Nosyk, B., Strathdee, S., Montaner, J., Wood, E., 2013. The temporal relationship between drug supply indicators: An audit of international government surveillance systems. BMJ Open 3.

Je m’oppose à la légalisation de la marijuana parce qu’elle agit comme une drogue d’introduction

Je m’oppose à la légalisation de la marijuana parce qu’elle agit comme une drogue d’introduction

– Enrique Peña Nieto, président du Mexique (Voir note)

Le cannabis n'est pas une drogue d'introduction contrairement à l'alcool

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Les preuves scientifiques suggèrent que l’usage du cannabis précède souvent l’usage de drogues illégales « plus dures » comme la cocaïne et l’héroïne (W. Hall, 2014). Toutefois, il n’existe aucune preuve qui suggère que l’utilisation du cannabis cause ou augmente le risque qu’une personne passe à la consommation d’autres drogues.
  1. Les scientifiques ont exploré d’autres explications pour lesquelles l’usage du cannabis tend à se produire avant l’usage de substances « plus dures ». Par exemple, les personnes qui consomment du cannabis pourraient avoir plus de chances d’utiliser d’autres drogues parce qu’ils ont pénétré dans un marché illégal qui présente le cannabis aux côtés d’autres drogues, ou parce que leur personnalité (p.ex. la recherche de sensations fortes, l’impulsivité) les rend plus propices à l’essai des drogues de façon générale (W. D. Hall et Lynskey, 2005). Peu importe la raison, les études n’ont pas été en mesure d’éliminer ces explications importantes possibles de façon convaincante et d’ainsi prouver que le cannabis agit comme une « drogue d’introduction ».
  1. Il est intéressant de noter qu’il a été démontré dans certains pays que l’usage d’alcool et de tabac est plus fortement lié à l’usage ultérieur d’autres drogues illicites que la consommation de cannabis (Degenhardt et autres, 2010).

État de la preuve

Les scientifiques ont discuté de l’affirmation voulant que le cannabis agisse comme une « drogue d’introduction » et l’ont testée de différentes manières dans différents contextes. À ce jour, les études ont démontré un appui relativement élevé pour le fait que l’usage de cannabis précède généralement l’usage d’autres drogues illégales. Toutefois, les études n’ont pas démontré que l’explication « d’introduction » est appuyée par les preuves scientifiques. Autrement dit, la recherche n’a pas établi de relation causale entre l’usage de cannabis et le risque accru d’utilisation de drogues « plus dures » comme la cocaïne et l’héroïne.

Degenhardt et ses collègues ont réalisé une étude pour tester la théorie de « l’introduction » à l’aide de données sur le début de l’usage d’alcool, de tabac, de cannabis et d’autres drogues illégales à partir d’un ensemble uniforme d’enquêtes épidémiologiques de 17 pays (Degenhardt et autres, 2010). Ces auteurs ont observé des variations à travers les pays et les cohortes quant à la force de l’association entre les substances dites « d’introduction » et l’usage d’autres drogues. Les auteurs ont donc observé, par exemple, que dans certains pays, l’usage d’alcool/de tabac était plus fortement lié à l’usage ultérieur d’autres drogues illicites que la consommation de cannabis. Ils ont également observé de soi-disant « infractions d’introduction », des tendances selon lesquelles les drogues illégales « plus dures » étaient utilisées avant le cannabis.

Bien que nous ne puissions pas dériver d’explications causales de cette étude, ces données jettent un doute sérieux sur les prétentions voulant que le cannabis soit une drogue « d’introduction », surtout lorsque l’on tient compte de différents contextes à travers le monde. Cela dit, la séquence ou l’ordre généralement observé pour l’usage de drogues, c.-à-d. l’alcool/le tabac avant le cannabis, et le cannabis avant d’autres drogues illicites, semble être réel avec quelques exceptions. Dans une synthèse, Hall (2014) a affirmé que l’ordre d’usage du cannabis et d’autres drogues illégales est l’une « des conclusions les plus uniformes dans les études épidémiologiques sur l’usage de drogues chez les jeunes adultes » (p. 7). Dans une autre synthèse, Volkow et ses collègues ont inclus certaines études utilisant des sujets animaux et observé des preuves que l’usage du cannabis peut préparer le cerveau pour « des réponses rehaussées à d’autres drogues » (Volkow et autres, 2014). Ces auteurs mentionnent toutefois que d’autres substances, comme la nicotine et l’alcool, ont été liées à des effets similaires. Il est important de noter que malgré ces conclusions, les auteurs de ces deux synthèses récentes (ainsi que de nombreux scientifiques travaillant sur ces questions) sont très prudents en ce qui concerne la validité de la théorie « d’introduction ». Les deux synthèses ont noté que les interprétations des données disponibles sur l’usage du cannabis et d’autres drogues ont fait l’objet de remises en question et qu’il existe de nombreuses interprétations pour la tendance générale d’usage de cannabis avant celui de drogues « plus dures ».

Hall et Lynskey ont souligné des tendances d’usage de drogues dans les études qui pourraient appuyer un rôle « d’introduction » pour le cannabis, mais ont aussi résumé les principales explications concurrentes pour ces tendances observées (Hall et Lynskey, 2005). Celles-ci comprennent :

  1. le cannabis et les autres drogues font partie du même marché de drogues illégales;
  2. certaines caractéristiques des utilisateurs de cannabis (p. ex. la prise de risques) expliquent les tendances pour le cannabis et les autres drogues (c.-à-d. les facteurs comme la santé mentale confondent la relation entre l’usage de cannabis et l’usage d’autres drogues); et
  3. l’usage du cannabis modifie le fonctionnement du cerveau d’une façon qui accroît la probabilité d’utilisation d’autres drogues.

Pour enquêter sur ces parcours potentiels, Morral et ses collègues ont construit un modèle statistique en s’appuyant sur les données d’enquêtes sur l’utilisation de drogues au sein de la population des États-Unis. Ils ont testé les données sur les risques, l’ordre et les relations de dose-réaction reliées à l’usage de cannabis et d’autres drogues. Bien qu’ils n’aient pas été en mesure de réfuter sans équivoque la théorie du cannabis comme « drogue d’introduction », ils ont néanmoins démontré « que les preuves primaires appuyant les effets d’introduction sont aussi cohérentes avec un modèle alternatif d’initiation de l’usage de drogue par les adolescents dans lequel l’usage de la marijuana n’a, en soi, aucun effet sur l’usage ultérieur de drogues dures » (Morral et autres, 2002).

Des études comme celles de Degenhardt et de ses collègues ont uniformément démontré qu’il y a peu d’exceptions à une relation d’âge à l’initiation (Degenhardt et autres, 2010). En d’autres mots, plus une personne essaie les drogues tôt, plus il y a de chances qu’elle utilise plus tard d’autres drogues. Une implication importante de cette observation est d’axer les efforts de prévention non plus tellement sur un type précis de drogue comme le cannabis, mais plutôt sur le risque de l’usage hâtif, puisque l’âge du début de la consommation semble avoir un impact plus important sur l’avenir des méfaits futurs reliés aux drogues dont une personne fera l’expérience comparativement à l’impact de l’usage de cannabis.


[NOTE] Rapporté dans le Washington Post. Visité le 6 mars 2015 en ligne : http://www.washingtonpost.com/blogs/worldviews/wp/2013/02/06/mexicos-pre...
Références
  1. Degenhardt, L., Dierker, L., Chiu, W.T., Medina-Mora, M.E., Neumark, Y., Sampson, N., Alonso, J., Angermeyer, M., Anthony, J.C., Bruffaerts, R., de Girolamo, G., de Graaf, R., Gureje, O., Karam, A.N., Kostyuchenko, S., Lee, S., Lépine, J.P., Levinson, D., Nakamura, Y., Posada-Villa, J., Stein, D., Wells, J.E., Kessler, R.C., 2010. Evaluating the drug use “gateway” theory using cross-national data: Consistency and associations of the order of initiation of drug use among participants in the WHO World Mental Health Surveys. Drug and Alcohol Dependence 108, 84-97.
  1. Hall, W., 2014. What has research over the past two decades revealed about the adverse health effects of recreational cannabis use? Addiction 110, 19-35.
  1. Hall, W.D., Lynskey, M., 2005. Is cannabis a gateway drug? Testing hypotheses about the relationship between cannabis use and the use of other illicit drugs. Drug and Alcohol Review 24, 39-48.
  1. Khazan, O., 2013. Mexico’s president opposes legalizing marijuana, calls it ‘a gateway drug’. Washington Post, Washington, D.C.

La consommation de cannabis « peut causer des dommages potentiellement mortels au cœur et aux artères »

La consommation de cannabis « peut causer des dommages potentiellement mortels au cœur et aux artères »

– World Federation Against Drugs (Voir note)

Le cannabis ne cause pas de dommages mortels au coeur

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Les affirmations voulant que l’usage de cannabis cause des « dommages mortels » au cœur exagèrent la recherche scientifique existante. Étant données les grandes lacunes dans les preuves, il faudra plus de recherche pour comprendre les méfaits cardiovasculaires potentiels de l’usage de cannabis.
  1. L’impact de l’usage de cannabis sur la santé cardiaque n’est pas présentement bien compris (Volkow et autres, 2014). Il a été conclu que l’usage de cannabis est associé à des effets aigus qui peuvent déclencher des événements comme des crises cardiaques ou des ACV (Jouanjus, Lapeyre-Mestre et Micallef, 2014; Thomas, Kloner et Rezkalla, 2014), particulièrement chez les adultes plus âgés (W. Hall, 2014). Toutefois, des liens de causalité évidents n’ont pas été établis.
  1. En ce qui concerne l’impact plus vaste de la consommation de cannabis sur la santé physique, les études ont observé qu’une faible consommation occasionnelle de cannabis n’a pas d’effet néfaste sur les poumons (Pletcher et autres, 2012). L’impact du cannabis fumé à long terme sur la fonction respiratoire est moins net (W. Hall, 2014). Certaines études ont conclu que fumer du cannabis est associé à divers problèmes respiratoires (Gordon, Conley et Gordon, 2013; Tashkin, 2013; Tashkin, Baldwin, Sarafian, Dubinett et Roth, 2002), alors que d’autres n’ont observé aucune association solide avec plusieurs conditions pulmonaires (Tashkin, 2013). On ne sait pas grand-chose de l’impact qu’a le cannabis fumé sur le cancer du poumon, en particulier (Hashibe et autres, 2006).
  1. Il est à noter que les risques de maladie et de décès associés à l’usage du tabac et de l’alcool sont beaucoup plus élevés que ceux qui sont associés au cannabis. Par exemple, les preuves démontrent un bien plus grand risque de problèmes pulmonaires chez les utilisateurs de tabac que chez les consommateurs réguliers de cannabis (Tashkin, 2013). Le statut licite d’une drogue ne devrait donc pas être interprété comme signifiant que celle-ci comporte moins de risque pour la santé qu’une drogue illicite. Il est bon de se le rappeler, car les appels à la poursuite de la prohibition des drogues illicites comme le cannabis s’accompagnent souvent d’affirmations quant à leurs méfaits sur la santé.
  1. Les stratégies de réduction des méfaits qui substituent d’autres modes d’administration du cannabis au fait de le fumer peuvent être efficaces pour diminuer les conséquences négatives pour la santé de l’usage de cannabis, en particulier pour les poumons. Comparativement à ce qui est possible sous la prohibition, un marché réglementé dans lequel le cannabis est acheté auprès de fournisseurs autorisés pourrait permettre une plus vaste gamme de stratégies de réduction des méfaits, comme l’usage de vaporisateurs ou la consommation d’aliments.

État de la preuve

Il existe peu d’études sur l’impact de l’usage de cannabis sur le cœur et la fonction cardiovasculaire. Une synthèse récente a rapporté que les mécanismes qui sous-tendent les effets du cannabis sur le système cardiovasculaire sont « complexes et pas entièrement compris » (Volkow et autres, 2014). Même s’il a été conclu que l’usage de cannabis est associé à des effets aigus qui peuvent déclencher des événements comme des crises cardiaques ou des ACV (Jouanjus et autres, 2014; Thomas et autres, 2014), des liens évidents de cause à effet n’ont pas été établis. La recherche a aussi eu tendance à suggérer que les effets cardiovasculaires potentiellement risqués du cannabis fumé sont plus probables chez les adultes plus âgés (Hall, 2014). En somme, il faudra de la recherche continue sur ces effets sur la santé, mais les affirmations qui prétendent que des « dommages mortels » sont reliés au cannabis exagèrent les conclusions scientifiques.

En ce qui concerne l’impact du cannabis sur la santé physique, des études ont conclu que fumer du cannabis est associé à divers problèmes respiratoires, y compris à des dommages aux grandes voies respiratoires et des symptômes de bronchite chronique (Gordon, et autres, 2013; Tashkin, 2013; Tashkin et autres, 2002). Cependant, Tashkin n’a observé aucune preuve d’association forte entre l’usage de cannabis fumé et la maladie pulmonaire obstructive chronique ni plusieurs autres conditions pulmonaires (Tashkin, 2013). Il est intéressant de noter qu’une étude sur 20 ans auprès d’une cohorte de 5 115 participants a conclu qu’un usage faible et occasionnel de cannabis était en fait associé à une fonction pulmonaire accrue et non diminuée (Pletcher et autres, 2012). Dans une synthèse récente, Hall a résumé les preuves actuelles sur les effets du cannabis fumé à long terme sur la fonction respiratoire comme étant « peu claires » (W. Hall, 2014).

La mesure des risques respiratoires associés à l’usage de cannabis est substantiellement compliquée par la pratique routinière de mélanger le cannabis à du tabac. Les méfaits respiratoires et les risques carcinogènes du tabac sont incontestés, et demeurent sans contredit lorsqu’on le combine au cannabis. Il est important de noter que les méfaits respiratoires potentiels du cannabis peuvent être mitigés ou éliminés par d’autres modes de consommation. On croit que la vaporisation, par exemple, réduit ces risques de manière importante, et que l’ingestion de cannabis (dans des aliments) les élimine entièrement (Abrams et autres, 2007; Earlywine et Barnwell, 2007; Hazekamp et autres, 2006).

L’impact qu’a le cannabis fumé sur le développement du cancer du poumon demeure également incertain. Bien que Hashibe et ses collègues (2006) aient observé une association entre le cannabis fumé à long terme et le cancer du poumon, cette association était non importante une fois les résultats ajustés pour l’impact de la cigarette fumée et de plusieurs autres facteurs de confusion (Hashibe et autres, 2006).

Il est à noter que les risques de morbidité et de mortalité associés à l’usage du tabac et de l’alcool sont beaucoup plus élevés que ceux qui sont associés au cannabis. Par exemple, les preuves démontrent un bien plus grand risque de problèmes pulmonaires chez les utilisateurs de tabac que chez les consommateurs réguliers de cannabis (Tashkin, 2013).


[NOTE] Du titre d’un billet sur le site Web de la World Federation Against Drugs website, contenant un lien à une étude sur le cannabis fumé et les problèmes cardiovasculaires. Visité le 8 mars 2015 en ligne : http://wfad.se/latest-news/1-articles/4724-smoking-cannabis-can-cause-le...
Références
  1. Gordon, A.J., Conley, J.W., Gordon, J.M., 2013. Medical consequences of marijuana use: A review of current literature. Current Psychiatry Reports 15.
  1. Hall, W., 2014. What has research over the past two decades revealed about the adverse health effects of recreational cannabis use? Addiction 110, 19-35.
  1. Hashibe, M., Morgenstern, H., Cui, Y., Tashkin, D.P., Zhang, Z.F., Cozen, W., Mack, T.M., Greenland, S., 2006. Marijuana use and the risk of lung and upper aerodigestive tract cancers: Results of a population-based case-control study. Cancer Epidemiology Biomarkers and Prevention 15, 1829-1834.
  1. Jouanjus, E., Lapeyre-Mestre, M., Micallef, J., 2014. Cannabis use: Signal of increasing risk of serious cardiovascular disorders. Journal of the American Heart Association 3.
  1. Pletcher, M.J., Vittinghoff, E., Kalhan, R., Richman, J., Safford, M., Sidney, S., Lin, F., Kertesz, S., 2012. Association between marijuana exposure and pulmonary function over 20 years. Journal of the American Medical Association 307, 173-181.
  1. Tashkin, D.P., 2013. Effects of marijuana smoking on the lung. Annals of the American Thoracic Society 10, 239-247.
  1. Tashkin, D.P., Baldwin, G.C., Sarafian, T., Dubinett, S., Roth, M.D., 2002. Respiratory and immunologic consequences of marijuana smoking. pp. 71S-81S.
  1. Thomas, G., Kloner, R.A., Rezkalla, S., 2014. Adverse cardiovascular, cerebrovascular, and peripheral vascular effects of marijuana inhalation: What cardiologists need to know. American Journal of Cardiology 113, 187-190.
  1. Volkow, N.D., Baler, R.D., Compton, W.M., Weiss, S.R.B., 2014. Adverse effects of marijuana use. New England Journal of Medicine 370, 2219-2227.
  1. World Federation Against Drugs, 2015. Smoking cannabis can cause lethal damage to heart. http://wfad.se/latest-news/1-articles/4724-smoking-cannabis-can-cause-le... visité le 12 juillet 2015.

Le cannabis diminue le QI, jusqu’à 8 points

Le cannabis diminue le QI, jusqu’à 8 points

La consommation de cannabis N'AFFECTE PAS le QI

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Il existe peu de preuves scientifiques suggérant que le cannabis diminue l’intelligence générale telle que mesurée par le QI. Une seule étude (Meier et autres, 2012) est fréquemment citée pour appuyer la prétention que l’usage de cannabis est associé à un déclin du QI de 8 points. Baser toute affirmation générale sur une seule étude est problématique, surtout que la diminution de 8 points de QI n’a été constatée que chez un sous-ensemble très restreint de participants (38) représentant 3,7 % de l’échantillon total. De plus, une étude plus récente de ces mêmes données suggère que les conclusions établissant un lien entre l’usage de cannabis et le déclin du QI pourraient en réalité être le résultat de facteurs socioéconomiques non mesurés (Rogeberg, 2013).
  1. Fait intéressant, une étude plus récente (et plus vaste) a conclu que l’usage d’alcool était associé à des déclins du QI plutôt que l’usage de cannabis (Mokrysz et autres, 2014). Les scientifiques suggèrent également que l’usage de substance tôt, de façon générale, plutôt que l’usage de cannabis en particulier, peut mener à une diminution du QI. En résumé, les preuves que l’usage de cannabis est associé à un déclin du QI sont très faibles.
  1. Il faut souligner que différentes personnes sont affectées différemment par l’usage de cannabis. Les recherches qui suggèrent que consommer du cannabis peut avoir certains impacts sur le cerveau ne s’appliqueront pas à tous les utilisateurs dans toutes les situations.

Veuillez noter que cet extrait du guide d'intervention doit être lu en parallèle avec l'État de la preuve

État de la preuve

Au cours des dernières années, l’affirmation que la consommation de cannabis mène à un QI considérablement plus faible a été souvent répétée, en mentionnant parfois une baisse de 8 points. Une étude en particulier, par Meier et ses collègues (2012) est fréquemment citée comme preuve à l’appui (Meier et autres, 2012). La validité des conclusions de cette étude a cependant été remise en question et des preuves plus récentes suggèrent que l’usage d’autres substances pourrait avoir un plus grand impact sur le QI. En effet, un réexamen des données présentées par Meier et ses collègues, réalisé par Rogeberg (Rogeberg, 2013), suggère que l’association entre l’usage de cannabis et la baisse du QI peut s’expliquer par (c. à d. être confondu avec) le statut socioéconomique des participants plutôt que par l’usage de cannabis en soi.

L’article par Meier et ses collègues s’appuyait sur les données des participants de l’étude Dunedin, une enquête longitudinale qui a suivi une cohorte de personnes (n = 1 037) nées en 1972-1973 en Nouvelle-Zélande jusqu’à l’âge de 38 ans (Meier et autres, 2012). L’un des principaux résultats rapportés était qu’une « dépendance persistante au cannabis » était associée à un déclin dans la plupart des sous-tests de QI. En contraste, les personnes qui avaient commencé leur consommation de cannabis à l’âge adulte ne montraient pas la même baisse de QI. On rapportait également que cesser la consommation de cannabis « ne rétablissait pas entièrement le fonctionnement neuropsychologique » chez les utilisateurs persistants ayant commencé à l’adolescence. Bien qu’il s’agisse là de conclusions intrigantes, fonder des affirmations générales quant à l’impact de l’usage de cannabis sur le QI sur les résultats d’une seule étude – même une étude de cohorte prospective relativement bien conçue – est problématique, en particulier lorsque la prétention principale (c. à d. une baisse de 8 points du QI résultant de l’usage de cannabis) a été observée uniquement chez un très petit sous-échantillon (n = 38) ne représentant que 3,7 % de l’échantillon total.

En effet, les conclusions d’une étude de cohorte prospective plus récente incluant un échantillon plus vaste suggèrent une autre explication pour ces conclusions. Mokrysz et ses collègues ont examiné les résultats aux tests de QI chez les participants (nés en 1991-1992) à 8 ans et à 15 ans dans l’étude Avon de cohorte longitudinale de parents et d’enfants au Royaume-Uni (Mokrysz et autres, 2014). Parmi l’échantillon (n = 2 612, soit plus de deux fois la cohorte Dunedin), 24 % ont rapporté avoir consommé du cannabis au moins une fois à 15 ans ou avant. Même si ceux qui avaient consommé du cannabis plus de 100 fois ont vu un déclin considérable du QI de plus de 3 points comparativement à ceux qui n’en avaient jamais fait usage, cet effet disparaissait une fois d’autres facteurs clés (p.ex., le sexe, le statut socioéconomique et l’usage d’autres substances) pris en compte. De plus, la consommation d’alcool était associée à une baisse du QI et expliquait en fait la majorité de la variation dans les résultats de QI qui avait été associé à l’usage de cannabis (c. à d. que l’association entre le cannabis et la baisse du QI avait été confondue par la consommation d’alcool). Mokrysz et ses collègues ont conclu que l’âge lors de l’usage de substance, plutôt que la consommation de cannabis en soi, pouvait être responsable de moins bons résultats neuropsychologiques. Ces auteurs ont également affirmé ce qui suit (c’est nous qui soulignons) :

Les conclusions n’appuient pas l’hypothèse que l’usage du cannabis à l’adolescence mène à un déclin persistant du fonctionnement cognitif une fois les autres variables confusionnelles prises en compte. La conclusion qu’un usage modéré, mais non plus excessif, d’alcool a été associé avec le déclin du QI peut être reliée à un effet préjudiciable de la consommation d’alcool à l’adolescence justifiant un examen plus approfondi. (Mokrysz et autres, 2014)


Références
  1. Meier, M.H., Caspi, A., Ambler, A., Harrington, H., Houts, R., Keefe, R.S.E., McDonald, K., Ward, A., Poulton, R., Moffitt, T.E., 2012. Persistent cannabis users show neuropsychological decline from childhood to midlife. Proceedings of the National Academy of Sciences 109, E2657-E2664.
  1. Mokrysz, C., Gage, S., Landy, R., Munafò, M.R., Roiser, J.P., Curran, H.V., 2014. Neuropsychological and educational outcomes related to adolescent cannabis use, a prospective cohort study. European Neuropsychopharmacology 24, S695.
  1. Rogeberg, O., 2013. Correlations between cannabis use and IQ change in the Dunedin cohort are consistent with confounding from socioeconomic status. Proceedings of the National Academy of Sciences 110, 4251-4254.

Le cannabis porte atteinte à la fonction cognitive

Le cannabis porte atteinte à la fonction cognitive

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Bien qu’il existe des preuves modérées que l’usage soutenu du cannabis à un jeune âge est associé à des atteintes à la fonction cognitive, les preuves scientifiques comportent des brèches en ce qui a trait à la gamme complète des effets et à leur caractère réversible. Cette affirmation générale doit donc être clarifiée et faire l’objet de recherche plus approfondie. De plus, même lorsque la recherche suggère que consommer du cannabis peut avoir certains impacts sur le cerveau, cela ne sera pas le cas de tous les utilisateurs dans toutes les situations.
  1. Il n’est pas surprenant que les preuves démontrent que durant l’intoxication, l’usage du cannabis a des effets marqués sur les fonctions cognitives comme l’apprentissage et la mémoire (Crane, Schuster, Fusar-Poli et Gonzalez, 2013). Certaines études scientifiques ont observé des associations entre l’usage de cannabis plus soutenu, à long terme, et les atteintes aux aspects cognitifs comme la mémoire, l’attention et l’apprentissage verbal, en particulier lorsque l’usage commence à l’adolescence (W. Hall, 2014; Volkow, Baler, Compton et Weiss, 2014). Ces études ont toutefois rapporté des résultats différents en ce qui concerne la permanence des ces atteintes. Dans l’état actuel de la recherche scientifique, il est trompeur d’affirmer simplement que le cannabis mène à une diminution de la fonction cognitive.
  1. Les allégations quant à l’impact de l’usage du cannabis sur les fonctions cognitives sont parfois accompagnées d’affirmations que l’usage mène à l’échec scolaire, au chômage plus tard, aux problèmes de satisfaction dans la vie et à d’autres mauvais résultats ou méfaits psychosociaux. Les scientifiques n’ont toutefois pas été en mesure d’éliminer toutes les autres explications possibles, et les preuves sont faibles en ce qui concerne une association nette entre l’usage de cannabis et ces résultats (Fergusson et Boden, 2008; Townsend, Flisher et King, 2007). Il faut également noter qu’un examen systématique de toutes les études scientifiques longitudinales sur ce sujet a conclu que les preuves ne soutenaient pas une relation causale entre l’usage de cannabis par les jeunes et divers méfaits psychosociaux (Macleod et autres, 2004).

État de la preuve

On s’inquiète du fait que l’usage de cannabis, particulièrement lorsqu’il commence à l’adolescence, pourrait mener à diverses formes de déficit cognitif. Une publicité récente de Santé Canada, par exemple, affichait à l’écran les mots « perte de mémoire » et « problèmes d’apprentissage » (Santé Canada, 2014). Le National Institute on Drug Abuse des États-Unis a averti les parents que l’usage de cannabis « a des effets négatifs sur l’attention, la motivation, la mémoire et l’apprentissage qui peuvent persister une fois que les effets immédiats de la drogue se dissipent – particulièrement chez les utilisateurs réguliers » (NIDA, 2014). Bien qu’il existe des preuves modérées que l’usage soutenu de cannabis à un jeune âge est associé à certains déficits cognitifs, nos connaissances comportent des brèches en ce qui a trait à la gamme complète des effets et à leur caractère réversible.

La somme des études sur les effets de l’usage du cannabis sur les fonctions cognitives et sur les résultats qui y sont reliés est vaste, mais très mitigée. Des examens récents par Volkow et Hall résument un certain nombre d’études qui rapportent des associations entre l’usage de cannabis soutenu, à long terme, et les atteintes aux aspects cognitifs comme la mémoire, l’attention et l’apprentissage verbal (W. Hall, 2014; Volkow et autres, 2014). Crane et ses collègues ont aussi réalisé un examen exhaustif et noté que des études récentes et anciennes avaient démontré que les effets aigus de l’intoxication au cannabis (c.-à-d. être présentement « gelé ») sont associés à des baisses à court terme de l’apprentissage et de la mémoire, une conclusion prévisible étant donné que ces effets se produisent durant l’intoxication (Crane et autres, 2013). De plus, même si des diminutions de la fonction cognitive ont été observées, Hall et ses collègues notent que « l’on ne sait toujours pas si la fonction cognitive se remet complètement après l’arrêt de l’usage à long terme du cannabis » (Hall, 2014). En général, les conclusions des études ont manqué d’uniformité quant à la nature des différents déficits cognitifs reliés à l’usage du cannabis ainsi qu’à leur persistance dans le temps.

Il faut ajouter que les affirmations sur l’effet de l’usage du cannabis sur le fonctionnement cognitif semblent reliées à d’autres affirmations touchant le rendement scolaire et les fonctions sociales, c’est-à-dire que l’on affirme aussi souvent que l’usage du cannabis mène à l’échec scolaire, au chômage plus tard, à des problèmes liés à la satisfaction dans la vie et à d’autres résultats médiocres ou dommages psychosociaux. Les preuves sont plus faibles en ce qui concerne une association causale nette quant à ces questions (Fergusson et Boden, 2008; Townsend et autres, 2007). C’est parce qu’il est impossible de contrôler complètement toute une gamme de facteurs confusionnels potentiels, comme l’usage d’autres substances ou le statut socioéconomique, qui peuvent jouer un rôle dans les relations observées. Il est à noter particulièrement qu’un examen systématique de toutes les études scientifiques longitudinales évaluées par les pairs à ce sujet a conclu que les preuves ne soutenaient pas une relation causale entre l’usage de cannabis par les jeunes et divers méfaits psychosociaux (Macleod et autres, 2004). En effet, un examen par Verweij et ses collègues s’est penché sur la performance scolaire parmi un échantillon de jumeaux (Verweij et autres, 2013). Hall et ses collègues offrent le résumé suivant :

Une analyse de jumeaux détonnant dans leur usage du cannabis jeune [p. ex., l’un en utilisait et l’autre non] n’a observé aucune différence dans le risque d’abandon scolaire entre les jumeaux qui utilisaient le cannabis et ceux qui ne l’utilisaient pas, ce qui suggère que l’association s’expliquait par des facteurs de risque génétiques et environnementaux. Ces conclusions sont appuyées par deux analyses précédemment réalisées sur les données de l’étude américaine sur les jumeaux. (Hall, 2014)

Le manque d’uniformité des études scientifiques à ce sujet est probablement relié aux différences méthodologiques des études (p. ex. quant aux échantillons, aux doses, et à l’historique d’usage de cannabis), ainsi qu’au manque d’adaptation adéquate pour les facteurs confusionnels. Hall et Crane notent tous deux qu’avec le temps, les études dans ce domaine sont devenues plus systématiques et plus solides au plan méthodologique (Crane et autres, 2013; Hall, 2014). Présentement, cependant, il existe peu de preuves que le cannabis cause des déclins irréversibles à long terme de la fonction cognitive, par opposition à la dysfonction inévitable reliée à l’intoxication.


Références
  1. Crane, N.A., Schuster, R.M., Fusar-Poli, P., Gonzalez, R., 2013. Effects of cannabis on neurocognitive functioning: Recent advances, neurodevelopmental influences, and sex differences. Neuropsychology Review 23, 117-137.
  1. Fergusson, D.M., Boden, J.M., 2008. Cannabis use and later life outcomes. Addiction 103, 969 976.
  1. Hall, W., 2014. What has research over the past two decades revealed about the adverse health effects of recreational cannabis use? Addiction 110, 19-35.
  1. Macleod, J., Oakes, R., Copello, A., Crome, P.I., Egger, P.M., Hickman, M., Oppenkowski, T., Stokes-Lampard, H., Smith, G.D., 2004. Psychological and social sequelae of cannabis and other illicit drug use by young people: A systematic review of longitudinal, general population studies. The Lancet 363, 1579-1588.
  1. Townsend, L., Flisher, A.J., King, G., 2007. A systematic review of the relationship between high school dropout and substance use. Clinical child and family psychology review 10, 295-317.
    Volkow, N.D., Baler, R.D., Compton, W.M., Weiss, S.R.B., 2014. Adverse effects of marijuana use. New England Journal of Medicine 370, 2219-2227.

Le cannabis est une drogue qui peut causer des conséquences sérieuses à long terme, comme la schizophrénie

Le cannabis est une drogue qui peut causer des conséquences sérieuses à long terme, comme la schizophrénie

– Kevin Sabet, Smart Approaches to Marijuana (Baca, 2015)

Le cannabis ne cause pas la schizophrénie

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Bien que certaines études fassent référence à un lien entre l’usage de cannabis et un risque accru de symptômes associés à la schizophrénie (Fergusson, Horwood et Ridder, 2005; Zammit, Allebeck, Andreasson, Lundberg et Lewis, 2002), une étude récente a conclu que l’usage de cannabis en lui-même n’accroissait pas le risque de schizophrénie (Proal et autres, 2014). Les scientifiques ont fait remarquer à de maintes reprises la difficulté d’établir un lien de causalité dans les études concernant l’usage de cannabis et la maladie mentale (Moore et autres, 2007; Volkow et autres, 2014). Bien que les personnes qui développent la schizophrénie puissent avoir préalablement fait usage de cannabis, il est difficile d’affirmer sans équivoque que cet usage est ce qui a causé le développement de cette condition (Pierre, 2011).
  1. Si l’usage du cannabis causait la schizophrénie, nous nous attendrions à constater une augmentation des cas à mesure que l’usage de cannabis s’accroissait, mais cette tendance n’a pas été observée (Hall, 2014). Une étude basée au Royaume-Uni a conclu que, comme l’usage de cannabis s’était multiplié par 4 au sein de la population du Royaume-Uni entre le début des années 1970 et 2002, il y aurait dû y avoir une augmentation correspondante des cas de schizophrénie, de 29 % chez les hommes et de 12 % chez les femmes, de 1990 à 2010 (Hickman et autres, 2007). Au lieu de cela, durant cette période (1996-2005), il a été constaté que les cas annuels de schizophrénie au Royaume-Uni étaient stables ou en déclin (Frisher et autres, 2009). Ces conclusions suggèrent fortement que l’usage de cannabis ne cause pas la schizophrénie.
  1. La recherche scientifique a suggéré que les jeunes qui ont des prédispositions génétiques pour la schizophrénie pourraient voir leur risque de développer cette condition augmenté par l’usage de cannabis (Caspi et autres, 2005). Toutefois, les conclusions scientifiques se contredisent quant à l’ampleur du risque que pose l’usage de cannabis ainsi qu’en ce qui concerne la fréquence d’utilisation associée à la maladie mentale (Andréasson, Engström, Allebeck et Rydberg, 1987; Caspi et autres, 2005; Moore et autres, 2007).

État de la preuve :

Tout bien considéré, la preuve a établi une association entre l’usage du cannabis et les symptômes psychotiques associés à la schizophrénie. Cependant, la recherche scientifique ne suggère pas qu’il existe une relation de cause à effet entre l’usage du cannabis et la schizophrénie.

Il est important de noter que si l’usage du cannabis causait la schizophrénie, nous nous attendrions à constater une augmentation des cas à mesure que l’usage de cannabis s’accroissait, mais cette tendance n’a pas été observée (Hall, 2014). Une étude basée au Royaume-Uni a conclu que, comme l’usage de cannabis s’était multiplié par 4 au sein de la population du Royaume-Uni entre le début des années 1970 et 2002, il y aurait dû y avoir une augmentation correspondante des cas de schizophrénie, de 29 % chez les hommes et de 12 % chez les femmes, de 1990 à 2010 (Hickman et autres, 2007). Au lieu de cela, durant la période où l’on estime que ces augmentations ont connu la plus forte hausse (1996-2005), il a été constaté que les cas annuels de schizophrénie au Royaume-Uni étaient stables ou en déclin (Frisher et autres, 2009). Ces conclusions suggèrent fortement que l’usage de cannabis ne cause pas la schizophrénie.

Une étude plus ancienne avec un échantillon plus important (n = 45 570) de conscrits suédois mâles a conclu que les participants qui avaient essayé le cannabis à l’âge de 18 ans ou avant avaient 2,4 fois plus de chances de recevoir un diagnostic de schizophrénie dans les 15 années suivantes que ceux qui n’avaient pas fait l’essai de la drogue (Andréasson et autres, 1987). Cette étude n’a toutefois pas pu déterminer le sens de la causalité en ce qui concerne l’usage du cannabis et la schizophrénie. Les auteurs affirment plutôt : « Que l’abus de cannabis ait précédé les symptômes psychiatriques dans ces cas ou vice-versa ne peut être déterminé » (Andréasson et autres, 1987). Une autre étude suivant la cohorte suédoise par Zammit et ses collègues a révélé une relation dose-réponse entre l’usage de cannabis à 18 ans et le risque de schizophrénie (c. à d. que ceux qui utilisaient la drogue plus fréquemment couraient un plus grand risque), et l’effet demeurait après avoir contrôlé diverses variables de confusion, y compris l’usage d’autres substances, certaines caractéristiques de l’historique familial et certains traits de personnalité (Zammit et autres, 2002). Notamment parce que cette étude ne mesure l’usage de drogue qu’à la ligne de départ, il est impossible de déterminer les tendances d’usage de drogue chez les participants dans les décennies entre la ligne de départ de l’étude et l’émergence de la schizophrénie. Cela introduit dans l’étude le potentiel pour un biais de classement erroné.

Volkow et ses collègues ont fait remarquer la difficulté d’établir un lien de causalité dans les études concernant l’usage du cannabis et la maladie mentale, car un certain nombre de facteurs pourraient prédisposer les individus aux deux (Volkow et autres, 2014). Par exemple, dans une analyse systématique qui incluait des études longitudinales et des études basées sur une population sur l’usage de cannabis et le risque de résultat psychotique, Moore et ses collègues ont également trouvé un effet de dose-réponse de l’usage du cannabis sur tout résultat psychotique, indépendamment d’autres variables de confusion et de l’intoxication aigüe (Moore et autres, 2007). Cependant, ils ont également noté que les études observationnelles ne peuvent pas éliminer toutes les variables de confusion et que l’incertitude relative à une relation causale directe entre l’usage du cannabis et la psychose « ne risque pas d’être résolue dans un avenir rapproché » (Moore et autres, 2007). Dans un article examinant différentes hypothèses sur l’usage de cannabis et la psychose, Pierre a noté qu’il existe de nombreux facteurs qui peuvent augmenter le risque de psychose, que l’ampleur du risque lié à l’usage du cannabis semble « modeste » et que les preuves sont « équivoques » relativement à l’hypothèse voulant que l’usage de cannabis « peut causer la schizophrénie » (Pierre, 2011). Les conclusions scientifiques se contredisent quant à l’ampleur du risque que pose l’usage du cannabis ainsi qu’en ce qui concerne la fréquence d’utilisation associée à la maladie mentale (Andréasson et autres, 1987; Caspi et autres, 2005; Moore et autres, 2007).

Comme Caspi et ses collègues (2005) l’ont fait remarquer, « la vaste majorité des jeunes gens qui utilisent le cannabis ne développent pas de psychose » (Caspi et autres, 2005). Ces auteurs et d’autres études ont suggéré que le risque accru de psychose provenant de l’usage du cannabis pourrait être plus prononcé chez les personnes qui sont déjà génétiquement susceptibles à des tels symptômes et à la schizophrénie (Henquet et autres, 2008). En effet, une étude récente a comparé les personnes qui utilisaient le cannabis et celles qui ne le faisaient pas (Proal et autres, 2014). Tous les participants ont ensuite fourni des renseignements sur leur historique familial de schizophrénie. Les auteurs de l’étude ont trouvé que si l’historique familial de schizophrénie permettait de prédire la schizophrénie des participants, l’usage de cannabis n’avait aucun impact sur l’augmentation de ce risque. En résumé, les auteurs concluaient que l’usage de cannabis en lui-même n’augmentait pas le risque de schizophrénie.

De toutes les preuves examinées ici en lien avec les affirmations sur l’usage du cannabis et les effets sur la santé, certaines des preuves les plus solides (p. ex. s’appuyant sur des études bien conçues, etc.) appuient une association entre l’usage de cannabis et la schizophrénie. Toutefois, comme cela est résumé ci-dessus, une relation de cause à effet entre l’usage du cannabis et la schizophrénie n’est pas appuyée par les preuves (Advisory Council on the Misuse of Drugs, 2008).


Références
  1. Andréasson, S., Engström, A., Allebeck, P., Rydberg, U., 1987. Cannabis and Schizophrenia: A Longitudinal Study of Swedish Conscripts. The Lancet 330, 1483-1486.
  1. Baca, R., 2015. Here’s anti-legalization group Project SAM’s response to CNN’s ‘Weed 3’. http://www.thecannabist.co/2015/04/20/weed-3-cnn-project-sam-kevin-sabet...
  1. Caspi, A., Moffitt, T.E., Cannon, M., McClay, J., Murray, R., Harrington, H., Taylor, A., Arseneault, L., Williams, B., Braithwaite, A., Poulton, R., Craig, I.W., 2005. Moderation of the effect of adolescent-onset cannabis use on adult psychosis by a functional polymorphism in the catechol-O-methyltransferase gene: Longitudinal evidence of a gene X environment interaction. Biological psychiatry 57, 1117-1127.
  1. Fergusson, D.M., Horwood, L.J., Ridder, E.M., 2005. Tests of causal linkages between cannabis use and psychotic symptoms. Addiction 100, 354-366.
  1. Frisher, M., Crome, I., Martino, O., Croft, P., 2009. Assessing the impact of cannabis use on trends in diagnosed schizophrenia in the United Kingdom from 1996 to 2005. Schizophrenia Research 113, 123-128.
  1. Hall, W., 2014. What has research over the past two decades revealed about the adverse health effects of recreational cannabis use? Addiction 110, 19-35.
  1. Hickman, M., Vickerman, P., Macleod, J., Kirkbride, J., Jones, P.B., 2007. Cannabis and schizophrenia: model projections of the impact of the rise in cannabis use on historical and future trends in schizophrenia in England and Wales. Addiction 102, 597-606.
  1. Moore, T.H., Zammit, S., Lingford-Hughes, A., Barnes, T.R., Jones, P.B., Burke, M., Lewis, G., 2007. Cannabis use and risk of psychotic or affective mental health outcomes: a systematic review Lancet 370, 319-328.
  1. Pierre, J.M., 2011. Cannabis, synthetic cannabinoids, and psychosis risk: What the evidence says. Current Psychiatry 10, 49.
  1. Proal, A.C., Fleming, J., Galvez-Buccollini, J.A., DeLisi, L.E., 2014. A controlled family study of cannabis users with and without psychosis. Schizophrenia Research 152, 283-288.
  1. Volkow, N.D., Baler, R.D., Compton, W.M., Weiss, S.R.B., 2014. Adverse effects of marijuana use. New England Journal of Medicine 370, 2219-2227.
  1. Zammit, S., Allebeck, P., Andreasson, S., Lundberg, I., Lewis, G., 2002. Self reported cannabis use as a risk factor for schizophrenia in Swedish conscripts of 1969: Historical cohort study. British Medical Journal 325, 1199-1201.

La légalisation/réglementation augmente la disponibilité du cannabis

La légalisation/réglementation augmente la disponibilité du cannabis

Le cannabis ne peut pas être plus accessible que sous la prohibition...
Figure 2. Prix et puissance estimés du cannabis aux États-Unis, 1990-2009

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Les preuves suggèrent que la prohibition n’a généralement pas réussi à réduire la disponibilité du cannabis. Aux États-Unis, la recherche indique que depuis 1990, le prix du cannabis a baissé alors que sa puissance a augmenté, malgré des investissements croissants dans les efforts de réduction de l’offre basée sur les actions policières (Werb et autres, 2013). Comme nous ne pouvons mesurer le marché illicite directement, ces indicateurs servent de marqueurs par procuration, qui suggèrent que l’offre en cannabis (et par extension sa disponibilité) a probablement augmenté.
  1. La disponibilité du cannabis telle que perçue par les jeunes est demeurée élevée nonobstant l’augmentation des budgets liés au contrôle des drogues. Au cours des 39 dernières années, de 81 % à 90 % des élèves américains de douzième année ont rapporté pouvoir obtenir du cannabis « assez facilement » ou « très facilement » (Monitoring the Future, 2014). De façon similaire, en Union européenne, une étude de 2014 indique que 58 % des jeunes de 15 à 24 ans croient qu’il serait assez ou très facile d’obtenir du cannabis dans les 24 heures (Commission européenne, 2014).
  1. En permettant aux gouvernements de fixer des restrictions relatives à l’âge légal, la réglementation stricte de marchés légaux pour le cannabis pourrait être plus efficace que la prohibition pour restreindre l’accessibilité du cannabis chez les jeunes (Rolles, 2009), comme cela s’est produit dans le cas du tabac (Johnston, O’Malley, Bachman et Schulenberg, 2012).

État de la preuve

Après plus de trois décennies de répression policière des drogues, rien ne prouve que la disponibilité du cannabis ait diminué. En effet, le contraire semble vrai. La disponibilité du cannabis illégal est difficile à quantifier, étant donnés les défis manifestes que représente l’évaluation de la taille et de la composition des marchés illégaux ainsi que le fait que la « disponibilité » est une variable qui est mal définie et qui l’est de façon non uniforme. Ainsi, les gouvernements, les forces policières et les experts du domaine ont priorisé l’usage de deux mesures, le prix et la pureté, pour évaluer les changements au sein des marchés des drogues illicites. En tenant pour acquis une demande constante, si le prix d’une drogue baisse et que sa pureté s’accroît, on imagine que l’offre a augmenté.

Les États-Unis constituent un bon cas de figure à cet égard. Les données suggèrent que l’usage du cannabis est demeuré relativement stable aux États-Unis (UNODC, 2014). En même temps, comme le démontre la figure 2, le prix du cannabis a chuté de façon importante aux États-Unis tandis que sa puissance a augmenté (Werb et autres, 2013a).

Ces tendances de prix et de puissance suggèrent que l’approvisionnement en cannabis illicite a submergé les efforts gouvernementaux pour réduire l’offre, et même que celle-ci a augmenté au cours de cette période étant donné que l’usage est demeuré relativement constant ou a augmenté (UNODC, 2014).

Il est important de noter que l’inefficacité des approches policières pour le contrôle de l’approvisionnement en cannabis aux États-Unis affecte particulièrement les jeunes. L’étude Monitoring the Future se penche annuellement sur l’usage de drogues et d’alcool chez les jeunes américains. Chaque année depuis le début de l’étude en 1975, plus de 80 % des élèves américains de 12e année (plus de 90 % certaines années) ont uniformément rapporté qu’il était « assez facile » ou « très facile » d’obtenir du cannabis (Monitoring the Future, 2014). De façon similaire, en Union européenne, une étude de 2014 indique que 58 % des jeunes de 15 à 24 ans croient qu’il serait assez ou très facile d’obtenir du cannabis dans les 24 heures (Commission européenne, 2014).

Ces données réunies suggèrent que le système de prohibition des drogues n’a pas réussi à réduire la disponibilité du cannabis, qui a été plus qu’en mesure de suivre le rythme de la demande. En contraste, notons qu’aux Pays-Bas, où le cannabis est de facto légalisé depuis des décennies, les taux d’usage du cannabis sont estimés à la moitié de ceux des États-Unis dans la période précédant la réglementation du cannabis par les États (20 % contre 42 %) (Degenhardt et autres, 2008), et qu’ils sont similaires ou en-deçà des taux d’usage des pays européens contigus (EMCDDA, 2015). Cela suppose que les politiques de répression relatives au cannabis ne mènent pas en elles-mêmes à de plus faibles taux d’usage.

En résumé, les preuves ne suggèrent pas que la disponibilité, l’approvisionnement ou l’usage du cannabis soient réellement contrôlés par la prohibition du cannabis, du moins pas au-delà d’impacts marginaux, localisés et temporaires. De plus, comme les systèmes réglementaires pour le cannabis récréatif n’ont que récemment été mis en œuvre au Colorado, dans l’État de Washington et en Uruguay, il est trop tôt pour savoir quels seront les effets à long terme de ces changements de politiques sur l’offre de cannabis. Il est cependant à noter que les approches de réglementation des drogues offrent aux décideurs une vaste gamme d’outils, notamment l’interdiction publicitaire, la taxation, les restrictions sur les autorisations et sur l’âge, qui ont réussi à limiter l’accès au tabac chez les jeunes (Gutierrez et Pardo, 2015; Johnston et autres, 2012).


Références
  1. European Commission, 2014. Young People and Drugs Flash Eurobarometer 401. Directorate-General for Communication, European Commission.
  1. Johnston, L.D., O’Malley, P.M., Bachman, J.G., Schulenberg, J.E., 2012. Monitoring the Future: Overview of key findings, 2011. Monitoring the Future. Institute for Social Research/National Institute on Drug Abuse, Ann Arbor.
  1. Monitoring the Future, 2014. Monitoring the Future: a continuing study of American youth. http://monitoringthefuture.org/data/data.html.
  1. Rolles, S., 2009. After the War on Drugs: Blueprint for regulation. Transform Drug Policy Foundation, London. p. 23
  1. Werb, D., Kerr, T., Nosyk, B., Strathdee, S., Montaner, J., Wood, E., 2013. The temporal relationship between drug supply indicators: an audit of international government surveillance systems. BMJ Open 3, 8.

Si la marijuana était légalisée, l’augmentation du nombre d’usagers serait considérable et rapide

Si la marijuana était légalisée, l’augmentation du nombre d’usagers serait considérable et rapide

– Robert L. DuPont (2010)

Figure 3. Tendances dans l’usage de cannabis avant et après les modifications législatives

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Il a été affirmé que la prévalence plus élevée de l’usage de l’alcool et du tabac dans un marché réglementé sous-entend que l’usage du cannabis augmenterait aussi si celui-ci était réglementé. Les données de l’Organisation mondiale de la santé, cependant, suggèrent que les pays dont les politiques sur les drogues sont plus punitives ne voient pas un taux plus faible d’usage de drogues que les pays dont les politiques (c.-à-d. la réglementation) sont plus libérales (Degenhardt et autres, 2008). Ainsi, les allégations de causalité entre la prévalence de l’usage de drogue et l’environnement politique sont non fondées. Les preuves suggèrent tout simplement que la prohibition a, tout au plus, un impact marginal sur la consommation de drogues illégales.
  1. La comparaison des taux de prévalence de l’utilisation du cannabis avant et après les modifications législatives dans plusieurs pays d’Europe au cours de la dernière décennie environ indique qu’aucune association simple n’a été observée entre les changements aux lois et les changements de prévalence de l’usage du cannabis. Les pays dans lesquels les sanctions ont été augmentées n’ont pas exhibé de taux plus faibles d’usage, et des taux plus élevés n’ont pas été vus dans les pays qui ont diminué les sanctions (OEDT, 2015).
  1. En même temps, une vaste étude sur 15 ans a conclu que la présence de systèmes de marijuana médicale n’a pas mené à des augmentations de l’usage du cannabis récréatif par les adolescents aux États-Unis (Hasin et autres, 2015). En ce qui concerne les nouveaux marchés de cannabis récréatif (comme au Colorado, dans l’État de Washington et en Uruguay), il est probablement trop tôt pour évaluer adéquatement l’impact à long terme des changements de politiques sur les tendances relatives à l’usage du cannabis.
  1. Comme la réglementation juridique mène nécessairement à de nouvelles sources de disponibilité de la drogue, la façon dont ces sources sont gérées est essentielle pour contenir tout changement important de la prévalence de l’usage. Néanmoins, une réglementation légale stricte peut permettre un contrôle de la qualité (pour contrôler la puissance ou l’utilisation d’altérateurs), des restrictions quant à l’âge légal (pour que le cannabis ne tombe pas entre les mains des jeunes), un meilleur contact entre les systèmes de soins de santé et les consommateurs (pour mieux traiter l’accoutumance) et la collecte de taxes sur le revenu à réinvestir pour le bien social, par exemple dans l’éducation, la prévention et le traitement. Ces questions sont sans doute plus pertinentes pour la santé et la sécurité de la collectivité que la prévalence de l’usage du cannabis, puisque plus de 90 % de l’usage est non problématique (Anthony, Warner et Kessler, 1994).

État de la preuve

Certains observateurs se servent des statistiques sur l’usage de l’alcool et du tabac pour avancer que ces substances sont utilisées à grande échelle à cause de leur disponibilité, et prétendre que l’usage du cannabis augmenterait donc dans un système réglementé. Bien que l’alcool et le tabac soient réglementés et soient effectivement des substances vastement utilisées dans de nombreux pays, y compris le Canada et les États-Unis, cela ne signifie pas nécessairement que la population verrait une augmentation de l’usage du cannabis si celui-ci faisait l’objet de réglementation.

La contre-preuve aux allégations voulant que la réglementation mène à un usage accru provient d’une vaste étude qui s’est penchée sur les données d’usage des drogues à travers 17 pays (échantillon combiné de 85 052 participants) et fait partie des études sur la santé mentale réalisées par l’Organisation mondiale de la santé. Dans cette étude, Degenhardt et ses collègues ont étudié l’usage à travers la vie et l’âge au premier usage pour le tabac, l’alcool, le cannabis et la cocaïne (Degenhardt et autres, 2008). Les États-Unis et la Nouvelle-Zélande avaient le plus haut taux d’usage de cannabis (42 %) par rapport aux autres pays. Les États-Unis se distinguaient également par des taux plus élevés pour la consommation d’alcool et de cocaïne malgré un âge légal minimum plus élevé pour la consommation d’alcool et une politique plus sévère sur les drogues illégales que bien des pays développés comparables. Les Pays-Bas ont un taux d’usage du cannabis bien moins élevé que les États-Unis, particulièrement chez les jeunes, malgré un système réglementaire de facto pour le cannabis récréatif. Dans l’ensemble, les pays dont les politiques sur les drogues sont plus sévères ou punitives ne démontrent pas de taux plus faible d’usage de drogues que les pays dont les politiques sont moins sévères ou plus libérales. Cette tendance dans les observations a mené Degenhardt et ses collègues à conclure qu’« en soi, une politique punitive quant à la possession et l’usage mène à une variation limitée dans les taux d’usage des drogues illégales » (Degenhardt et autres, 2008).

Différentes études et divers rapports de surveillance comparant les territoires ont souligné l’absence de corrélation entre le statut juridique ou la sévérité des régimes de maintien de l’ordre et les taux d’usage des drogues (Degenhardt et autres, 2008; OEDT, 2015; Reinarman, 2009). De plus, les études longitudinales ne démontrent aucune association claire entre les changements aux politiques sur le cannabis et les taux d’usage. Par exemple, une vaste étude sur une période de 15 ans a conclu que la présence de systèmes de marijuana médicale n’a pas mené à des augmentations de l’usage du cannabis récréatif par les adolescents aux États-Unis (Hasin et autres, 2015).

Au cours de la dernière décennie, plusieurs pays d’Europe ont également modifié leurs politiques sur le cannabis. La comparaison des estimations de prévalence de l’usage de cannabis avant et après les changements de politiques peut indiquer s’il existe une association entre les changements législatifs et l’usage de cannabis.

La figure 3, de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), illustre les changements dans la prévalence du cannabis chez les 15 à 34 ans dans le temps (zéro représentant l’année d’une modification de la politique sur le cannabis) (OEDT, 2011). L’hypothèse juridique courante veut que l’augmentation des sanctions mène à une chute de l’usage des drogues et que la réduction des sanctions mène à une augmentation de la consommation. Si cela était vrai, les pays où les sanctions ont augmenté (c.-à-d. les lignes pointillées) verraient des diminutions de l’usage du cannabis suivant l’imposition de sanctions juridiques plus sévères, alors que les pays où les pénalités ont diminué (c.-à-d. les lignes pleines) verraient une augmentation de l’usage suivant la réduction des sanctions. Or, comme on le voit et comme le dit l’OEDT, « aucune corrélation simple ne peut être observée entre les changements législatifs et la prévalence de la consommation de cannabis » (OEDT, 2011).

Même si les preuves que la réduction des sanctions n’augmente pas la prévalence de la consommation de cannabis sont significatives, cela ne permet pas nécessairement de prédire que la réglementation législative ne mènera pas à une augmentation de la consommation. La réglementation juridique ouvre nécessairement de nouvelles sources de disponibilité de la drogue, et la façon dont ces sources sont gérées a le potentiel de créer des changements importants dans la prévalence de consommation (Kilmer, 2010; Kilmer et autres, 2010b). L’utilisation de contrôles réglementaires stricts et responsables, comme l’interdiction de la publicité et une taxation appropriée, est nécessaire pour contenir toute augmentation de la consommation.

Certains opposants à la réglementation du cannabis ont isolé les taux de consommation dans les États américains qui ont réglementé l’usage récréatif du cannabis. Des commentateurs ont par exemple remarqué que, selon les données des études nationales récentes sur la consommation de drogue et la santé (NSDUH), la consommation de cannabis au Colorado a augmenté de 2011-2012 à 2012-2013 et que l’usage du cannabis durant le mois précédent et l’année précédente ont dépassé la moyenne nationale, y compris chez les adolescents. Il est toutefois important de souligner que les ventes de cannabis récréatif aux adultes ont commencé officiellement au Colorado au début de 2014 (Hopfer, 2014). Trop peu de temps s’est écoulé depuis le début de la réglementation de l’usage récréatif du cannabis dans cet État pour bien évaluer l’incidence de ce changement de politique sur les tendances à long terme de la consommation de cannabis. Il est également probable que les gens ont sous-rapporté leur consommation de cannabis avant la réglementation à cause du stigmate associé à l’usage de drogues illégales. À court terme, les données sur la consommation de cannabis par les jeunes au Colorado suggèrent que la consommation est demeurée similaire ou même a diminué (surtout lorsqu’on compare les données des années 1990 jusqu’à aujourd’hui) chez les adolescents dans les années ayant précédé la réglementation officielle. Les données post-réglementation provenant du Department of Public Health and Environment du Colorado ont démontré que la consommation de cannabis par les adolescents au Colorado a continué de diminuer après la réforme législative (CDPHE, 2014).


[NOTE] La citation de Robert L. DuPont a été extraite d'un billet intitulé « Why We Should Not Legalize Marijuana » sur le site Web de l’Église de l’Illinois sur les problèmes d’alcool et de dépendance. Accès le 18 mars 2015 sur http://ilcaaap.org/2011/06/22/why-we-should-not-legalize-marijuana/
Références
  1. Anthony, J.C., Warner, L.A., Kessler, R.C., 1994. Comparative epidemiology of dependence on tobacco, alcohol, controlled substances, and inhalants: Basic findings from the National Comorbidity Survey. Experimental and Clinical Psychopharmacology 2, 244 268.
  1. Degenhardt, L., Chiu, W.T., Sampson, N., Kessler, R.C., Anthony, J.C., Angermeyer, M., Bruffaerts, R., De Girolamo, G., Gureje, O., Huang, Y., Karam, A., Kostyuchenko, S., Lepine, J.P., Mora, M.E.M., Neumark, Y., Ormel, J.H., Pinto-Meza, A., Posada-Villa, J., Stein, D.J., Takeshima, T., Wells, J.E., 2008. Toward a global view of alcohol, tobacco, cannabis, and cocaine use: Findings from the WHO world mental health surveys. PLoS Medicine 5, 1053-1067.
  1. DuPont, R.L., 2010. Why we should not legalize marijuana. CNBC. CNBC, New York.
  1. EMCDDA, 2011. Looking for a relationship between penalties and cannabis use. Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, Lisbonne.
  1. Hasin, D.S., Wall, M., Keyes, K.M., Cerdá, M., Schulenberg, J., O’Malley, P.M., Galea, S., Pacula, R., Feng, T., 2015. Medical marijuana laws and adolescent marijuana use in the USA from 1991 to 2014: Results from annual, repeated cross-sectional surveys. The Lancet Psychiatry 2, 601-608.

La réglementation ne réduira pas les crimes liés aux drogues

La réglementation ne réduira pas les crimes liés aux drogues

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Un argument courant est que la réglementation des marchés du cannabis ne réduira pas les crimes liés aux drogues. Il n’y a toutefois pas d’études scientifiques portant sur le caractère supposément florissant des crimes liés aux drogues dans un marché réglementé, et il est encore trop tôt pour évaluer correctement cet effet au Colorado, dans l’État de Washington ou en Uruguay.
  1. Il est bon de rappeler que la prohibition entraîne des taux élevés de crimes liés aux drogues et de violence. Une abondance de preuves scientifiques a démontré que la prohibition échoue dans ses efforts de réduction de la taille des marchés de drogues illégales, du trafic et de la violence associée aux marchés des drogues illégales (Werb et autres, 2013; Werb et autres, 2011). Comme la prohibition est incapable de réduire le crime et la violence, la réglementation demeure une solution de rechange envisageable.
  1. Les marchés réglementés pour le cannabis réduisent directement les crimes liés aux drogues en supprimant la nature illégale de certaines formes de production, de distribution et de consommation de cannabis. Même s’il est probable que les crimes liés aux drogues se poursuivront dans un marché réglementé (c.-à-d. l’achat par des mineurs, l’approvisionnement continu provenant d’un marché criminel, etc.), si la réglementation est conçue de manière appropriée, la réglementation du cannabis transfèrera la demande du marché criminel au marché légal. La réglementation du cannabis au Colorado, dans l’État de Washington et en Uruguay a transféré une part substantielle (probablement la vaste majorité) du revenu des ventes de cannabis du marché criminel aux vendeurs légaux, diminuant ainsi la part totale du marché criminel. On peut voir comme positive même une diminution modeste des occasions criminelles et des profits du crime organisé.

État de la preuve :

Un argument courant pour appuyer la réglementation du cannabis est que celle-ci réduirait la violence associée au trafic des drogues illégales et les ressources judiciaires pour les arrestations et poursuites relatives aux crimes liés aux drogues. Les opposants répondent que la réglementation des marchés du cannabis ne réduira pas les crimes liés aux drogues. Pour appuyer cette thèse, on a affirmé, par exemple, que le Colorado a vu, au cours des dernières années, des augmentations importantes de saisies de cannabis dans les colis postaux et d’autres formes de transport qui auraient été déroutés vers d’autres États (Rocky Mountain HIDTA, 2013). Les médias et des groupes comme Smart Approaches to Marijuana ont suggéré que les marchés noirs pour le cannabis sont florissants dans l’État de Washington et au Colorado (Smart Approaches to Marijuana, 2015). Il a également été estimé que les cartels mexicains tirent une minorité de leur revenu du cannabis et que la réglementation du cannabis ne contribuerait que peu à réduire les autres activités illégales et crimes liés aux drogues (Kilmer et autres, 2010a).

Même s’il est probable que les crimes liés aux drogues se poursuivront dans un marché réglementé, dans les systèmes fondés sur la prohibition, les marchés criminels contrôlent 100 % du marché du cannabis. En contraste, les marchés réglementés détourneront au moins une portion des revenus vers les mécanismes légaux.

Dans l'ensemble, il n'y a pas d’études empiriques de qualité pour étayer à quel point les crimes liés aux drogues sont florissants dans les systèmes réglementaires de cannabis récréatif. Malheureusement, la situation des Pays-Bas n’est pas très instructive à cause de l’approche juridique inusitée en vigueur : bien que la vente de cannabis dans les « cafés » soit tolérée, l’approvisionnement se fait toujours par l’entremise de producteurs et de fournisseurs criminels. Au Colorado et dans l’État de Washington, trop peu de temps s’est écoulé depuis l’entrée en vigueur de la réglementation sur le cannabis pour une évaluation adéquate de la situation. Il est également difficile d’étudier l’impact d’une modification des lois relatives aux drogues sur le crime en général ou même sur les crimes liés aux drogues en particulier, car les changements liés au crime peuvent être dus à plusieurs facteurs, y compris des changements sociostructurels. Les marchés criminels sont, de surcroît, notoirement difficiles à quantifier. Néanmoins, les marchés réglementés pour le cannabis réduisent directement certains crimes liés aux drogues en supprimant la nature illégale de certaines formes de production, de distribution et de consommation de cannabis – tenant pour acquis que la demande demeure relativement constante.

Si certains observateurs avancent que la réglementation du cannabis n’a pas réduit les crimes liés aux drogues de façon importante, la preuve ne permet pas de suggérer que la prohibition a été plus efficace. D’abondantes preuves scientifiques ont cependant démontré que la prohibition échoue dans ses efforts de réduction de la taille des marchés et du trafic de drogues illégales. Werb et ses collègues ont étudié les indicateurs d’approvisionnement des drogues illégales tirés des données des systèmes de surveillance gouvernementaux et ont conclu qu’au cours des deux dernières décennies, les prix de l’héroïne, de la cocaïne et du cannabis ont diminué et que leur pureté a augmenté (Werb et autres, 2013a). Durant la même période, les saisies de ces drogues avaient généralement augmenté ou étaient demeurées stables au plan international. Ces conclusions réunies suggèrent une augmentation générale de l’approvisionnement illégal de ces substances malgré les efforts internationaux axés sur la réduction de l’approvisionnement. Dans un contexte de prohibition, le cannabis représente un marché hautement lucratif (Kilmer et Pacula, 2009). Pour donner un exemple précis, on estime la valeur annuelle du marché interne du cannabis illégal en Colombie-Britannique à entre 400 et 600 millions de dollars (Werb et autres, 2012), et le même marché dans l’État de Washington, avant la réglementation, à environ 300 millions de dollars (Archambault et autres, 2013). La réglementation du cannabis récréatif dans l’État de Washington a, à tout le moins, intégré une partie importante de ce marché illégal dans un système réglementé.

Enfin, il semble faux de croire que les réactions aux marchés illégaux de drogues qui s’appuient sur la répression policière réduisent la violence associée aux activités criminelles. Une étude systématique récente a évalué l’impact du maintien de l’ordre relatif aux drogues sur la prévalence subséquente de la violence criminelle reliée aux drogues (Werb et autres, 2011). Cette étude a conclu que plus de 90 % des études scientifiques rapportaient une augmentation de la violence comme résultat des opérations policières liées aux drogues et que, dans bien des cas, cette augmentation durait jusqu’à deux ans. Ces conclusions suggèrent que les réactions s’appuyant sur la prohibition ont peu de chance d’être plus efficaces que les approches réglementaires pour réduire les taux de crimes violents liés aux drogues.


Références
  1. Werb, D., Kerr, T., Nosyk, B., Strathdee, S., Montaner, J., Wood, E., 2013. The temporal relationship between drug supply indicators: An audit of international government surveillance systems. BMJ Open 3.
  1. Werb, D., Rowell, G., Guyatt, G., Kerr, T., Montaner, J., Wood, E., 2011. Effect of drug law enforcement on drug market violence: A systematic review. International Journal of Drug Policy 22, 87-94.

Nous verrons beaucoup plus de gens gelés sur les routes et il y aura des conséquences

Nous verrons beaucoup plus de gens gelés sur les routes et il y aura des conséquences

– John Mica (Balko, 2014)

Conduire avec du THC dans le sang, est-ce un réel danger ou une raison pour les assureurs d'augmenter leurs primes?
Figure 4. Décès automobiles par mois au Colorado

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Bien que des preuves démontrent que le risque de collision automobile augmente pour les conducteurs durant une intoxication aigüe suivant l’usage de cannabis (Asbridge, Hayden et Cartwright, 2012; M. C. Li et autres, 2012), les preuves ne suggèrent pas que la réglementation du cannabis mène à des augmentations du nombre de conducteurs avec facultés affaiblies sur les routes. Dans le cas du Colorado, de l’État de Washington et de l’Uruguay, il est encore trop tôt pour déterminer quels seront les impacts à long terme.
  1. Les données brutes du département du transport de l’État du Colorado, cependant, ont conclu que le total des décès sur les routes avait diminué sur son territoire en 2014 comparativement à 2013 et à la moyenne depuis 2002 (Balko, 2014). Bien sûr, de telles statistiques ne nous disent rien sur le rôle précis de l’usage du cannabis dans les accidents routiers. Elles nous fournissent cependant des motifs pour remettre en question toute affirmation générale voulant que la réglementation du cannabis mène nécessairement à une diminution de la sécurité routière pour la population.
  1. Cette affirmation semble fondée sur l’hypothèse que la conduite avec facultés affaiblies augmenterait parce que l’usage du cannabis augmenterait sous un régime réglementaire. Il faut donc mettre l’accent sur le fait que les études scientifiques n’ont trouvé aucun lien entre les taux d’usage de drogues et les politiques nationales sur les drogues (Degenhardt et autres, 2008).
  1. Il est important de noter que les structures réglementaires responsables ne légaliseraient pas la conduite sous l’effet du cannabis. Cette conduite demeure une infraction au Colorado. La loi a même, pourrait-on dire, été rendue plus sévère, car on a introduit des limites de THC dans le sang, accru les efforts de mise en œuvre et tenu une campagne d’éducation populaire financée en partie par les revenus tirés des taxes sur le cannabis (Colorado Department of Transportation, 2015). Comparativement à la prohibition, il est important de souligner que la réglementation du cannabis permet une éducation publique détaillée et des campagnes de sensibilisation pour prévenir les comportements à risque, comme la conduite avec facultés affaiblies, comme cela s’est produit pour l’alcool (Hingson et Winter, 2003).
  1. Il est intéressant de savoir que les experts s’entendent pour dire que le risque de collision automobile est bien moindre pour l’usage de cannabis que le risque associé à la consommation d’alcool. L’impact de l’intoxication à l’alcool sur la conduite demeure donc une question de santé publique bien plus cruciale (Li, Brady et Chen, 2013).

État de la preuve

Bien que des preuves démontrent que le risque de collision automobile augmente pour les conducteurs durant une intoxication aigüe suivant l’usage de cannabis, les preuves ne suggèrent pas que la réglementation du cannabis mène à des augmentations du nombre de conducteurs avec facultés affaiblies sur les routes.

Un examen systématique et une méta-analyse des études épidémiologiques par Asbridge et ses collègues sont souvent cités pour appuyer l’affirmation que l’usage de cannabis double les risques d’accident automobile (Asbridge et autres, 2012). L’étude Asbridge a porté sur neuf études se servant de groupes de contrôle, toutes évaluées comme ayant une qualité de moyenne à élevée. À travers la majorité de ces études, la conduite avec facultés sous l’influence du cannabis était associée à un risque significativement plus élevé d’accident comparativement à la conduite sans facultés affaiblies (Asbridge et autres, 2012). Une autre méta-analyse d’études épidémiologiques a aussi conclu que l’usage du cannabis augmente le risque de collisions automobiles par un facteur plus élevé que 2, et selon un rapport dose-efficacité (c.-à-d. que l’augmentation de la dose et de la fréquence d’usage augmente le risque d’accident) (Li et autres, 2012).

Ainsi, bien que des preuves indiquent que le risque de collision automobile augmente pour les conducteurs durant une intoxication aigüe suivant l’usage de cannabis, aucune preuve ne suggère que la réglementation du cannabis récréatif mène à une augmentation du nombre de conducteurs sous l’influence du cannabis. Les données récentes issues du Colorado, par exemple, motivent la remise en question de toute affirmation générale voulant que la réglementation du cannabis mène nécessairement à une diminution de la sécurité routière pour la population. Comme le démontre la figure 4, depuis l’introduction d’un régime réglementaire en 2012, les décès sur les routes ont en fait diminué dans l’État. Si la réglementation du cannabis augmentait le risque de collisions automobiles comme résultat d’un usage plus répandu du cannabis, alors nous pourrions nous attendre à ce que les données reflètent cela. Cependant le contraire semble vrai, la période post-réglementation au Colorado étant associée à des taux plus bas de mortalité sur les routes (Colorado Department of Transportation, 2015). Bien que le total des décès sur les routes ne nous dise rien sur le rôle précis de l’usage du cannabis dans les accidents routiers, ces statistiques suggèrent que la réglementation au Colorado n’a pas mené à une diminution de la sûreté routière pour la population. Les taux à la baisse pour les décès reliés aux facultés affaiblies par l’alcool indiquent aussi qu’il est possible de prévenir la conduite avec facultés affaiblies, même pour une drogue légale. Des campagnes d’éducation publique et de sensibilisation, par exemple, sont possibles dans un marché réglementé et peuvent être précieuses comme interventions préventives, comme cela s’est produit pour l’alcool (Hingson et Winter, 2003). Des initiatives similaires pourraient réussir à prévenir la conduite avec facultés affaiblies par le cannabis.

Il est important de noter, à titre comparatif, qu’il a été estimé que le risque d’accident mortel impliquant des conducteurs avec un taux d’alcoolémie de 0,08 % et plus (c.-à-d. la limite légale dans de nombreux endroits) comporte un risque accru par un facteur allant de 6 à 241 comparativement aux conducteurs aux facultés non affaiblies (Zador et autres, 2000). Il est évident que le risque d’accidents automobiles, mais aussi d’accidents mortels, associé à l’usage de l’alcool est beaucoup plus élevé que celui qui est associé au cannabis. L’impact de l’intoxication à l’alcool sur la conduite demeure donc une question de santé publique bien plus cruciale.

Enfin, les études évaluant le risque de déficience motrice relié à l’usage de cannabis comportent des limites importantes. D’abord, les études en laboratoire ou les études expérimentales se servant de simulateurs de conduite ont rapporté que les participants compensent souvent l’effet du cannabis en conduisant plus lentement (Hall, 2014; Hartman et Huestis, 2013). Certaines études épidémiologiques n’ont examiné que certaines populations (p. ex., les gens traités pour leur usage de substances) ou n’ont pas utilisé de contrôles appropriés (Hartman et Huestis, 2013). Comme Li et ses collègues l’ont fait remarquer, l’usage de plus d’une drogue crée un défi dans la détermination du risque précis à associer à l’usage du cannabis (Li et autres, 2012). Les tests réalisés sur de nombreux conducteurs aux facultés affaiblies sont positifs pour plus d’une drogue (l’alcool y compris), ce qui crée des difficultés dans l’interprétation des modèles statistiques, étant donné le défi que représenterait le fait de démêler l’impact de l’usage de drogues multiples.


Références
  1. Asbridge, M., Hayden, J.A., Cartwright, J.L., 2012. Acute cannabis consumption and motor vehicle collision risk: Systematic review of observational studies and meta-analysis. BMJ (en ligne) 344.
  1. Balko, R., 2014. Since marijuana legalization, highway fatalities in Colorado are at near historic lows. The Washington Post.

Colorado Department of Transportation, 2015. Marijuana and driving. https://www.codot.gov/safety/alcohol-and-impaired-driving/druggeddriving.... Accédé le 23 juillet 2015.

  1. Degenhardt, L., Chiu, W.T., Sampson, N., Kessler, R.C., Anthony, J.C., Angermeyer, M., Bruffaerts, R., De Girolamo, G., Gureje, O., Huang, Y., Karam, A., Kostyuchenko, S., Lepine, J.P., Mora, M.E.M., Neumark, Y., Ormel, J.H., Pinto-Meza, A., Posada-Villa, J., Stein, D.J., Takeshima, T., Wells, J.E., 2008. Toward a global view of alcohol, tobacco, cannabis, and cocaine use: Findings from the WHO world mental health surveys. PLoS Medicine 5, 1053-1067.
  1. Hingson, R., Winter, M., 2003. Epidemiology and consequences of drinking and driving. Alcohol Research and Health 27, 63-78.
  1. Li, G., Brady, J.E., Chen, Q., 2013. Drug use and fatal motor vehicle crashes: A case-control study. Accident Analysis and Prevention 60, 205-210.
  1. Li, M.C., Brady, J.E., DiMaggio, C.J., Lusardi, A.R., Tzong, K.Y., Li, G., 2012. Marijuana use and motor vehicle crashes. Epidemiologic reviews 34, 65-72.

La réglementation favorise le tourisme lié aux drogues

La réglementation favorise le tourisme lié aux drogues

Le tourisme, est-ce bien ou mal dans le contexte du cannabis?

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Certaines preuves suggèrent que la réglementation des marchés du cannabis attire les touristes. Bien que des données n’aient pas été recueillies de façon systématique, les statistiques des Pays-Bas indiquent que 25 % des touristes qui visitent Amsterdam visitent un café, et 10 % affirment qu’il s’agissait de leur raison pour visiter la ville (Kilmer, 2010). Les premières données du Colorado indiquent que 44 % des revenus tirés des ventes de cannabis dans les zones métropolitaines et 90 % des ventes dans les communautés rurales proviennent d’acheteurs venant de l’extérieur de l’État (Light et autres, 2014).
    1. Le potentiel de tourisme lié au cannabis est relié à la taille et à la distance des populations voisines dans lesquelles l’usage du cannabis n’a pas été réglementé (Caulkins et autres, 2015), ce qui signifie que la réglementation dans certains endroits pourrait entraîner plus de tourisme relatif aux drogues que d’autres. Cela signifie également que le tourisme lié au cannabis diminue comme source d’inquiétude à mesure que plus de territoires réglementent légalement le marché du cannabis.
      1. Il est important de souligner que le tourisme lié aux drogues n’est absolument pas une conséquence inévitable de la réglementation du marché du cannabis (c.-à-d. que les preuves ne suggèrent pas que la réglementation favorise en soi le tourisme lié aux drogues). En permettant aux gouvernements de contrôler les conditions dans lesquelles le cannabis est vendu, les modèles réglementaires peuvent ne pas permettre ce tourisme. Un exemple possible d’un contrôle réglementaire réduire le tourisme lié aux drogues serait de restreindre la vente de cannabis aux résidents du territoire. L’Uruguay en est un exemple, la loi ne permettant qu’aux résidents de cultiver et d’acheter du cannabis (Gutierrez et Pardo, 2015).
        1. Étant donnés les avantages économiques importants de tous les types de tourisme, le tourisme lié aux drogues n’est pas nécessairement un effet négatif de la réglementation (Caulkins et autres, 2015). Il peut toutefois avoir des inconvénients, par exemple sous forme de troubles publics. Dans l’ensemble, très peu de données suggèrent que le tourisme lié aux drogues a contribué à des résultats globaux négatifs pour la santé ou la société.

          État de la preuve

          Les nouvelles concernant le « tourisme lié aux drogues » font souvent référence aux ventes de cannabis dans les cafés des Pays-Bas. Bien que des données ne semblent pas avoir été recueillies de façon systématique, on estime que parmi le 4,5 millions de touristes qui visitent Amsterdam annuellement, environ le quart visite un café, et 10 % affirment qu’il s’agissait de leur raison pour visiter la ville (Kilmer, 2010). Les rapports ont noté que les preuves sur le tourisme lié aux drogues aux Pays-Bas sont « clairsemées » (MacCoun, 2010), mais nous sommes prudents, car cela peut simplement indiquer un manque de données scientifiques plutôt que l’absence de tourisme lié aux drogues. Il est à noter qu’une proposition pour une « wietpas » (c.-à-d. un laissez-passer pour de l’herbe) avancée par le gouvernement hollandais aurait restreint l’accès au cannabis vendu dans les cafés aux résidents (Rolles, 2014). Cette proposition a toutefois été abandonnée à cause d’une opposition écrasante, les sondages suggérant que 80 % des résidents hollandais croyaient que la proposition augmenterait le trafic illégal de drogues. En 2014, une petite minorité de municipalités hollandaises (15 %) avaient introduit des restrictions interdisant la vente de cannabis aux non-résidents (Rolles, 2014). Il est bon de noter également que le tourisme lié aux drogues ne se limite pas aux contextes dans lesquels le cannabis est réglementé. Les médias suggèrent que Vancouver, au Canada, par exemple, est une destination touristique liée au cannabis (Moore, 2012), même si en vertu des lois actuelles, les décideurs canadiens n’ont pas accès à des contrôles réglementaires pour décourager le tourisme lié au cannabis.

          Dans un rapport sur les impacts potentiels de la légalisation du cannabis en Californie, Kilmer et ses collègues ont déclaré que « la légalisation de la marijuana serait probablement une action très médiatisée, remarquée par les gens aux États-Unis et à l’étranger. Il est plausible qu’elle pourrait influencer la décision de prendre des vacances en Californie » (Kilmer, 2010b). Dans un rapport plus récent que cite ce groupe, le département du revenu du Colorado a publié des estimations des dépenses des visiteurs provenant de l’extérieur de l’État pour le cannabis, obtenus à l’aide de renseignements sur les reçus de vente, les statistiques au point de vente et les données des bureaux touristiques (Light et autres, 2014). On y estime que 44 % des revenus tirés des ventes de cannabis dans les zones métropolitaines et 90 % des ventes dans les communautés rurales proviennent d’acheteurs venant de l’extérieur de l’État (donc des touristes) (Light et autres, 2014). De plus, dans une analyse récente évaluant la probabilité du tourisme lié aux drogues relative à la réglementation du cannabis aux États-Unis, Caulkins et ses collègues notent que le potentiel de tourisme lié au cannabis est relié à la taille et à la distance des populations voisines dans lesquelles l’usage du cannabis n’a pas été réglementé (Caulkins et autres, 2015), ce qui signifie que la réglementation dans certains endroits pourrait entraîner plus de tourisme relatif aux drogues que d’autres (c.-à-d. les États du Nord-Est).

          Il est important de souligner que le tourisme lié aux drogues n’est pas nécessairement un effet négatif de la réglementation et qu’il peut même être désirable dans certains contextes. Comme le disent Caulkins et ses collègues, « le tourisme lié à la marijuana n’est pas entièrement mauvais; il générerait des revenus pour les hôteliers et les restaurateurs, comment le font les feuilles d’automne et les pentes de ski. Avec le tourisme vient cependant de la circulation, de la congestion et, pour le tourisme lié à la marijuana, un certain risque de conducteurs dont les facultés sont affaiblies au retour. Cela pourrait mener, comme cela est arrivé dans quelques villes hollandaises, à des problèmes d’ordre public » (Caulkins et autres, 2015). Dans un article savant, Monshouwer et ses collègues ont noté que certaines municipalités des Pays-Bas ont eu à gérer des questions de nuisance reliées aux touristes venant de Belgique, d’Allemagne et de France (Monshouwer et autres, 2011). Dans l’ensemble, si le tourisme lié aux drogues comporte des avantages (revenus) et des inconvénients (désordre public), très peu de données suggèrent que ce tourisme a contribué à des résultats globaux négatifs pour la santé ou la société dans les contextes où le cannabis est réglementé.

          Cet examen de Monshouwer et de ses collègues a également mis en évidence les façons dont les politiques réglementaires peuvent être changées ou renforcées pour décourager les touristes (p. ex., exigence que les visiteurs aient une carte de membre pour acheter du cannabis, limites strictes quant à la quantité, restrictions sur l’âge dans les cafés ou restriction de la vente de cannabis aux citoyens du pays), tout en évitant un modèle policier pour le contrôle du cannabis, ce qui est moins efficace pour réduire l’offre et la disponibilité (Monitoring the Future, 2014; Werb et autres, 2013b).L’Uruguay a pris des mesures en ce sens, la loi ne permettant qu’aux résidents de cultiver et d’acheter du cannabis. Il s’agit là d’une décision politique intentionnelle du gouvernement fédéral pour réduire la possibilité que l’Uruguay devienne une destination pour le tourisme lié au cannabis (Gutierrez et Pardo, 2015).


          [NOTE] Par exemple, voir cette nouvelle de CBC. Visité le 19 mars 2015 à l’adresse http://www.cbc.ca/news/world/colorado-gets-high-on-pot-revenue-marijuana...
          Références
          1. Caulkins, J.P., Kilmer, B., Kleiman, M.A.R., MacCoun, R.J., Midgette, G., Oglesby, P., Pacula, R.L., Reuter, P.H., 2015. Considering marijuana regulation: Insights for Vermont and other jurisdictions. RAND Corporation.
          1. Gutierrez, A., Pardo, B., 2015. A Comparison of the world’s first three jurisdictions to legally regulate marijuana: Colorado, Washington and Uruguay. Drug Policy Alliance, Washington, D.C.
          1. Kilmer, B., 2010. Insights on the effects of marijuana legalization on prices and consumption. RAND Corporation.
          1. Light, M.K., Orens, A., Lewandowski, B., Pickton, T., 2014. Market size and demand for marijuana in Colorado (preparé pour le Colorado Department of Revenue). Marijuana Policy Group.

La réglementation mène à un scénario de marijuana à grande échelle

La réglementation mène à un scénario de marijuana à grande échelle

Un oligopole est né, on l'appelle Big Marijuana

La création d'un oligopole, est-ce un mythe ou une visée des prohibitionnistes?

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. L’émergence de marchés réglementés pour le cannabis récréatif a été accompagnée d’allégations que ces changements de politiques mèneraient à de vastes industries à but lucratif, peu surveillées et peu soucieuses de la santé et de la sécurité publiques. En plus de n’être aucunement appuyée par des preuves scientifiques et d’être fondée sur de la spéculation, cette allégation tient pour acquis un contrôle gouvernemental moindre que ce qui est possible en vertu de la réglementation du cannabis.
  1. Les inquiétudes que la réglementation mène à une industrie massive de commercialisation sont issues de l’hypothèse que le cannabis suivra une trajectoire similaire à celle du tabac (T. Hughes, 2015). Dans les décennies passées en Amérique du Nord, l’industrie du tabac a pris part à de vastes campagnes publicitaires (visant surtout les jeunes) et à une tromperie quant aux risques de l’usage pour la santé. L’usage du tabac a ainsi augmenté jusqu’à devenir une source importante de conditions de santé et de mortalité évitables (Richter et Levy, 2014). Tenir pour acquis que l’industrie du cannabis suivra les traces de celle du tabac est, cependant, une simple supposition, qu’aucune preuve scientifique n’appuie. Étant donné l’expérience préalable avec le tabac, il est tout aussi probable, sinon plus, que les gouvernements prendront des mesures de plus grande envergure pour s’assurer que les règlements favorisent une industrie du cannabis qui soit responsable.
  1. Un scénario de « marijuana à grande échelle » n’est aucunement une conséquence inévitable d’un marché réglementé pour le cannabis récréatif. En permettant aux gouvernements de contrôler les conditions dans lesquelles le cannabis est vendu, les modèles réglementaires qui évitent de résultat peuvent être employés. Cela pourrait vouloir dire limiter la taille des acteurs individuels du marché, ou mettre en place un monopole étatique. Les restrictions sur la publicité, les exigences d’étiquetage sur les méfaits pour la santé et les investissements en éducation publique sont des contrôles réglementaires qui n’encouragent pas une vaste industrie commerciale, et qui peuvent être utilisés.
  1. Il est encore trop tôt pour déterminer si les marchés récemment réglementés au Colorado, dans l’État de Washington et en Uruguay seront témoins d’un scénario de marijuana industrielle à grande échelle. Ces juridictions ont toutefois utilisé des contrôles réglementaires plus stricts que ceux du tabac lors des décennies passées, y compris des restrictions sur les quantités vendues et la publicité/promotion (Gutierrez et Pardo, 2015; Pardo, 2014). L’Uruguay, par exemple, a interdit la publicité sur le cannabis (Gutierrez et Pardo, 2015; Pardo, 2014). L’usage de tels contrôles réglementaires stricts diminue la probabilité d’un scénario de marijuana industrielle à grande échelle.

État de la preuve

Les élans vers la réglementation du cannabis dans de nombreux États américains ont suscité des allégations au sujet de l’ouverture à un scénario de marijuana industrielle à grande échelle. La prémisse est que la réglementation du cannabis mènerait nécessairement à une vaste industrie à but lucratif, peu surveillée et peu soucieuse de la santé et de la sécurité publiques (Lopez, 2015), faisant écho à l’influence négative de l’industrie du tabac, à celle de l’alcool ou de l’industrie pharmaceutique. Cette allégation est essentiellement non appuyée par des preuves. Elle reflète cependant une inquiétude raisonnable que la mise en place de systèmes à but lucratif pour la réglementation du cannabis inciterait l’arrivée d’intérêts privés agressifs cherchant à maximiser les profits en vendant autant de cannabis que possible, en se souciant peu des impacts négatifs potentiels pour la santé publique.

Le tabac, au cours de décennies antérieures en Amérique du Nord, a fait l’objet de publicités soutenues et est devenu une source importante de conditions de santé et de mortalité évitables (Richter et Levy, 2014). À la lumière de cette expérience, il a été tenu pour acquis que la réglementation du cannabis mènera à une situation similaire, comprenant de la publicité (visant surtout les jeunes) et de la tromperie venant de l’industrie quant aux risques de l’usage pour la santé. Ces inquiétudes, toutefois, traitent d’un problème potentiel, et non avéré. Cela est dû à l’absence de données des États américains qui ont déjà réglementé le cannabis. Il est à noter qu’aux Pays-Bas, un état dont la réglementation de facto du cannabis existe depuis longtemps, on rapporte peu d’inquiétudes quant à une grande industrie du cannabis, sinon aucune. Cela pourrait toutefois être dû au fait que la production de cannabis demeure techniquement criminalisée aux Pays-Bas.

L’inquiétude que la réglementation mènera inévitablement à un scénario d’industrie à grande échelle tient pour acquis un contrôle gouvernemental plus faible que ce qui est possible en vertu de la réglementation du cannabis. Les restrictions sur la publicité, les exigences d’étiquetage sur les méfaits pour la santé et les investissements en éducation publique sont des contrôles réglementaires qui n’encouragent pas une vaste industrie commerciale, et qui peuvent être adoptés. Dans une étude comparative des politiques du Colorado, de l’État de Washington et de l’Uruguay, Pardo a résumé les nombreux règlements et lois qui restreignent, par exemple, les quantités vendues, l’âge de l’acheteur, les pratiques de culture commerciale, de traitement, de publicité et de promotion, ainsi que les ventes par Internet (Pardo, 2014). L’Uruguay, par exemple, a interdit la publicité sur le cannabis (Pardo, 2014). En plus de l’usage de tels contrôles réglementaires stricts, limiter les acteurs du marché peut aussi diminuer la probabilité d’un scénario de marijuana industrielle à grande échelle. Par exemple, la taille du marché en Espagne et en Belgique a été limitée par un modèle de « club social pour le cannabis », dans lequel les organisations non commerciales sont seules à avoir le droit de cultiver du cannabis et de le distribuer à leurs membres (Decorte, 2015).


Références
  1. Gutierrez, A., & Pardo, B. (2015). A Comparison of the world’s first three jurisdictions to legally regulate marijuana: Colorado, Washington and Uruguay. Washington DC : Drug Policy Alliance.
  1. Hughes, T. (2015). Will Big Tobacco become Big Marijuana? USA Today. Tiré de http://www.usatoday.com/story/money/business/2015/04/11/cigarettes-and-m...
  1. Pardo, B. (2014). Cannabis policy reforms in the Americas: A comparative analysis of Colorado, Washington, and Uruguay. International Journal of Drug Policy, 25(4), 727-735.
  1. Richter, K.P., Levy, S., 2014. Big marijuana - Lessons from big tobacco. New England Journal of Medicine 371, 399-401.

Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites (Canada, 2002)

Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites (Canada, 2002)

Le rapport Nolin dans son intégralité

Le Sénat canadien à Ottawa

Le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, présidé par Pierre-Claude Nolin, a publié le 4 septembre 2002 son rapport final sur le cannabis. Au terme d’une étude approfondie de deux ans de la politique gouvernementale relative à la marijuana, le Comité en est arrivé à la conclusion que la drogue devrait être légalisée.

Rapport du professeur Bernard Roques (France, 1998)

Rapport du professeur Bernard Roques (France, 1998)

Une nouvelle classification des drogues selon leur degré de dangerosité

Une nouvelle classification des drogues selon leur degré de dangerosité

Ce rapport commandé par Bernard Kouchner, alors secrétaire d'Etat à la santé, est capital dans l'histoire du débat sur la décriminalisation des drogues. Il est, à l'heure actuelle, la pièce maîtresse dans le dossier des partisans de cette mesure. Il établit une classification des drogues selon leur degré de dangerosité. Ses conclusions renversent les idées reçues. Il met en cause la différenciation entre drogues licites et drogues illicites, et propose plutôt d'établir trois groupes de substances susceptibles d'entraîner des effets plus ou moins accentués de dépendance psychique. Le cannabis qui appartient aux drogues illicites est jugé anodin, alors que l'alcool et le tabac apparaissent aux côtés de l'héroïne, parmi les produits les plus toxiques.

Tableau comparatif

Héroïne (opioïdes) Cocaïne MDMA Psycho-stimulants Alcool Benzodiazépines Cannabinoïdes Tabac
Dépendance physique très forte faible très faible faible très forte moyenne faible forte
Dépendance psychique très forte forte mais intermittente (?) moyenne très forte forte faible très forte
Neurotoxicité faible forte très forte (?) forte forte 0 0 0
Toxicité générale forte (a) forte éventuellement forte forte forte très faible très faible très forte
Dangerosité sociale très forte très forte faible (?) faible (exceptions possibles) forte faible (b) faible (cancer)
Traitements substitutifs ou autres existants oui oui non non oui non recherché non recherché oui

Rapport Roques | Chapitre XI : Le Cannabis

Rapport Roques | Chapitre XI : Le Cannabis

XI.5 - Psychopharmacologie des cannabinoïdes

L’absorption de cannabis produit une sensation d’euphorie légère et de relaxation avec perceptions auditives et visuelles amplifiées. De faibles perturbations sont observées dans l’aptitude à effectuer des tâches coutumières plus ou moins complexes. Ceci est interprété par une légère diminution des performances psychomotrices et mnésiques (revue Hall et al., 1994) éventuellement reliées à la réduction de LTP résultant de l’activation des récepteurs CB1 (Stella, 1997 et ref citées).

Ces effets sont modulés par les doses et à haute concentration (> 40 ,g THC) des syndromes de sédation, sensation de lourdeur et quelquefois des effets dépressifs peuvent être observés. Il est important de noter que les effets de somnolence produits par le cannabis sont la résultante des actions combinées des différents cannabinoïdes, ce qui explique qu’ils ne soient pas identiques selon la source de cannabis (haschich vs chanvre). Bien que critiquables dans leur méthodologie, plusieurs études ont démontré que durant la période d’imprégnation par le THC à hautes doses, les facultés d’apprentissage étaient légèrement altérées par la consommation de cannabis, surtout à cause d’un défaut d’attention. Toutefois les résultats sont assez contradictoires, les plus forts consommateurs étant les moins affectés (Adams et Martin, 1996, et ref citées). Par contre aucune modification des possibilités d’abstraction et d’utilisation du vocabulaire n’a été observée. Il s’agit plutôt d’altération de la mémoire à court terme apparemment sans répercussion sur la rétention à long terme (Schwartz et al., 1989). Bien que ces effets semblent modestes et mériteraient d’être confirmés par des études plus approfondies, ceci doit être pris en compte chez les adolescents scolarisés (Block et al., 1992, 1993 ; Solowij et al., 1991, 1996 ;Pope et Zurgelam, 1995, 1996 ; Fletcher et al., 1996). Néanmoins, il faut noter qu’en dépit des modifications possibles des processus mnésiques et d’appréciations altérées du temps souvent notées par les usagers de cannabis, la qualité du travail effectué ne paraît pas modifiée (Hollister, 1986). De même la consommation journalière à haute dose de cannabis durant de nombreuses années ne semble pas induire de comportements de démotivation ou d’absence de motivation bien établis. Les légères altérations sur la mémoire à court terme du cannabis utilisé chroniquement viendraient de perturbations dans l’organisation et l’intégration d’informations complexes. Celles-ci mettent en jeu le cortex frontal dans lequel le THC provoque des variations de flux sanguin et du métabolisme observées par neuroimagerie (Mathew et al., 1992). Les effets comportementaux du cannabis, en particulier la somnolence et le ralentissement des comportements moteurs ont conduit à étudier leur retentissement en termes de conduite de véhicules. De très nombreuses études ou enquêtes ont été effectuées (voir livre blanc, G. Lagier). Les résultats sont difficiles à interpréter du fait de l’association pratiquement constante chez les conducteurs responsables d’accidents pour lesquels des examens ont été exigés, de plusieurs produits, le plus fréquent étant l’alcool. Utilisé seul, le cannabis ne semble pas être un facteur de risque d’accident (Scherman, 1992 ; Robbe, 1994 ; Drummer et al., 1994 ; Chescher, 1995) ce qui n’est pas le cas dès qu’il est associé à l’alcool, aux psychostimulants ou aux tranquillisants. Les études actuelles effectuées sur un nombre de cas plus élevé, pourraient contredire ces résultats. En présence d’hallucinogènes, qui pourraient être consommés accidentellement mélangés à l’ecstasy, les effets psychiques sont tels que la conduite automobile devient quasiment impossible. Des recherches en laboratoire ont permis d’évaluer plus directement les effets du cannabis sur la conduite de véhicules (revue dans Robbe et al., 1994). Testés à l’aide de simulateurs de conduite ou lors de conduite contrôlée en ville, les consommateurs de cannabis semblent peu différents des groupes contrôles. Toutefois, on constate que les premiers ont des réponses différées au démarrage, au dépassement, etc... (Smiley, 1986). Il existe par ailleurs un effet conscient de compensation des altérations d’attention (Mercier-Guyon, 1994), qui cependant pourrait être pris en défaut en cas de situation inattendue ou lors de surconsommation. Il faut néanmoins relativiser le risque par rapport à l’alcool (Robbe, 1994), qui reste beaucoup plus redoutable en terme d’accidents de la circulation en particulier du fait de ses effets désinhibiteurs.

XI.5 - a. Cannabis et états psychologiques

La première consommation de cannabis peut entraîner dans des cas rares, des effets d’anxiété sévères, voisins de ceux éprouvés lors de crises de panique chez des sujets prédisposés. Ils sont réversibles dès l’arrêt de la consommation et ne semblent pas se reproduire par la suite. Aucune pathologie mentale directement reliée à la sur-consommation de cannabis n’a été signalée, ce qui différencie cette substance des psychostmulants tels que le MDMA, la cocaïne ou l’alcool dont l’usage excessif et répété peut donner lieu à des syndromes psychotiques caractéristiques. De même, le cannabis ne semble pas précipiter l’apparition de dysfonctionnements mentaux pré-existants (Schizophrénie, dépression bipolaire, etc...). Il est possible que, comme c’est le cas pour toutes les substances à risques d’abus, l’utilisation répétée du cannabis soit plus souvent trouvée chez les individus atteints de troubles psychiques, schizophrènes en particulier (Allebeck et al., 1993 ; Williams et al, 1996). Enfin aucun syndrome amnésique comparable à celui de Wernicke et Korsakov, observé chez les alcooliques chroniques, n’a été décrit chez les consommateurs excessifs de cannabis.

XI.5 - b. Cannabis et fonctions cérébrales - Neurotoxicité

La toxicomanie au cannabis n’entraîne pas de neurotoxicité telle qu’elle a été définie au chapitre III par des critères neuroanatomiques, neurochimiques et comportementaux. Ainsi, les résultats anciens suggérant des modifications anatomiques dans le cerveau des consommateurs chroniques de cannabis mesurés par tomographie, n’ont pas été confirmés par les techniques modernes précises de neuroimagerie. De même, les altérations morphologiques dans l’hippocampe de rat après administration de doses très élevées de THC (Langfield et al., 1988) n’ont pas été retrouvées (Slikker et al., 1992). Plusieurs études ont été consacrées aux effets du cannabis sur les potentiels évoqués et sur l’électroencéphalogramme chez l’homme. L’usage intermittent produit des changements réversibles dans les profils d’ondes alpha dans le cortex frontal, probablement en rapport avec les états de somnolence induit par le THC. A très long terme (>15 ans) et avec une forte consommation journalière, une augmentation dans l’activité frontale théta et une hyperfrontalité alpha ont été observés (Struve et al., 1990, 1994). La relation éventuelle avec des changements comportementaux ou dans des tests neuropsychologiques n’est pas discutée ni du reste celle possible avec les effets anticonvulsivants du THC. Plusieurs études font état de variations de la circulation cérébrale et du métabolisme dans certaines régions cérébrales en particulier le cervelet et le cortex préfrontal par PET Scan ou FMRI (Volkoww et al., 1996) ce qui est cependant souvent observé avec les psychotropes.

XI.5 - c. Tolérance et dépendance vis à vis du cannabis

Il s’agit là encore d’un sujet très discuté (Jones et al., 1981). Chez l’animal, les actions pharmacologiques du THC et des cannabinoïdes de synthèse donnent naissance à des phénomènes de tolérance (revue dans Adams et Martin ; 1996). L’origine biochimique de ce phénomène pourrait être du même type que celle trouvée avec les opioides, i.e. une adaptation du système de réception-transduction mais il reste à le clarifier, ce qui est du reste le cas pour tous les neuromodulateurs. Des résultats contradictoires concernant la densité de récepteurs dans certaines régions cérébrales sont rapportés avec diminution ou augmentation (Oviedo et al., 1993 ; Romero et al., 1995), mesurés par liaison ou hybridation in situ. Ces changements sont de toute manière réversibles comme le montre une étude effectuée dans le cerveau du singe, 7 mois après exposition de l’animal durant un an à le fumée de cannabis (Westlake et al., 1991). Les drogues sont généralement classées en fonction de leur aptitude à générer des phénomènes de dépendance physique et psychique et sont considérées comme à risque si elles répondent à ces deux critères. Le cannabis a été placé dans ce groupe bien que les cannabinoïdes soient loin de produire des effets comparables à ceux générés par l’héroïne, l’alcool ou le tabac. Ainsi, l’arrêt brutal d’un traitement chronique au THC a donné des résultats contradictoires chez le rat puisque dans le cas de modifications comportementales, celles-ci n’étaient pas modifiées par administration de l’agoniste (Adams et Martin, 1996 et ref citées). Le développement récent de l’antagoniste sélectif du récepteur CB1, le SR 141716A a permis de montrer chez le rat (Aceto et al., 1995 ; Tsou et al., 1995) puis récemment chez la souris (Hutcheson et al., 1998), l’existence d’une légère dépendance physique au THC très différente de celles engendrées, par exemple, par les opioides. De plus, on doit s’attendre à ce que les symptômes du sevrage soient encore plus faibles en l’absence d’administration d’antagonistes. Ceci correspond assez bien à ce qui est observé chez l’homme lors de l’arrêt de la consommation de cannabis. En effet, même dans le cas d’utilisation fréquente de hautes doses, aucun syndrome comparable à celui produit par le sevrage à l’héroïne ou l’alcool par exemple n’est observé. Les effets de sevrage au THC rapportés dans une étude récente sont des signes de nervosité, des troubles légers du sommeil et une diminution d’appétit qui disparaissent rapidement (Wiesbeck et al., 1996). L’absence de syndrome de sevrage sévère dans le cas des cannabinoïdes est sans doute due à son élimination lente. Il serait intéressant d’étudier ce phénomène par PET Scan chez le singe et l’homme. Si les effets comportementaux consécutifs à l’arrêt de la consommation de cannabis restent modestes, les effets cardiovasculaires et végétatifs sont plus nets (tachycardie au pic de l’effet du cannabis, puis bradycardie) chez le consommateur naïf (Benewitz et Jones, 1981). Ils sont sujets à tolérance. C’est surtout par leur aptitude à engendrer une dépendance psychique (addiction) que l’on évalue la dangerosité des drogues. Il est bien établi que la très grande majorité des consommateurs de cannabis n’utilisent ce produit qu’occasionnellement et peuvent cesser définitivement son utilisation sans grande difficulté. Ceci est très bien indiqué par les courbes indiquant l’évolution des consommateurs au cours des différentes périodes de la vie. On considère qu’il existe moins de 10% de très gros consommateurs de cannabis qui éprouvent des difficultés à abandonner la consommation de la substance bien qu’ils le souhaitent (Wiesbeck et al., 1996). Les effets de manque éventuellement responsables de la dépendance sont retrouvés avec la même incidence (9%). Néanmoins, le débat sur les risques de dépendance au cannabis a été relancé ces deux dernières années par la mise en évidence directe de deux paramètres considérés comme prédictifs d’un risque d’addiction. Le premier est la libération de dopamine dans le N.Accumbens induit par l’administration de THC et le second est l’observation que cette libération est antagonisée par la naloxone, semblant donc contrôlée par la stimulation du système opioide (Tanda et al., 1997). Effectivement, ceci vient d’être confirmé formellement par la démonstration d’une élévation du taux extracellulaire de Met-enképhaline dans le N.Acc par microdialyse après traitement au THC (Valverde et al., sous presse). Néanmoins cette libération est faible, environ 4 fois inférieure à celle produite par le RB 101 (Daugé et al., 1996) qui ne produit aucune dépendance physique ou psychique (Roques et al., 1993). Le second est la libération de CRF induite par administration de SR 141,716A chez le rat traité chroniquement au THC, phénomène également produit par le sevrage à l’alcool ou toutes formes de stress. Agissant sur les récepteurs de l’amygdale, le CRF augmenterait les sensations d’anxiété, potentialisant ainsi la vulnérabilité à la reprise de consommation (Rodriguez de Fonseca et al., 1997). La "dérive" vers les drogues dures "gateway theory" (Nahas, 1993 ; Cohen et Sas, 1997) après consommation chronique de THC ne semble pas étayée par les résultats d’expériences récentes chez l’animal. Ainsi, le traitement chronique au THC ne modifie pas la préférence de place induite par la morphine (Valverde et al., 1998 ; sous presse). L’hétérosensibilisation correspondant à l’activation de la réponse induite par une drogue (héroïne par exemple) lors de l’administration d’une autre (alcool par exemple) est un phénomène qui ne semble pas avoir été étudié en détail avec le THC. Il faut cependant noter que l’anandamide (Véla et al., 1995) et le THC (Hine et al., 1975) sont capables de diminuer la sévérité du sevrage aux opioides suggérant que chez les héroïnomanes, le cannabis pourrait atténuer les effets de manque. Chez l’homme, les études épidémiologiques donnent des résultats très contradictoires selon la manière dont les résultats sont présentés et interprétés. Ceci est discuté en détail dans la revue récente de Zimmer et Morgan (1997). Selon des enquêtes faites au USA, 1% des consommateurs de cannabis seraient amenés à utiliser de la cocaïne ce qui ne signifie pas qu’ils en deviendraient nécessairement dépendants (S.A.M.H.S.A. US Department of Health and Human Services, 1996, page 36). D’autres études montrent que la consommation de drogue dure à la suite de celle de cannabis est surtout le fait de minorité de jeunes de milieux défavorisés, vivant dans des environnements sociaux et familiaux instables, en échec scolaire et en contact avec les trafiquants de cocaïne et d’héroïne (Johnson et al., 1997). Ces résultats, couplés à ceux de nombreuses études épidémiologiques, semblent indiquer que la consommation de drogues dures à la suite de celle de THC aurait principalement des causes psychosociologiques (Zimmer et Morgan, 1997, p. 33-37 et ref citées). Néanmoins, bien que tous les critères retenus pour définir une substance comme addictive ne soient pas satisfaits dans le cas du cannabis, une certaine pression s’exerce au USA pour que des programmes soient mis en oeuvre pour l’arrêt total de sa consommation. Ceci se traduit par des demandes d’analyse de l’existence ou non d’une telle consommation par les employeurs et la possible exigence d’une abstinence. Il est certain que la suppression du gène du récepteur CB1 qui vient d’être réalisée va permettre d’éclaircir un certain nombre de questions sur la pharmacologie des cannabinoïdes y compris le problème de l’existence possible d’une hétérosensibilisation, comme cela a été fait avec d’autres souris génétiquement modifiées. Ce travail est en cours. Il faudra néanmoins rester prudent sur une extrapolation directe chez l’homme pour des raisons évidentes d’espèces et plus subtile d’adaptation possible (probable) inhérente à toute modification de gènes.

XI.5 - d. Effets sur le système respiratoire

Les effets toxiques les plus prévisibles du cannabis sont reliés à son utilisation excessive par inhalation. En effet, les mêmes concentrations de substances cancérigènes (phénol, nitrosamines, substances polyaromatiques, etc...) sont retrouvées dans la fumée provenant des cigarettes ou des joints (rapport de la Br. Med. Ass., 1997). Ce sont les effets les plus dangereux en cas d’usage très fréquent de cannabis du fait du risque de tumeur pulmonaire, d’autant que sa consommation ne diminue pas celle du tabac. Par ailleurs, des inflammations bronchiques ont été observées chez les très gros consommateurs (plus de 10 cigarettes/jour) ainsi que des troubles asthmatiques et une altération des fonctions respiratoires (Taskin et al., 1987) bien que certains de ces effets n’ont pas été retrouvés dans toutes les études (Gil et al., 1995). Un des dangers de l’inhalation de cannabis tient au fait que celle-ci est plus profonde et l’air inspiré plus chaud. Néanmoins, il n’existe pas d’étude épidémiologique démontrant que l’association, cannabis et tabac, est un facteur de risque supérieur au tabac seul pour l’incidence de cancer pulmonaire et l’insuffisance respiratoire chronique.

XI.5 - e. Cannabis et système immunitaire

Les études effectuées sur cellules et in vivo démontrent qu’à des doses largement supérieures à celles utilisées à des fins récréatives, les cannabinoïdes perturbent le système immunitaire. Plusieurs études chez l’animal ont montré une réduction de la résistance aux affections microbiennes et virales après traitement au THC qui se comporte comme un immunomodulateur probablement en agissant sur les récepteurs CB2 périphériques (organes lymphoïdes, lymphocytes, macrophages ; etc...). Toutefois, les doses utilisées ont été très élevées et donc les attendus pathologiques éventuels, difficiles à établir ... (revue dans Friedman et al., 1994). Ainsi, il a été récemment démontré que l’anandamide était capable de stimuler la prolifération des cellules hématopoietiques en synergie avec une cytokine, l’interleukine-3 (IL3) qui agit en activant les récepteurs glycoprotéiques de la famille des récepteurs ) l’hématopoietine (Valk et al., 1997). Ce résultat semble contredire les actions délétères du THC sur la résistance à l’infection, en particulier causée chez la souris par la bactérie Legionella pneumophila, qui ont été reliées à des défauts dans l’action des cytokines et des cellules immunocompétentes (Smith et al., 1997). Ces résultats sont discutés dans une revue récente (Klein et al., 1997). Il est cependant intéressant d’observer qu’il existe une grande similarité structurale entre l’anandamide (et autres cannabinoïdes endogènes) et la famille des dérivés des phospholipides (acide arachidonique, prostaglandines, prostacyline, etc...). Des études pourraient être effectuées pour vérifier les effets directs des cannabinoïdes sur les processus inflammatoires et immunitaires. Le récepteur aux cannabinoïdes présent sur les macrophages est différent de celui trouvé dans le cerveau ce qui explique des effets immunomodulateurs obtenus avec des dérivés du THC d’effets psychiques. On peut remarquer que le THC et le cannabis fumé ont été utilisés chez les malades atteints de SIDA pour diminuer les effets secondaires des traitements (vomissements, perte d’appétit, etc...). Aucune étude n’a rapporté d’effets aggravants des cannabinoïdes sur le système lymphocitaire affecté par le virus du VIH-1 (Kaslow et al., 1989). C’est du reste une des raisons invoquée pour l’utilisation clinique du THC chez les malades atteints de SIDA ou de cancer.

XI.5 - f. Effets du cannabis sur les systèmes endocriniens et les fonctions de reproduction

Chez le rongeur, le THC conduirait à des réductions dans la taille de certains organes impliqués dans les fonctions sexuelles (testicule, prostate, ovaire). Par contre, les effets observés chez l’homme sont très contradictoires. Les études les plus anciennes rapportaient soit des effets de diminution transitoire, soit aucune modification des taux de LH et testostérone. Toutefois, plusieurs études effectuées entre 1974 et 1979 laissaient entendre que les cannabinoïdes pouvaient altérer les fonctions testiculaires du fait des modifications hormonales induites par le cannabis. Depuis, d’autres travaux ont démontré que les taux de LH et de testostérone ne subissaient pas de modification significative après consommation de cannabis (Cone et al., 1986) et que ces taux étaient similaires chez les consommateurs de cannabis et les contrôles (Block et al., 1991). Des études avaient montré une diminution des spermatozoïdes dans un groupe de 16 consommateurs de cannabis (Hembree et al., 1991). En 1990, Murphy et al. ont également rapporté que le THC pouvait empêcher l’ovulation et la production de sperme. Toutefois, comme ceci est souligné par l’OMS dans son dernier rapport (1997), aucune étude épidémiologique n’a encore confirmé ces résultats. Néanmoins, des travaux récents ont relancé le débat sur les effets éventuels du cannabis sur les organes de reproduction. Le récepteur CB1 est présent à la fois dans l’utérus et à la surface des cellules embryonnaires des rongeurs. Récemment, des quantités d’anandamide, plus de 100 fois supérieures à celles trouvées dans le cerveau, ont été mises en évidence dans l’utérus de souris (Schmidt et al., 1997). Ces concentrations semblent osciller légèrement en fonction des états de pré- ou post-implantation de l’embryon avec un taux plus bas dans la première situation. Des résultats obtenus sur un nombre restreint de souris montrent un effet inhibiteur in vitro de l’anandamide sur le développement de l’embryon dont les premières cellules (blastocyte) portent le récepteur CB1 (Yang et al., 1996). De même, l’infusion par minipompe d’un agoniste CB1 préviendrait l’implantation embryonnaire et ce phénomène serait antagonisé par le SR 141716A (Schmidt et al., 1997). Ces résultats sont cependant ) prendre avec prudence car établis sur un nombre très restreint (n=4-5) d’animaux et leur transposition chez la femme, en particulier comme hypothèse d’infertilité inexpliquée, très prématurée. Néanmoins, la mise en évidence du récepteur CB1 humain dans l’endomètre et la capacité de l’utérus à synthétiser l’anandamide avec augmentation d’activité d’une des deux enzymes de synthèse durant la phase de réceptivité et une diminution de l’enzyme de métabolisation (amidase) après l’implantation (Paric et al., 1998) conduit à s’interroger sur les effets négatifs que pourraient avoir les cannabinoïdes exogènes sur les phases d’implantation de l’embryon. Il reste, selon les auteurs, à expliquer l’énorme quantité d’anandamide dans l’utérus au moins chez la souris, vis à vis d’une concentration limitée de récepteur ce qui est difficilement compatible avec un rôle régulateur de la nidation à moins qu’il existe une compartementalisation à démontrer. Chez l’homme, les testicules et les cellules spermatiques expriment de très nombreuses protéines membranaires et ectoenzymes, dont le rôle reste inconnu dans la plupart des cas. Il en est de même du récepteur CB1 (Schuel et al., 1994) qui se trouve également sur les spermatozoïdes d’oursin et dont le pouvoir fertilisant est réduit in vitro par des concentrations importantes (10-6M) d’anandamide ou de THC. L’action des cannabinoïdes consisterait à bloquer les réactions impliquant l’acrosome, i.e., l’exposition de la partie membranaire du spermatozoïde qui permettra la fécondation de l’ovule. Aucune expérience in vivo n’a encore été décrite et même si, comme c’est probable, le récepteur CB1 se trouve également sur le spermatozoïde humain, il est prématuré d’en conclure que, in vivo, les processus de fusion des gamètes sont régis par l’activité du récepteur CB1, chez les primates et l’homme. Le THC semble capable de moduler le fonctionnement des cellules de Sertoli qui jouent un rôle très important dans la spermatogenèse. Ceci a été mesuré par accumulation de lactate dans la cellule mais les résultats sont divergents selon que la cellule est isolée ou au sein d’un tissu (Newton et al., 1993). Chez les rongeurs, les concentrations d’anandamide dans l’utérus semblent très élevées (voir au-dessus). Il serait intéressant d’étudier si les effets de cet effecteur, obtenus chez l’oursin à 10-6M, sont compatibles avec les concentrations du ligand et des récepteurs en fonction des affinités de l’un pour l’autre. Dans tous les cas, il faut se garder de transposer directement à l’homme les résultats obtenus in vitro sur une espèce, en l’occurrence très éloignée. Des études épidémiologiques (absence de fertilité, avortement, accouchement prématuré, etc....) sur un nombre important de femmes ne consommant pas d’autres produits susceptibles de masquer l’effet spécifique du cannabis, devraient lever ces interrogations. Il existe aux USA un recul de près de 30 ans depuis le début de la consommation de cannabis et aucune étude, avançant une baisse de fertilité due à cette substance, n’a été publiée. Il serait par ailleurs intéressant que des études soient menées par des spécialistes du fonctionnement des cellules reproductrices en utilisant du matériel humain (spermatozoïdes, en particulier) et sur des tissus (utérus et placenta) qui peuvent être obtenus sans difficultés techniques (postopératoires par exemple) après consentement du patient.

XI.5 - g. Pouvoirs mutagenèse et carcinogène du cannabis

Deux études font le bilan. La première (Berryman et al., 1992) compare l’action du THC à hautes doses durant 5 semaines chez le rat avec celle de l’éthanol et d’un mutagène témoin, le Trenimon. Les résultats montrent que le THC, seul ou en combinaison avec l’éthanol, n’a aucun effet sur le taux de pré-implantation embryonnaire, la mortalité foetale et l’index de mutations. Plus récemment (Chan et al., 1996), une étude a été initiée par le NIH pour évaluer le potentiel carcinogène éventuel du THC chez les rongeurs (rat, souris) ) des doses journalières culminant à 500 mg/kg ! et durant des périodes allant de 13 semaines à deux ans. Aucune évidence d’un effet tumorigéne du THC n’a été observés. A des doses très élevées, des réductions de poids peuvent être notées. Elles sont associées avec des fréquences abaissées de tumeurs, y compris du testicule chez le mâle et de l’utérus et de l’ovaire chez la femelle. Une atrophie de ces derniers organes est observée éventuellement en relation avec des augmentations importantes dans les concentrations hormonales induites par les très hautes doses de THC. Les effets mutagènes du cannabis " fumé " observés dans le test de AMES (Sparacino et al., 1990) sont donc dus à l’existence des goudrons et des constituants obtenus à partir des cigarettes et dont nous avons vus qu’ils contenaient les mêmes molécules que le tabac. Des études sur cellules humaines en culture en présence de THC pur ou de condensats de la fumée de cigarette devraient confirmer ces observations.

X.6 - Utilisation potentielle du cannabis en thérapeutique

Dans le passé, le cannabis était vanté pour ses vertus à soulager les migraines et diminuer les réactions allergiques. Plus récemment, le THC a été utilisé pour ses propriétés analgésiques, dans le traitement du glaucome et comme antiémétique. C’est ce dernier effet qui lui a valu d’être introduit dans la pharmacopée américaine en 1987 par la FDA (Dronabinol) avec comme indication les nausées et vomissements réfractaires à d’autres antiémétiques, en particulier chez les patients traités par des anticancéreux ou des antiviraux. Une reprise de l’appétit a été également observée. Peu d’études cliniques comparatives avec d’autres composés ont été effectuées et les effets psychiques sont apparus lors de l’augmentation des doses. Il serait donc certainement nécessaire d’étudier plus en détail l’intérêt du THC ou mieux des dérivés synthétiques et ceci en les comparant avec les analgésiques actuellement utilisés (voir revue récente de la British Association, 1997).

XI.7 - Cannabis et analgésique

Une autre application thérapeutique potentielle du THC serait liée à son pouvoir analgésique observé chez l’animal et qui serait dénué de composante opioide m et ¶ mais pourrait impliquer les récepteurs k (Pugh et al., 1997 ; Rowen et al., 1997). Peu d’études cliniques en double aveugle portant sur un nombre suffisant de patients ont été effectuées pour tester les propriétés analgésiques du THC. Les deux plus significatives sont celle de Noyes et al. en 1975 (36 patients souffrant de douleurs cancéreuses) et celle de Jain et al. en 1981 (56 patients présentant des douleurs postopératoires). Dans les deux cas, des effets analgésiques significatifs ont été observés par rapport au placebo. Plusieurs études (Consroe et al., 1992, 1997, et réf. citées) rapportent des effets analgésiques du cannabis ou du THC sur différents types de douleurs neurogènes, ce qui en cas de confirmation dans des conditions contrôlées, pourrait devenir une application intéressante car ce typededouleurrestesouventréfractaire à tout traitement, y compris ) l’action de la morphine. D’autres études donnent des résultats contradictoires (aucune analgésie en cas de douleurs dentaires par exemple). Ces résultats méritent que des études comparatives avec d’autres analgésiques opioides ou non soient entrepris pour confirmer l’intérêt potentiel du THC et surtout des analogues de synthèse qui possèdent des affinités supérieures au produit naturel. En effet, il reste à démonter clairement que les effets analgésiques sont reliés à l’activation du récepteur CB1, ceci étant désormais réalisable avec l’antagoniste SR174716. Si de tels travaux confirmaient l’intérêt des agonistes CB1 en analgésie, il serait alors souhaitable de tenter d’éliminer ou du moins de réduire les effets psychiques non désirables. Il n’est du reste pas certain que ceci soit possible. Il faut rappeler que dans la puissante action analgésique de la morphine, la réduction de la composante émotionnelle de la douleur par recrutement du système hédonique joue certainement un rôle important.

XI.8 - Cannabinoïdes et effets antiémétiques

C’est probablement le domaine où les résultats sont les plus convaincants, en particulier chez les malades atteints du SIDA et soumis à des traitements entraînant nausées, vomissements très fréquents. Non seulement ces effets apparaissent significativement réduits par le THC mais de plus, une reprise de poids est observée témoignant de l’amélioration de la prise alimentaire (Mattes et al., 1994 ; Voth et al., 1997 ; Dansak, 1997). Le mécanisme de l’action antiémétique du THC demeure inconnu comme l’est la localisation des sites de liaison impliques. Il est donc nécessaire avant d’envisager une utilisation thérapeutique des cannabinoïdes de mieux dominer son mécanisme d’action et surtout de comparer ses effets à ceux des meilleurs antiémétiques actuels. De toute manière, il serait souhaitable, si les effets antiémétiques et stimulants de l’appétit s’exercent par activation des récepteurs CB1 et/ou CB2, que des composés synthétiques plus puissants que le THC et, si possible, dénués de ses effets psychiques, soient développés. L’avenir thérapeutique des cannabinoïdes (agonistes et/ou antagonistes), doit passer par des études classiques de développement d’un médicament avant son autorisation de mise sur le marché. Ceci nécessite donc que les effets bénéfiques éventuels d’un "cannabinoïde" soient comparés ) ceux produits par des représentants de la même classe thérapeutique et qu’ils soient trouvés supérieurs. Ceci n’enlève en rien l’intérêt potentiel de cette classe de molécule mais la replace, comme d’autres, dans la stratégie habituelle d’évaluation des activités thérapeutiques.

Recommandations

Le cannabis ne possède aucune neurotoxicité telle qu’elle a été définie au chapitre III. De ce point de vue, le cannabis se différencie complètement de l’alcool, de la cocaïne, de l’ecstasy et des psychostimulants, ainsi que de certains médicaments utilisés à des fins toxicomaniaques. Outre leur neurotoxicité, ces substances induisent des altérations comportementales très sévères et une dangerosité sociale dans le cas de l’alcool et de la cocaïne qui ne sont pratiquement jamais retrouvées avec le cannabis. Le THC et certains dérivés agonistes pourraient au contraire diminuer la fréquence des crises d’épilepsie et protéger des altérations neuronales par ischémie bien que ceci demande à être confirmé. La toxicité du cannabis fumé vis à vis des systèmes respiratoires et cardio-vasculaire ne doit pas être négligée bien qu’elle reste sans doute faible par rapport à celle du tabac pour des raisons simples de quantités consommées, au moins chez les usagers occasionnels, c’est à dire 90% de la population. Les résultats de nombreux travaux effectués tant chez l’animal que chez l’homme montrent une altération temporaire des performances mnésiques, un défaut d’attention et un état de somnolence induit par le cannabis. Ces effets sont dépendants de la dose utilisée. Il est souhaitable que des études comportementales dans des modèles animaux appropriés (rat et singe) soient entrepris pour objectiver ces altérations et les mesurer au cours du développement et chez l’animal adulte et âgé. Ceci compléterait des études electrophysiologiques qui demeurent nécessaires pour étudier les mécanismes de la diminution des performances mnésiques. Compte tenu de l’usage fréquent du cannabis dans la période d’âge correspondant à la fréquentation de l’école ou l’université, et bien que cet usage ne semble pas conduire à des échecs scolaires plus nombreux ou à une perte de motivation, il est souhaitable que la population scolarisée soit informée de ces effets particuliers du cannabis. Là encore, C’est la diminution, réduites par le cannabis, des capacités de libre choix, d’esprit critique, d’authenticité et de spontanéité, qui pourraient être utilisés comme arguments dissuasifs de la consommation durant les cours. Les études actuelles n’accréditent pas l’existence d’un syndrome psychiatrique propre au cannabis. Il en est de même de l’éventuelle « révélation » d’un état schizophrénique sous-jacent. Les altérations des fonctions de reproduction observées sur cellules ou chez les rongeurs méritent qu’on évalue les effets du cannabis sur les cellules (et tissus) humains avant toute conclusion. Des études dans ce sens devraient être initiées rapidement. La structure chimique des effecteurs endogènes des récepteurs aux cannabinoïdes laissent entrevoir un rôle possible (physiologique?, pharmacologique?) dans les mécanismes de l’inflammation. Ceci pourrait rendre compte d’effets souvent contradictoires du THC sur les cellules immunitaires, sur l’inflammation bronchique, la réduction des processus inflammatoires douloureux, etc.... Là encore, des études épidémiologiques sont nécessaires. La dangerosité d’un composé en termes d’addiction se mesure non seulement aux efforts pour se procurer le produit mais à l’énergie considérable dépensée pour tenter d’échapper à la dépendance. Le cannabis engendre des effets hédoniques, il est donc susceptible d’induire une dépendance. Moins de 10% de consommateurs excessifs deviennent dépendants au cannabis, ce qui n’est pas négligeable mais très inférieur au risque induit par les consommations excessives d’alcool ou de tabac. Il faut ajouter que ce pourcentage devient inférieur à 2% si on prend l’ensemble de la population des consommateurs de THC (90% étant occasionnels). Aucune étude épidémiologique n’a été entreprise pour comparer les difficultés d’abandon des mono-consommations de cannabis, d’alcool et de tabac mais l’évolution de celles-ci en fonction de l’âge démontrent que le cannabis est le moins addictif. C’est du reste la raison pour laquelle le NIDA n’a pas jugé utile de recommander des travaux sur la mise au point de traitement substitutifs au cannabis. L’intérêt d’étudier les effets du THC en vue de son utilisation thérapeutique a fait l’objet d’un rapport très récent des experts de la British Medical Association. Ces derniers remarquent que les travaux sur l’utilisation médicale du THC restent anecdotiques et ne donnent pas de résultats scientifiques incontestables en particulier lorsqu’on compare les études qui ont été effectuées avec celles qui sont exigées pour la mise sur le marché d’un nouveau médicament. Ils observent néanmoins que les cannabinoïdes, utilisés depuis très longtemps par un nombre très élevé de consommateurs n’ont pas donné lieu à des effets toxiques majeurs et qu’ils se comportent donc comme des « remarkably safe drugs with a side-effects profile superior to many drugs used for the same indications » (Therapeutic use of cannabis, British Medical Association, 1997, Hardwood Academic Pubkishers The Netherlands). Nous pensons également que l’avenir thérapeutique potentiel des cannabinoïdes (synthétiques) passent par une évaluation de leurs propriétés selon les normes usuelles de mise sur le marché des médicaments.

Extraits du rapport Le Dain (Canada, 1973)

Extraits du rapport Le Dain (Canada, 1973)

Rapport final de la Commission d'enquête sur l'usage des drogues à des fins non médicales

Rapport final de la Commission d'enquête sur l'usage des drogues à des fins non médicales

Conclusions et recommandations de la commissaire Marie-Andrée Bertrand, sous la présidence de l'honorable Gérald Le Dain, 14 décembre 1973.

INTRODUCTION

Je tiens d'abord à souligner que je suis entièrement d'accord avec mes collègues pour limiter, contrôler et réduire le plus possible l'usage des drogues fortes au Canada. Je suis aussi soucieuse qu'eux de restreindre l'usage des stupéfiants et des hallucinogènes forts et d'en empêcher la diffusion dans des secteurs intouchés de la population. Non seulement suis-je d'accord avec eux quant à la fin, mais je serais plus sévère quant aux moyens, pour ce qui est de la fabrication et du trafic illicite des drogues fortes. Je proposerai aussi des peines plus sévères et d'autres mesures qui me paraissent mieux adaptées à la lutte contre l'importation et le trafic.

Je m'entends donc avec mes collègues sur le but à poursuivre : réduire l'usage des drogues fortes, mais je ne suis pas d'accord avec eux quant aux mesures à prendre pour y parvenir. Je ne crois pas que la meilleure façon de restreindre l'usage des drogues fortes soit de conserver les lois actuelles qui font un délit de la possession des stupéfiants et des hallucinogènes forts. Je ne puis non plus me rallier à la recommandation que les toxicomanes soient astreints à des traitements.

Bref, pour ce qui est des usagers des drogues fortes, ma position s'écarte de la leur sur deux points : le maintien du délit de simple possession de stupéfiants et d'hallucinogènes forts (en vertu de la Loi sur les stupéfiants et de la Partie IV de la Loi des aliments et drogues), l'internement des toxicomanes afin de leur faire subir des traitements, soit l'application à un individu contre son gré de mesures destinées à modifier ses habitudes et son mode de vie.

Je vais d'abord expliquer mon opposition au maintien du délit de simple possession de drogue, même s'il s'agit de drogues fortes ; je vais ensuite donner les motifs pour lesquels je regrette le recours à la procédure pénale pour soumettre les toxicomanes à des traitements.

Je proposerai ensuite des mesures, qui me paraissent plus indiquées que le recours au droit pénal, à l'égard des usagers. J'exposerai notamment certains programmes éducatifs et thérapeutiques qui, à mon avis, devraient remplacer les sanctions pénales. Je proposerai enfin des contrôles et d'autres mesures qui pourraient s'appliquer aux trafiquants et aux importateurs de drogues.

Le délit de simple possession est un moyen de dissuasion futile en matière d'usage de drogue

Le délit de simple possession est un moyen de dissuasion futile en matière d'usage de drogue

Il existe des objections de principe et d'ordre pratique à invoquer le droit pénal contre les auteurs de délits sans victimes ; la possession de drogue pour son usage personnel est un exemple classique de tel délit.

Invoquer le droit pénal pour régir le comportement des individus en ce qui à trait a leur mode de vie personnel, leurs habitudes ou leur vie privée, c'est outrepasser le domaine du droit et sa finalité, c'est abuser de ce puissant instrument de contrôle avec d'inévitables conséquences pratiques et morales.

Lorsqu'un délit ne fait pas de victime et que par conséquent personne ne s'en plaint, toute saisie ou poursuite revêt un caractère très particulier et exige des mesures d'exception qui empiètent sur les libertés individuelles. Les perquisitions, les arrestations et les poursuites dans les affaires de simple possession sont précisément de cette nature. L'État a voulu dans ces cas faire fi des présomptions normales d'innocence et du droit inviolable d'être à l'abri de toute perquisition et de toute fouille sans mandat ; il semble considérer la possession de stupéfiants en soi comme un danger grave et croire que les personnes qui en sont soupçonnées doivent être appréhendées à tout prix. La répression de l'usage des hallucinogènes puissants comporte elle aussi des procédures exceptionnelles d'arrestation.

On n'a pas obtenu l’effet de dissuasion ni le contrôle que l’on escomptait pour justifier ces mesures spéciales. Le nombre de condamnations pour possession d'héroïne est passé de 243 en 1964 a 630 en 1972. Les condamnations pour possession d'hallucinogènes puissants sont loin d'avoir diminué (1 014 en 1970, 1 210 en 1972 pour in L.S.D. et la MDA). Faut-il rappeler que les condamnations pour possession de cannabis se sont multipliées de façon astronomique, passant de 25 en 1964 a 10 695 en 1972.

Enfin, le nombre des condamnations ou même des arrestations ne nous donne qu'une vague idée du nombre des usagers. Selon les rapports de la police, le nombre des toxicomanes connus serait passé de 2 947 en 1964 à 8 958 en 1972, à l’exclusion de ceux appartenant aux professions médicales ou paramédicales et des personnes qui ont contracté la dépendance à la suite de traitements. Le rapport majoritaire souligne que les responsables de la répression ont tenté de « circonscrire » le phénomène en gardant les toxicomanes à vue. Jusqu'à ces dernières années, la police connaissait ou croyait connaître la plupart d'entre eux et pouvait repérer les nouveaux venus.

Toutefois, les événements ont démontré que leurs méthodes de contrôle étaient pour le moins inefficaces. Et les sanctions prévues par la loi, si sévères fussent-elles, n'ont pas empêché un million de Canadiens de fumer de la marijuana et du haschich au cours de l'année. Bien des gens s'imaginent que l'on n'emprisonne plus les fumeurs de cannabis et que c'est l'une des raisons de la popularité croissante de cette drogue; pourtant, en 1972, 560 personnes ont été condamnées à la prison pour simple possession de cette substance.

Il faut se rendre à l'évidence, l'interdiction pénale de la simple possession, en dépit du coût élevé de son application aux opiacés et au cannabis, n'a pas empêché les condamnations pour ce délit, de tripler dans le cas des opiacés et de se multiplier par 425 dans le cas du cannabis, de 1964 à 1972. De plus, il nous faudrait probablement centupler ces chiffres pour nous représenter le nombre réel des usagers. Drogues fortes et drogues faibles sont maintenant utilisées dans de nouveaux secteurs de la population si hétérogènes et si dispersés que les méthodes de la police se trouvent périmées ainsi que le font observer les auteurs du rapport majoritaire.

Le recours au droit pénal en matière de possession et d'usage de drogue peut à la rigueur se justifier par la fonction pédagogique de la loi, ainsi que le mentionnent mes collègues. Toutefois, le législateur ne semble pas avoir très bien compris cet aspect du droit. Pour que cette fonction ait quelque effet, il faudrait qu'elle soit énoncée clairement et adaptée aux circonstances. II faudrait notamment que les interdictions et les peines soient proportionnées au danger de chaque substance, ce qui est loin d'être le cas. Les lois relatives à la possession sont illogiques et sans rapport avec la gravité des conséquences de l'usage des diverses drogues pour l'usager lui-même et pour autrui. L'alcool, de loin le psychotrope le plus dangereux et le plus propre à pousser à la délinquance, se vend sous régie gouvernementale et jouit d'une grande vogue. Le tabac, dont la nocivité a été bien démontrée, se vend licitement et en toute liberté, sauf aux mineurs. Le droit pénal n'interdit pas la possession d'amphétamines, qui suivent l'alcool de près par leur nocivité et leur propriété d'engendrer la délinquance ; le rapport majoritaire ne recommande pas l'adoption de cette interdiction, vu son inefficacité bien démontrée et les difficultés de son application, c'est-à-dire la futilité qu'il y aurait à étendre le délit de simple possession. La possession des barbituriques, qui sont la principale cause de suicide, n'est aucunement interdite et les contrôles applicables à leur distribution sont inefficaces. Le contrôle des ordonnances n'empêche personne d'en abuser ; selon une enquête menée récemment à Toronto, les jeunes peuvent s'en procurer très facilement. On trouve très facilement aussi des tranquillisants mineurs; le contrôle des ordonnances est sans effet là aussi. Par contre, le cannabis, dont la nocivité n'a pas été démontrée, est encore classé parmi les stupéfiants. Bien des tribunaux se montrent indulgents lorsqu'il s'agit de possession de marijuana et de haschich, mais la loi n'en fait pas moins un délit et plus de 500 personnes ont été envoyées en prison pour simple possession, pendant l'année écoulée. Les solvants, pourtant très dangereux, ne sont frappés d'aucune interdiction par la loi et le contrôle de leur distribution et de leur usage, si souhaitable soit-il, serait tout à fait impossible à cause des multiples usages courants auxquels ils se prêtent. La possession des hallucinogènes puissants dont l’abus peut être très dangereux mais qui ne semblent pas pousser à la délinquance et ne produisent pas l’accoutumance, n'est interdite qu'en vertu de la Loi des aliments et drogues, dont l’autorité morale semble moindre que celle de la Loi sur les stupéfiants. Cette impression a été corroborée devant la Commission par un grand nombre de témoins qui ont demandé que le cannabis soit régi par la Loi des aliments et drogues plutôt que par la Loi sur les stupéfiants, parce qu’il n'est pas un stupéfiant en pharmacologie et qu’il ne devrait donc pas relever de la plus sévère des deux lois.

Comme on peut le voir la classification des drogues dans les lois est pleine de contradictions et d'illogisme, ce qui en affaiblit l’autorité morale. De ce fait, l’inscription d'une substance dans une catégorie de médicaments ou de drogues soumis à des contrôles rigoureux n'a plus aucun sens. Les principes implicites dans la loi ont été si souvent démentis par les données pharmacologiques ou par les effets que l'on éprouve soi-même à l'usage de certaines substances, qu'on a cessé il y a longtemps de croire qu’il y avait une relation entre la nocivité d'une substance et sa classification en droit pénal. Il faut dire qu'en ce domaine celui-ci est totalement désuet.

Il semble particulièrement illogique, inefficace et inhumain d'avoir recours au droit pénal contre les toxicomanes. Savants et profanes sont unanimes à reconnaître la très forte propriété qu'ont les stupéfiants opiacés à engendrer la toxicomanie. Et pourtant, contradiction flagrante, nous considérons les héroïnomanes et les autres toxicomanes comme des êtres faibles et vulnérables, souffrant d'un irrépressible besoin physique ou psychique de drogue, et nous les harcelons de perquisitions, d'arrestations, de détention, de procès au criminel, d'amendes et d'emprisonnement. Nous traitons en criminels des personnes que nous estimons atteintes de troubles physiques et psychiques; nous leur imposons des peines qui aggravent l’aliénation dont elles souffrent déjà trop. Ce dont les toxicomanes ont besoin, c'est de compassion, de soins médicaux et psychiatriques.

Les interdictions au droit pénal se sont non seulement avérées inefficaces pour empêcher l'usage des stupéfiants et des hallucinogènes puissants de se répandre, mais elles suscitent un marché illicite où le coût de ces drogues est très élevé et très variable, et le ravitaillement incertain. La plupart des toxicomanes souffrant d'un besoin irrépressible commettent des délits contre la propriété et se livrent même à la violence pour satisfaire leur habitude ou pour trouver l'argent nécessaire. Il est sûr que dans ce contexte de clandestinité et d'illégalité le marché noir profite de la demande.

Les déboursés de l’État pour le dépistage, l'arrestation et la condamnation des usagers des stupéfiants et des hallucinogènes puissants sont injustifiés, compte tenu des résultats. Jusqu'à ces derniers mois, la police prétendait connaitre la plupart des héroïnomanes, et elle se faisait un devoir de les arrêter de temps à autre. Mais de nombreux toxicomanes s'accommodent de ce harcèlement qui, de toute façon, ne les soustrait pas à la dépendance. Les risques et les ennuis d'une arrestation sont plus que compensés par le plaisir et la satisfaction que procure l'habitude des stupéfiants. De plus, nous avons vu qu'aujourd'hui il existe toute une nouvelle génération de toxicomanes inconnus de la police, et à peu de choses près, d'habitués des hallucinogènes forts.

Une illusion : Le traitement obligatoire

Une illusion : Le traitement obligatoire

Mes collègues proposent que les personnes arrêtées pour simple possession de stupéfiants et dont on aura prouvé la dépendance soient soumises à des traitements suivis et ils invoquent la procédure pénale comme justification et point de départ de leur intervention. Les mesures qu'ils proposent constituent une amélioration par rapport à la situation actuelle; elles s'inspirent de sentiments plus humains que ne supposent l'arrestation et la détention ou la cure obligatoire d'entretien à la méthadone.

Cependant, les moyens envisagés et les principes sur lesquels ils reposent sont, à mon avis, inconciliables avec les objectifs visés.

Ce que mes collègues souhaitent, c'est que le toxicomane soit amené à renoncer à la dépendance, ou à en changer l'objet. Il faut se rappeler, cependant, que les facteurs de dépendance sont de deux ordres : physiques et psychiques.

Il n'y aurait que deux façons d'enrayer les premiers : au moyen d'un médicament ou d'une substance qui neutraliserait les effets du stupéfiant, notamment de l'héroïne. Cette substance, appelée antagoniste, serait une arme de plus dans l'arsenal de la chimiothérapie. L'autre façon serait une cure de substitution, ordinairement à la méthadone, mais à vrai dire, la substitution d'une drogue à une autre n'est pas un traitement.

Les facteurs psychiques de la dépendance ne posent pas moins de problèmes et varient beaucoup selon les individus.

Il est illusoire, à mon avis, de s'attendre à neutraliser tous ces facteurs sans la collaboration entière du malade. Les thérapeutes des établissements pénitentiaires le savent bien. Les meilleures cures individuelles et collectives ont échoué jusqu'ici à cause de leur cadre nécessairement autoritaire et de l'absence de choix pour le malade. La détention obligatoire à des fins de rééducation et peut-être de traitement que proposent mes collègues suppose l'arrestation du sujet et son emprisonnement ultérieur, évidemment, s'il n'accepte aucune des cures qui lui sont offertes pendant sa détention. L'arrestation et la menace d'incarcération sont considérées comme de l'intimidation par les toxicomanes, ce qui n'est guère de nature à les faire vraiment changer d'attitude. Et c'est précisément un changement d'attitude que mes collègues espèrent obtenir pour en tirer un changement d'habitudes et soustraire le sujet à son impérieux besoin physique et psychique de drogue.

L'idée même de cure obligatoire me semble donc comporter une contradiction dans les termes. De plus, les résultats obtenus avec les cures les plus réputées ne sont guère impressionnants. Ainsi, selon la dernière évaluation de la cure Corona (California Rehabilitation Center), à peine 20p.100 des malades détenus qui obtiennent le statut d'externes sous surveillance s'abstiennent de drogue pendant trois ans. On peut se demander si ce succès justifie la mise sur pied d'un appareil aussi complexe ou la coercition à laquelle it faut soumettre des milliers de toxicomanes pour l’obtenir, sans parler des désavantages sociaux, moraux et financiers.

Les internats thérapeutiques semblent mieux réussir en matière d'abstinence, mais leurs possibilités sont restreintes et ils n'attirent qu'un faible pourcentage des toxicomanes, surtout parce que la plupart imposent l'abstinence complète dès l'entrée. De plus, un bon nombre n'acceptent que ceux qui s'y présentent de leur plein gré.

La cure d'entretien à la méthadone (ce qui est une fausse appellation puisque la méthadone est un stupéfiant au moins aussi susceptible d'engendrer la dépendance que l'héroïne) peut empêcher un toxicomane d'augmenter sa dose d'autres drogues s'il est soumis à une surveillance suffisante. Certains délinquants en libération conditionnelle ou en probation qui suivent cette cure semblent capables de travailler et de vivre de façon normale. Mais il faut reconnaitre que la méthadone n'est qu'une drogue d'État (celle qu'il tolère et même fournit) dont le principal avantage, semble-t-il, est de permettre à certains toxicomanes de vivre normalement et de tenir un emploi. Mais l'État a-t-il le droit d'imposer une drogue propre à produire la dépendance en remplacement d’ une autre, surtout lorsqu'on sait que ce succédané fait l'objet d'un commerce et d'un usage illicites?

Nous devons examiner sans faux-fuyants ni préjugés les objectifs de la thérapeutique des habitudes des opiacés. Pourquoi les soignons-nous? Que recherchons-nous et pour quels motifs? Voulons-nous en faire des abstinents, transférer leur dépendance d'une substance à une autre, ou la reporter sur quelque chose de tout à fait différent? De quel droit l'État peut-il ordonner la substitution d'une dépendance à une autre? Bref, qu'entendons-nous par «traitement »?

Le principe même du traitement obligatoire est très contestable. L'ingérence de l'État dans la vie privée des citoyens sous prétexte de protéger leur santé soulève de graves problèmes moraux et socio-politiques. Il doit sûrement y avoir des limites à cette ingérence, sans quoi nous risquons de voir l'État s'abandonner à un moralisme légaliste aussi nocif et odieux que celui auquel se sont prêtés l'Église et les corporations professionnelles à certaines époques.

Comment contrôler et limiter l'usage des drogues fortes sans recourir au droit pénal

Comment contrôler et limiter l'usage des drogues fortes sans recourir au droit pénal

Je crois nécessaire de contrôler et de limiter l'usage des drogues fortes, mais à l'encontre de mes collègues je ne crois pas que le meilleur moyen d'y parvenir soit l'application de mesures pénales aux usagers. Je ne pense pas que leur infliger un casier judiciaire pour la vie les incite à rompre leur habitude ni ne détourne les autres de la même voie. Le moment me semble venu d'adopter une attitude plus humaine, plus réaliste et en fin de compte peut-être plus pratique à l'égard des usagers des drogues fortes, notamment des opiacés. Il faudrait remplacer les interdictions du droit pénal et autres mesures du genre par des contrôles d'une autre nature, inspirés d'une conception moins vindicative.

Tout d'abord, on devrait cesser de considérer comme délit la simple possession d'opiacés et d'hallucinogènes forts. Il ne devrait exister de délit de possession ou d'usage pour aucune drogue. Cela ne signifie pas que les drogues fortes devraient être soustraites à tout contrôle; ce qu'il faut, c'est remplacer le régime actuel par des contrôles plus efficaces et plus humains.

Si l'on abolissait le délit de possession, comment l'État pourrait-il contrôler l'usage des drogues fortes? Il disposerait, selon moi, de cinq moyens :

Premièrement, il pourrait contingenter l'importation, la fabrication et la mise en marché des médicaments dont l'abus a créé un climat qui favorise l'usage des psychotropes en général.

Deuxièmement, il pourrait contrôler l'importation, la fabrication et la distribution des stupéfiants opiacés et des hallucinogènes forts, et prendre des précautions contre le détournement des médicaments fabriqués licitement vers le marché clandestin.

Je reviendrai sur ces deux points.

Troisièmement, il pourrait confisquer les stupéfiants et hallucinogènes forts trouvés en la possession de personnes arrêtées pour des motifs autres que la possession de drogue, ainsi que les fortes quantités de médicaments dont la possession ne peut être motivée (par une ordonnance, par exemple). Cela ne comporterait ni perquisition, ni fouille, ni arrestation sans mandat, ni poursuites contre des usagers. Néanmoins, tout comme un automobiliste peut être appelé, pour divers motifs, à produire l'immatriculation de son véhicule et son permis de conduire, et même être tenu de démontrer qu'il est en état de conduire, les personnes trouvées en possession de fortes quantités de substances nocives devraient être tenues de produire une ordonnance médicale ou une autre preuve d'un besoin reconnu et licite. La possession de ces substances sans autorisation, c'est-à-dire le fait qu'elles n'auraient pu être obtenues qu'illicitement, justifierait leur confiscation.

Quatrièmement, il pourrait avoir recours à l'information et à l'enseignement, qui sont les meilleurs moyens d'inculquer de bonnes habitudes et de saines attitudes. Des campagnes de publicité bien conçues, réalistes et convaincantes aideraient les citoyens à porter un jugement éclairé et intelligent sur l'usage des drogues. Au Canada et aux États-Unis, les usagers eux-mêmes ont réussi en diffusant des slogans, à détourner bien des gens de l'usage des amphétamines par voie intraveineuse. En Suède, les dangers de ces substances ont fait l'objet d'une publicité fort efficace, au moyen de panneaux le long des routes. L'abus des barbituriques et des tranquillisants pourrait faire l'objet des mêmes mesures, de même que les souffrances de l’assuétude et l'avenir sombre qui attend l'héroïnomane.

Cinquièmement, il pourrait régir et contrôler la vente des stupéfiants. Comme les stupéfiants opiacés produisent souvent la dépendance, on ne peut continuer de les interdire aussi rigoureusement qu'on l'a fait jusqu'ici. Il faudrait établir des dispensaires provinciaux ou régionaux où l'on administrerait de l'opium, de l'héroïne, du démérol, de la méthadone et d'autres dérivés synthétiques à des acheteurs autorisé à un prix modique. Un toxicomane qui consentirait à faire analyser et reconnaître son état de dépendance et à se soumettre au contrôle (analyse d'urine ou dépistage de piqûres sur l'épiderme) serait autorisé à recevoir la drogue à laquelle il serait asservi, ou une autre, peut-être moins nocive. S'il avait de bonnes chances de se libérer de la dépendance, le personnel du dispensaire tenterait de le convaincre de le faire en lui proposant un sevrage graduel par réduction calculée de la dose ou par l'utilisation d'un succédané qu'il tenterait ensuite d'abandonner peu à peu ou encore au moyen d'une thérapeutique individuelle ou collective. On pourrait également lui proposer d'échanger sa drogue préférée contre une autre, pourvu que la substitution soit profitable à la société et à l'usager. Toutefois, le dispensaire ne devrait disposer d'aucun pouvoir de coercition.

Le sujet serait tenu de prendre sa drogue au dispensaire pendant trois ou quatre mois au moins pour empêcher le trafic, mais on ne l'y obligerait pas à la prendre par voie orale plutôt qu'intraveineuse, car s'il s'en sentait incapable, il pourrait être tenté de retourner au marché clandestin.

Le personnel du dispensaire devrait être composé de psychiatres et d'autres membres de la profession médicale et, en outre, de jeunes, d'anciens toxicomanes, de psychologues et d'assistants sociaux qui feraient des recherches sur l'évolution de la dépendance chez le sujet. Ces recherches permettraient aux psychiatres, aux psychologues et aux ex-toxicomanes du personnel de proposer une cure qui aurait des chances d'atteindre la racine de la dépendance.

En proposant de dispenser la drogue à un prix modique, je ne vise pas à la rendre plus facile à obtenir, mais plutôt à abolir la discrimination à l'égard des personnes défavorisées et à réduire l'attrait du marché illicite. On peut invoquer quatre arguments principaux pour contrôler l'offre de tous les opiacés :

  1. l'interaction de deux facteurs : la propriété d'engendrer la dépendance caractéristique de ces drogues, qui pousse la victime à les rechercher à tout prix, et l'absence d'approvisionnements licites, qui explique de nombreux délits et la conduite antisociale des usagers. De plus, la mauvaise santé de nombreux héroïnomanes tient plus souvent à la vie déréglée qu'ils doivent mener pour satisfaire leur habitude qu'à la drogue elle-même.
    Le nombre des délits qu'on commet pour se procurer de la drogue diminuerait considérablement s'il existait une source licite d'approvisionnement
    . Je ne crois pas que tous les toxicomanes accepteraient de se plier aux conditions des dispensaires pour obtenir leur drogue, mais selon les observateurs sérieux, plus de 60p.100 accepteraient ce régime et en respecteraient les contraintes.
  2. Les marchés illicites perdraient les deux tiers de leur clientèle avec les conséquences salutaires qu'on imagine.
  3. Les qualités quasi mystiques et les vertus exagérées que les usagers prêtent aux opiacés prendraient des couleurs plus réalistes dans un régime de distribution licite et contrôlée, et ces drogues perdraient une bonne part de l'exotisme qui en fait l'attrait.
  4. S'il est vrai, comme le prétendent certains observateurs, que celui qui prend de l'héroïne fait souvent du prosélytisme auprès de ses amis pour des motifs psychologiques et financiers (leur vendre de la drogue pour pouvoir s'en payer, notamment), le risque de cette «contagion» diminuerait beaucoup, s'il existait des approvisionnements licites.

Ces dispensaires devraient faire l'objet d'une surveillance et d'une appréciation constantes pendant leurs trois premières années d'exploitation au moins. À cette fin, une commission ou un bureau spécial devrait être chargé d'étudier notamment :

  1. le nombre et les particularités de ceux qui se donnent pour toxicomanes;
  2. les frais d'exploitation de ces dispensaires comparativement aux frais de surveillance, d'arrestation, de poursuite et d'emprisonnement des toxicomanes dans un régime où ils doivent mener une existence anormale et délinquante;
  3. les fluctuations annuelles parmi les clients du dispensaire;
  4. la fréquence et la constance des relations avec le marché illicite chez les habitués du dispensaire.

Mesures pour combattre l'importation, la fabrication et la vente illicite des drogues fortes

Mesures pour combattre l'importation, la fabrication et la vente illicite des drogues fortes

MIEUX UTILISER LES RESSOURCES POLICIÈRES

L'État fait preuve de cynisme ou pour le moins d'incompétence en affectant des agents de police au dépistage et a l'arrestation d'usagers du cannabis, et même de stupéfiants et d'hallucinogènes puissants, alors que de fortes quantités de haschich, de marijuana, d'amphétamines, d'hallucinogènes et d'héroïne entrent au pays en contrebande chaque jour, et que de fortes quantités d'amphétamines fabriquées licitement sont volées ou détournées vers le marché illicite. On a peine à comprendre que la police persiste à croire utile de concentrer ses efforts sur l'arrestation d'héroïnomanes qu'elle connaît et qui ne causent pas nécessairement de tort grave, pendant que d'importants vols de médicaments et l'importation illicite des opiacés se poursuivent presque impunément. La façon dont les effectifs et les ressources de la police sont présentement utilisés laissent croire que l'État n'a pas de véritable politique de contrôle de l'importation, de la fabrication et du trafic de la drogue.

Le temps et l'argent affectés à la surveillance policière et à l'arrestation des usagers seraient beaucoup plus profitables s'ils servaient aux fins ci-après :

1) constitution de formations policières plus nombreuses que les escouades des stupéfiants actuelles, composées d'agents plus spécialisés, possédant une connaissance sûre et à jour du marché illicite et du réseau de distribution de la drogue (voir Annexe B, Sources et distribution licites et illicites de la drogue);
2) surveillance de la fabrication des produits pharmaceutiques, notamment l'analyse des surplus prévisibles de production et de leur écoulement;
3) dépistage des laboratoires clandestins

Les saisies isolées spectaculaires (mais trop peu fréquentes) de vastes quantités d'héroïne et de cannabis* ne sauraient faire oublier deux faits : il n'y a pas de pénurie de ces substances au Canada et de l'aveu même de l'Interpol, la répression du trafic des stupéfiants n'en atteint que le dixième.

Les importations et les laboratoires clandestins semblent suffire à la demande d'hallucinogènes.

Quant aux amphétamines utilisées à des fins non médicales, on peut voir à l'Appendice B qu'une forte part vient de fabricants canadiens et américains autorisés. C'est dire que des maisons reconnues fabriquent sciemment d’importants surplus de stimulants.

Nous avons vu qu'aux États-Unis les responsables de l'application des lois ont été non seulement incapables de mettre fin à l'importation, à la fabrication et au trafic illicites des drogues mais que certains de leurs représentants ont pris part à cette activité et y ont réalisé d'énormes profits. Il y aurait lieu d'examiner de près si une situation semblable n'existe pas au Canada.

SANCTIONS SUPPLÉMENTAIRES POUR IMPORTATION, FABRICATION ET DISTRIBUTION ILLICITES

Les amendes et peines pour fraude fiscale devraient s'appliquer de droit aux personnes trouvées coupables d'importation, de fabrication ou de distribution illicites de drogues, et les sanctions frappant cette activité devraient être révisées en fonction de ce qui suit :

1) nocivité effective des diverses drogues;
2) quantité de drogue illicitement importée, fabriquée ou distribuée;
3) dans le cas des trafiquants, la jeunesse et la vulnérabilité des victimes.

La fabrication illicite d'amphétamines ou l'expédition d'amphétamines fabriquées licitement à des clients fictifs ou d'identité douteuse devraient être punissables de deux à cinq ans d'emprisonnement et de fortes amendes. Les fabricants qui ne peuvent expliquer le vol ou la disparition de leurs stocks devraient être passibles des mêmes peines que les importateurs non autorisés.


* Pour 1972, le B.D.D. fait état de 2 condamnations pour importation d'héroïne et de 33 pour importation de cannabis ; la même année, les tribunaux ont reconnu 11 431 personnes coupables de simple possession des diverses drogues interdites en vertu de la Loi sur les stupéfiants.

Les dangers de l'abus des psychotropes

Les dangers de l'abus des psychotropes

La diffusion de la drogue au Canada est dans une large mesure attribuable au relâchement que l'on y constate partout à l'égard des psychotropes en général.

  1. La facilité avec laquelle les médecins, stimulés par l'industrie pharmaceutique et sa publicité, émettent des ordonnances, a favorisé l'habitude des médicaments.
  2. Brasseries et distilleries se sont efforcées de faire croire aux gens que l'alcool soulage bien des maux.
  3. Les fabricants de tabac ont rivalisé de publicité en vue de nous faire fumer pour le même motif.
  4. Les gouvernements fédéral et provinciaux, soit directement par leur politique ou leur législation, soit par les décisions de leurs hauts fonctionnaires, ont parfois favorisé la création d'un climat où l'usage des drogues, des médicaments et des psychotropes de tous genres est devenu courant; ce qui pis est, ils autorisent couramment les responsables des pénitenciers, les gardiens de prison, les autorités médicales et administratives des hôpitaux, des services d'hygiène mentale et des foyers pour personnes âgées à faire usage de tranquillisants, de barbituriques et de sédatifs sous toutes formes : gaz, liquides, comprimés, capsules et injections, quotidiennement et avec excès, à un point inadmissible tant en médecine qu'en morale. Certains établissements ne se sentent même plus tenus de justifier le recours à des drogues multiples pour maîtriser, calmer ou endormir leurs sujets.
  5. L'État et la profession médicale semblent plus préoccupés par le contrôle des psychotropes que par le danger qu'ils représentent pour la santé et le bien-être des gens. L'offre et l'usage sont censés être contrôlés par les ordonnances, mais la pratique en ce domaine est pour le moins mal fondée ; ainsi, les jeunes et les pauvres se voient refuser des médicaments que les adultes à l’aise peuvent se faire prescrire à leur guise et prendre sans besoin ni précautions ni mesure, tandis qu'eux en sont privés et succombent à la tentation de les imiter lorsque l'occasion se présente.

Recommandations

Recommandations

  1. Après trois ans et demi d'étude, d'enquête et de réflexion, ma première recommandation est que l’on crée le plus tôt possible une Commission permanente de surveillance de l'usage des médicaments et drogues à des fins médicales, sous l'autorité du gouverneur général en conseil, et qu'on lui confie l'étude et l'amélioration des pratiques courantes chez les médecins en matière d'ordonnance. Il est aussi urgent que cette commission fasse enquête sur l'usage des médicaments dans les prisons, pénitenciers, hôpitaux psychiatriques et établissements pour personnes âgées, enfants atteints de troubles caractériels on d'hyperactivité. Enfin, elle devrait exercer une surveillance étroite et constante sur l'importation et la fabrication des médicaments, notamment des amphétamines, des barbituriques et des tranquillisants.
  2. a) La simple possession des stupéfiants opiacés et des hallucinogènes puissants ne devrait plus être un délit en vertu du droit pénal canadien.
    b) La possession ou l'usage de quelque médicament ou drogue que ce soit ne devrait plus être un délit ni être punissable de sanctions pénales.
    c) Les stupéfiants opiacés devraient être classés selon la loi parmi les « drogues contrôlées »
    d) La police devrait être autorisée à confisquer les stupéfiants opiacés et hallucinogines puissants qu'elle découvre au cours d'une enquête relative à un délit sauf sur production d'une ordonnance ou autre pièce justificative de la possession.
  3. Il faudrait établir au Canada des dispensaires provinciaux ou régionaux, chargés de déterminer de façon clinique et scientifique le véritable état de dépendance de toute personne qui consentirait à se soumettre aux examens nécessaires.
  4. Après avoir établi l'état de dépendance chez une personne, ces dispensaires devraient être chargés de leur fournir les substances dont elles ont besoin, à prix modique.
  5. Les ministres fédéral et provinciaux de la Santé devraient créer des commissions ou bureaux chargés de surveiller étroitement le fonctionnement de ces dispensaires et d'en faire une appréciation continue pendant les trois premières années au moins.
  6. Tous les pouvoirs publics, avec la collaboration de la profession médicale, des collèges des pharmaciens et des associations de parents et instituteurs, devraient sérieusement tenter de créer au pays un climat de modération, de retenue et de maîtrise de soi dans l'usage des médicaments, du tabac, de l'alcool et des autres drogues.

    Les industries des produits pharmaceutiques et du tabac, les brasseries et les distilleries qui ont contribué à l'usage général actuel des produits pharmaceutiques et des psychotropes, devraient à l'avenir renseigner le public à fond en insistant en particulier sur l'importance de la modération dans l'usage de ces substances nocives.

Une bonne campagne d'information doit remplir trois conditions : les renseignements donnés doivent être exacts; l'autorité de ses auteurs doit être indiscutable; les renseignements destinés aux toxicomanes doivent être formulés dans le langage du milieu et refléter une compréhension véritable exempte de tout paternalisme.

Commission spéciale sur la Loi électorale (Québec, 2005)

Commission spéciale sur la Loi électorale (Québec, 2005)

Mettre fin à la démocratie prohibitionniste

La Commission spéciale sur la Loi électorale (CSLE) a été constituée afin de procéder à une consultation générale et de tenir des auditions publiques en ce qui a trait à l’avant-projet de loi sur la Loi électorale du gouvernement Charest.

Voici un court texte qui fut déposé auprès du secrétariat de la CSLE au sujet du point de vue partagé par le Comité de coordination du Bloc Pot en 2005. La question est régulièrement discutée lors de nos rencontres et de nos activités politiques et je tenterai de vous exprimer les idées générales que nous partageons.

Pour notre part, ce système politique est synonyme de plaisanterie et nous ne sommes pas les seuls à le penser. Nous avons décidé de sortir de notre salon afin d'envahir le monde politique qui est nôtre et de mettre un terme à cette « dictature électorale », où tous les pouvoirs en place s’organisent pour maintenir le « déséquilibre » social entre les adeptes de la « puissance » économique et ceux qui la subissent.

Il nous faut donc investir les institutions politiques de l'État afin de mettre un terme à l'utilitarisme des parlements que les puissances économiques encouragent, maintiennent et utilisent pour médiatiser leur volonté de contrôle sur le vivant. L’exemple particulier de la prohibition du cannabis n’est qu’une des ombres observables de la « puissance » organisée au sein des États libéraux de la planète.

Le texte suivant remettra les pendules à l'heure au sujet de notre organisation et de son combat ainsi que de sa portée au sein de notre démocratie libérale. Et en dernier point, nous proposerons une série d'action qui nous semble des plus importantes afin de redonner un sens pertinent au mot démocratie que nos sociétés occidentales ont travesti à leur propre fin.

CSLE 2005 - 1. Mise en accusation des institutions prohibitionnistes

CSLE 2005 - 1. Mise en accusation des institutions prohibitionnistes

Le Bloc Pot est un regroupement de partisanes et de partisans pro-cannabis coincéEs entre le milieu criminel avec ses produits chers et frelatés et l'État avec sa police et sa justice répressive. Cette aliénation causée par les lois prohibitives est improductive et insensée. Elle nous prouve incontestablement l'incompétence générale et la mauvaise foi de nos institutions politiques devant des questions aussi simples et criantes.

En effet, la prohibition du cannabis, qui sévie depuis 1923, est une conséquence directe du racisme de nos institutions qu'ils continuent de justifier à posteriori par une action judiciaire tentant de protéger l'individu contre l'abus éminent de son comportement dit « anti-social ». Depuis plus de 30 ans, plusieurs études, enquêtes et comités ont démontré, et ce de façon indépendante des institutions prohibitionnistes, que le cannabis est moins dommageable que la loi qui l’encadre. Tout ce travail critique est toujours sur des tablettes et ignoré par les Parlements et leurs éluEs.

Dans les faits depuis plus de 80 ans, tous les gouvernements d’Ottawa et de Québec ont utilisé la prohibition à des fins de persécution, que ce soit :

  • pour expulser au début du siècle une population asiatique dite « non-civilisée » devenue trop nombreuse pour être intégré au marché du travail;
  • pour persécuter la jeune génération des « baby boomer » qui au milieu des années 60 remettait en question l'autorité;
  • pour collaborer avec les politiques impérialistes des États-Unis, justifiant ainsi des opérations militaires dans différents pays du monde;
  • pour nettoyer socialement le centre-ville « envahi » par les marginalisés qui dérangent la « business as usual »;
  • ou pour contrôler les jeunes qui n'ont pas d'autres lieux de socialisation que les parcs et les rues.

Malgré que TOUS LES POLITICIENS aient proposé à travers le temps un changement législatif, le système prohibitionniste se maintient et persécute annuellement plus de 70 000 personnes. L'histoire de nos institutions dites démocratiques nous démontre encore son incapacité politique et sa partialité économique.

Voilà pourquoi le Bloc Pot propose de mettre fin à la prohibition en établissant une réglementation qui préviendra les abus par une information objective sur les dangers, qui assurera le contrôle de la qualité des produits, qui émancipera les citoyenNEs de l'État afin de permettre l'autoproduction, et qui établira des normes strictes pour les lieux de distribution.

CSLE 2005 - 2. Si voter pouvait changer les choses, voter serait illégal !

CSLE 2005 - 2. Si voter pouvait changer les choses, voter serait illégal !

En deuxième lieu, notre organisation est régie par les règlements de la Loi électorale, ce qui nous oblige à être vigilants envers les abus et les iniquités du processus démocratique. En dernière analyse, le Bloc Pot étant un élément du système électoral actuel, nous devons être extrêmement critique face à l'électoralisme présent dans notre démocratie libérale.

En effet, l'élection d'un représentant à l'Assemblée rompt l'égalité du pouvoir politique entre les éluEs et les citoyenNEs et principalement, retire toute possibilité politique à la collectivité de s'organiser et de se responsabiliser devant les problèmes sociaux. Le système politique dans lequel nous sommes inscrit temporellement dans l'histoire ne sert pas – et n'a jamais servi – les intérêts de la population mais ceux de l'impératif économique de la clique nationale derrière la construction de l'État.

Pour nous, la prohibition est le symbole par excellence de cette dictature politique ambiante que le développement économique a eut besoin pour s'organiser et s'assurer une pérennité. L'étude des politiques prohibitionnistes dévoile au grand jour les jeux du pouvoir tant au niveau de l'exécutif, du législatif, du judiciaire que de l'économique.

La criminalisation du cannabis en 1923 a permis au gouvernement fédéral de s'immiscer dans les différentes juridictions provinciales qui concernent la gestion du cannabis. Depuis, le gouvernement provincial a démontré son irresponsabilité vis-à-vis cette réalité qui concerne directement son pouvoir politique. Mettre fin à la prohibition doit être un rapatriement de la ressource par les producteurs et les productrices à leur propre fin.

En 2003, la Cour Suprême a statué que le Parlement avait le dernier mot sur la prohibition. Elle vient donc de confirmer, assurément sans le savoir, la démarche que nous avons entreprise au cours des dernières années. De plus en 2002, le Rapport sénatorial sur la cannabis, préparé par le Sénateur Pierre-Claude Nolin, stipule que le pouvoir sur la régulation du cannabis dans notre société canadienne est de juridiction provinciale.

Ainsi par notre démarche politique, nous désirons briser la peur, contrecarrer la honte et mettre fin à l'isolement que ce système nous impose tant au niveau prohibitionniste que politique. L'atomisation présente a une fin et cette fin est marquée par l’action des différentes parties de l'ensemble socio-économique dont notre base sensible forme plus de 25% de la population québécoise.

Voilà pourquoi le Bloc Pot propose la mise en place d'un système politique qui préférera les solutions collectives aux rapports de forces stériles et puériles.

CSLE 2005 - 3. Agir au lieu d'élire

CSLE 2005 - 3. Agir au lieu d'élire

Vous vous dites actuellement, pourquoi donc tout ce charabia antiprohibitionniste? Fort simple, il tente d'expliquer le cheminement de notre compréhension de la situation politique qui nous a engendrés. Car, en plus des lois prohibitionnistes et de ses institutions, nous sommes des individus à part entière impliqués – directement et/ou indirectement – dans un écocide qui prend à partie la diversité biologique ainsi que celle des idées afin de les conformer aux impératifs économiques et sociaux de notre société « dopée » à la croissance.

CSLE 2005 - 3.1 Agir au lieu d'élire - Réflexion antiprohibitionniste

CSLE 2005 - 3.1 Agir au lieu d'élire - Réflexion antiprohibitionniste

Pour ainsi dire, nous avons décidé de ne plus attendre les changements de la part de ceux et celles qui, du haut de la pyramide sociale et avec l'aide de l'intelligentsia salarié, coordonnent le cours des événements. L'histoire démontre régulièrement que les éluEs ne représentent jamais les réelles positions de la population mais celles de leurs partis et de leurs bailleurs de fonds. Ils et elles sont les courroies de transmission du gouvernement ou des partis d'opposition et non les représentants du peuple.

Ce système dichotomique entre le pouvoir et les aspirants à celui-ci dénigre toute diversité au sein de l'Assemblée législative et assurément au niveau de l'exécutif du gouvernement. Nous avons donc deux choix selon la coutume : pile ou face.

Cette coutume doit être enterrée avec les vieux préjugés libéraux qui laissent croire à l'incapacité de la population à se gouverner. Nous appelons donc toutes les citoyennes et les citoyens à procéder à une radicalisation de leurs idées et comportements face à l'autorité dépassée et illégitime de l'État. Celle-ci commence par la prise en main de notre responsabilité pour notre présent et notre futur afin de faire mentir l'irresponsabilité du passé.

La Loi électorale n'est qu'une excroissance de l'exécutif et de la chambre législative malgré les changements apportés depuis plus de vingt-cinq ans. Si elle est la loi des lois, elle devrait être décidée et appuyée par l'ensemble des citoyenNEs et non par cette clique de professionnels de la politicaillerie. Pour ce faire, il y a plusieurs méthodes mais ici ce n'est pas le but de l'exercice qui est en cours.

Pour notre parti, ce qui compte c'est la diversité et l'action de tous et toutes au sein de la société. Cette prise en charge de son monde commence dans son quartier, dans son école et au travail. C'est dans cet esprit que le parti prône une réforme électorale qui offrirait des méthodes de démocratie directe pour résoudre le problème de la représentativité parlementaire ainsi que son pouvoir sur la réalité matérielle de notre vie.

CSLE 2005 - 3.1 Agir au lieu d'élire - Propositions

CSLE 2005 - 3.1 Agir au lieu d'élire - Propositions

Nous proposons donc à la CSLE des changements qui dépasse la procédure ou le maquillage électoraliste des libéraux et qui affecteront chacune des Québécoises et chacun des Québécois dans leur façon d'être avec autrui et son habitat. Cette réforme prend racine dans l'organisation du territoire gouverné par l'Assemblée nationale et de sa distribution en siège de pouvoir.

Le nombre de circonscription ne doit pas être défini selon des normes qui forcent l'intégration de différentes régions, de différents quartiers à l’intérieur de cadre déshumanisant. Disons qu'une circonscription ne devrait jamais avoir plus d’électrices, d'électeur que la communauté réelle possède, il faut donc que les circonscriptions ressemblent à celle des Îles-de-la-Madeleine.

Il y aura assurément une multiplication des députéEs à l'Assemblée mais pour nous cette situation valorisera l’action politique puisque les nouveaux députéEs ne pourront plus se soustraire à leur communauté. Une personne pour représenter plusieurs milliers d'individu comme le système actuel le permet est un leurre que tous et toutes doivent mettre à la poubelle. Leur élection au sein de l'Assemblée devrait être fait selon un scrutin proportionnel qui pourrait être soit régional, préférentiel ou à plusieurs tours afin d'atteindre la majorité absolue (50%+1).

L'élection du législatif devrait permettre l'élection de l'exécutif. Enfin, il faudrait prévoir dans toute réforme du système électoral l'abolition des privilèges du « chef de parti » sur la constitution de l'exécutif gouvernemental. Dans ce cas, l'exécutif devrait être voté par ceux et celles qui représentent les valeurs, les objectifs et les obligations de la population au sein de l'État, soit la nouvelle Assemblée législative libérée des vieilles lignes de partis.

Les salaires de cette nouvelle et améliorée Assemblée nationale ne devront pas être plus élevés que le salaire médian des contribuables québécois. Si ceux-ci doivent se serrer la ceinture – les députéEs doivent donner l’exemple.

En parallèle, cette nouvelle structure s'intégrerait à une décentralisation de l’État en créant des Assemblées régionales où les décisions pourront être discutées et votées par un ensemble de représentants régionaux. Ces lieux de rencontre politique serait – nous l’espérons – un heureux mariage entre le système des municipalités et des Assemblées générales des différentes organisations à tendance libertaire.

Les budgets discrétionnaires ne seront plus de mises, ce qui entraînera une diminution des dépenses que l'ancienne aristocratie électoraliste s’était octroyée. Ces sommes d’argent seront allouées à travers les structures régionales où tous et toutes pourront participer à leur ventilation. Ainsi, l'argent ne sera plus un outil de corruption mais redeviendra un véhicule de développement où la population ne sera plus que vulgaire payeur de taxes mais partie prenante à la vie communautaire, politique et économique.

De plus, il est important d'inclure dans tout système politique une procédure de destitution des éluEs afin de ne plus mettre en place des élites insensible à la réalité car leur tour d'ivoire ne leur permet pas de vivre au niveau de la poussière, celle-là même qui alimente les artistes et les militants des milieux communautaires. La réalité socio-économique est souvent niée par les éluEs car ils et elles se sentent au-dessus mais avec un système où nous pourrions les remettre à leur place, ils et elles n’auront pas d’autre choix que de sortir leur nez de leur environnement conditionné.

En dernier lieu, comme dans cette possibilité que la population aurait de démettre unE députéE, il devrait être possible dans ce contexte que la population puisse mettre en branle des consultations populaires (référendum) tant au niveau national, régional que local. Il est plus que temps que la population prenne en charge leur habitat car les éluEs ne savent que le vendre au plus offrant.