L'estaminet du Bloc Pot ouvrira ses portes dans le Quartier Latin à la fin du mois

La Presse, dimanche 7 septembre 2003, p. A1

Péloquin, Tristan

Profitant du flou juridique qui entoure la possession simple de cannabis, le Bloc Pot et le Parti marijuana se lancent en affaires: un café-restaurant «apportez votre joint» ouvrira ses portes dans le Quartier Latin d'ici la fin du mois, a appris La Presse.

Et contrairement au Club Compassion, dont les services de revente de «pot thérapeutique» sont uniquement réservés aux personnes souffrant de malaises reconnus, le restaurant, situé au 2039, rue Saint-Denis, à Montréal, sera ouvert à tous les consommateurs majeurs, malades ou pas.

«Les gens pourront venir ici et fumer leur joint paisiblement tout en sirotant un bon espresso. Nous ne vendrons cependant pas de marijuana sur place. Les clients devront arriver avec leurs propres joints ou leurs propres buds», explique Hugô Saint-Onge, chef du Bloc Pot et directeur du café-restaurant.

«Nous n'excluons pas l'idée, si la loi le permet éventuellement, de vendre de la marijuana et du haschich comme le font les coffee shops d'Amsterdam, mais nous ne le ferons pas pour l'instant.»

L'établissement, dont le nom n'a pas encore été déterminé, vendra cependant du papier à rouler ainsi que des graines de cannabis, que les clients pourront faire pousser chez eux. Les clients pourront également y acheter des quiches, des sandwichs, des gâteaux et divers aliments contenant du chanvre indien. «Il y aura out ce qu'il faut pour soulager les munchies et les muqueuses asséchées de notre clientèle», souligne en riant M. St-Onge.

Est-ce vraiment légal?

En mai dernier, le juge ontarien Stephen Rogin, de la Cour supérieure de l'Ontario, a décidé que l'article de loi traitant de la possession simple de marijuana est inconstitutionnel et inapplicable. Cette décision a été confirmée par la suite par les tribunaux supérieurs du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard.

Dans l'attente d'une affirmation contraire de la Cour suprême du Canada, les policiers des provinces concernées ont donc complètement cessé de porter des accusations contre les personnes prises avec moins de 30 grammes de cannabis en leur possession.

Selon Marc-Boris Saint-Maurice, président du Bloc Pot et directeur du Club Compassion, la vaste zone grise provoquée par la décision du juge Rogin assure donc aux consommateurs de pot une immunité contre les arrestations.

À preuve, soutient-il, plusieurs cafés du genre sont apparus dans le paysage canadien, et dans la plupart des cas les policiers ne semblent pas intervenir pour les faire fermer. En fait, précise Hugô St-Onge, un seul de ces établissements, situé à St-John (Nouveau-Brunswick), a fait l'objet d'une descente policière. «Les policiers ont finalement dû laisser aller les personnes arrêtées puisqu'ils n'avaient aucun moyen de porter des accusations contre elles», souligne-t-il.

Toutefois, aucun juge du Québec ne s'est encore prononcé sur la constitutionnalité de l'article interdisant la possession simple de marijuana. Les policiers montréalais considèrent donc toujours la possession simple de cannabis comme un délit criminel.

«Mais en considérant, en plus du flou juridique, l'intention claire du ministre Martin Cauchon de décriminaliser la possession simple de marijuana, ça laisse beaucoup de place à l'interprétation. Cette situation permet donc aux groupes comme le Bloc Pot de prendre certains risques», estime pour sa part l'avocat Pierre Cloutier, qui contestera à son tour la loi devant la Cour du Québec, d'ici quelques semaines, à Valleyfield.

«On ne peut cependant pas être sûr à 100% qu'un restaurant qui permet à ses clients de consommer du pot sur place ne fera par l'objet d'une opération policière. Mais les chances sont assez faibles, à mon avis.»