Les deux vendeurs de pot bénévoles remis en liberté
La Presse, samedi 12 février 2000, p. A1
Desjardins, Christiane; Gervais, Raymond
Après avoir plaidé non coupable aux accusations de possession et trafic de marijuana, le chef du Bloc-Pot, Marc Saint-Maurice, 31 ans, et son second, Alexandre Néron, 21 ans, ont pu recouvrer la liberté hier.
Ces deux activistes qui militent pour la légalisation de la mari avaient été arrêtés la veille alors qu'ils agissaient comme vendeurs de pot bénévoles au Club Compassion.
«Ce n'est pas eux mais nous, que la police aurait dû arrêter», disaient hier Louise-Caroline Bergeron et Caroline Doyer, cofondatrices du Club Compassion, situé au 950, rue Rachel Est. C'est là que les malades munis d'une recommandation d'un médecin peuvent acheter de la mari très ouvertement, mais en toute illégalité quand même. De fait, des 33 patients inscrits à ce jour au Club Compassion, un seul, Claude Messier, a reçu la permission du ministre Allan Rock de consommer de la mari à des fins thérapeutiques.
«Mais même là, signale Louise-Caroline Bergeron, ça n'a pas de bon sens, parce que la vente de pot est illégale. Il le prend où alors?»
Pour leur part, les cofondatrices du Club Compassion ne semblent pas avoir de difficulté d'approvisionnement, mais elles ne veulent pas révéler comment elles se procurent leur drogue. Elles assurent toutefois qu'elle est de qualité supérieure, et à un prix moins élevé que celle de la rue: 8$ le gramme au lieu des 10$ demandés par le revendeur du coin. Lors de la perquisition de la police, une soixantaine de grammes de mari ont été saisis.
Si les deux jeunes femmes se désolaient hier de voir que la police avait saisi tous leurs documents et leur matériel, elles n'étaient pas tellement surprises de cette première descente, après quatre mois d'activités. «C'est le moment qui nous surprend, parce que nous n'étions pas sur place quand ils sont venus», dit Caroline Doyer.
Les deux jeunes femmes comptent bien rouvrir le Club dès que possible et affirment qu'elles le font par altruisme, et sans subvention. «On opère par nécessité. Le besoin est encore plus grand que ce que l'on pensait. C'est écoeurant l'état de ces personnes aux prises avec des maux chroniques, et qui sont à la limite de l'énergie. Ce n'est pas Pauline Marois qui les soulage.»
Quand on leur fait remarquer que des médicaments antidouleurs, il y en a à la pelle, elles rétorquent qu'ils provoquent des effets secondaires. «Si le pot était génétiquement modifié, il n'y aurait pas de problème avec le gouvernement», raillent-elles.
Quant aux deux vendeurs bénévoles qui ont passé une nuit derrière les barreaux, ils ne semblaient pas trop s'en faire avec cette affaire qui, en fin de compte, apporte de l'eau au moulin de leur cause.
La loi, c'est la loi
Du côté de la police, le commandant André Lapointe a indiqué que tant et aussi longtemps que le législateur ne modifiera pas la Loi sur la possession et l'utilisation de mari à des fins thérapeutiques, il est du devoir de la police de veiller à son application.
«On ne peut pas fermer les yeux sur la vente de stupéfiants à certaines personnes, et en arrêter d'autres deux coins de rue plus loin. Si la loi est modifiée à des fins thérapeutiques, on n'a pas de problème avec ça. À Montréal, 95% de la mari qui circule est contrôlée par les groupes de motards. Comment pouvons-nous garder le contrôle s'il n'y a pas de réglementation spécifique?» demande-t-il.
De passage à Montréal pour annoncer des subventions en recherche médicale hier, le ministre Allan Rock n'a pas voulu se prononcer sur les arrestations au Club Compassion. Il a toutefois indiqué qu'il tentait d'accroître l'usage de la mari à des fins thérapeutiques. Selon lui, les patients devraient avoir accès à de la marijuana sûre, provenant d'une source gouvernementale. Il a signalé que le gouvernement avait d'ailleurs été approché par d'éventuels fournisseurs.
L'an dernier, le ministre a autorisé 20 personnes à faire pousser et à consommer de la mari à des fins médicales. Il leur est toutefois interdit de s'en procurer auprès d'autres fournisseurs.
















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