Le Québec doit étatiser et vendre au plus tôt la marijuana en SAQ et pharmacies

Voici l'opinion bien sentie et documentée d'un citoyen de Rosemont, publiée en partie dans le Journal de Montréal le 7 août. Avec sa permission, nous reproduisons sont texte intégralement afin d'alimenter le nécessaire débat sur la légalisation du cannabis au Québec.


Monsieur François Gendron, vice-premier ministre, ministre de l’Agriculture, des pêcheries et de l’alimentation et député d’Abitibi-Ouest.

Monsieur Réjean Hébert, ministre de la Santé, responsable des Aînés et député de Saint-François.

Monsieur Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ).

C.c. :
Monsieur Jean-François Lisée, député de Rosemont et ministre des Relations internationales, de la Francophonie et Responsable de la région de Montréal.

Ministres, députés et médias concernés.

Dans un reportage paru le 2 août et intitulé « L’Uruguay défendra sa position à l’ONU de légaliser et contrôler le cannabis », Radio-Canada soulève d’importants enjeux et pistes à explorer quant à une nécessaire légalisation et taxation du cannabis au Québec.

Voilà pourquoi, je réitère cette proposition que le Québec puisse aussi assumer au plus tôt - comme s’apprête à le faire José Mujica, l’ex-Tupamaros et actuel Président d’Uruguay, pays deux fois moins populeux que le Québec ! - le plein contrôle et la régulation de l’importation, de l’exportation, de la plantation, de la culture, de la récolte, de la production, de l’acquisition, du stockage, de la commercialisation et de la distribution du cannabis et de ses dérivés. Comment? En utilisant simplement les 1500 points de vente de la SAQ (pour la marijuana psycho-récréative) et celui des centaines de pharmacies privées (pour le cannabis aux fins médicales). En fait, comme le fut cette révolution d’il y a 25 ans chez nous, lors de l’arrivée et la vente du vin dans les dépanneurs qui, contrairement à certaines croyances populaires, n’a jamais entrainé de hausses ou de baisses significatives des taux d’alcoolisme (1).

Le but n’est pas de promouvoir la consommation. Au contraire. Il s’agit plutôt d’opter sur la responsabilité collective et celle des individus, comme on a réussit à le faire en étatisant l’alcool il y a 80 ans et en développant depuis, des programmes novateurs d’éducation du public parfaitement « Made in Québec » comme Éduc’Alcool et Nez rouge, maintenant copiés et exportés dans le monde. Il faut surtout cesser de faire preuve d’hypocrisie sociale et reconnaitre comme le reconnaissait récemment Barack Obama lors du Sommet des Amériques à Carthagène que « la guerre à la drogue est un véritable échec ».

Le cannabis est une culture autochtone millénaire. Sa consommation chez les jeunes et moins jeunes existe sur une très grande échelle. Ne rien faire et ne pas légaliser ou pire, ne pas taxer équivaut à abdiquer devant tous ces chefs mafieux et leurs sous-fifres que sont les bandes de motards et gangs de rue, actuellement en réorganisation à Montréal. Emprisonnés ou pas, ces criminels continuent de contrôler totalement l’hyper lucratif marché des drogues douces et surtout chimiques : le taux de THC dans le petit joint acheté sans être carté et vendu librement dans les cours d’école est 470 % plus puissant qu’il y a 20 ans (2)!

L’actuel procès médiatisé de Jimmy Cournoyer, ce caïd de Laval en est la preuve évidente. Ce « Roi du pot à New-York » a fait les manchettes judiciaires cette année aux U.S.A. Il connaitra sa sentence en septembre pour avoir vendu près de 1 $ milliard de « Québec Gold » entre 1998 et 2012 avec l’aide de cinq complices seulement. D’ailleurs, dès la première semaine des travaux de la Commission Charbonneau sur la collusion dans la construction, des experts (3) révélaient que la corruption dans nos travaux publics était totalement « accessoire et complémentaire» à celle du trafic de stupéfiants qui lui, finance le crime organisé et des activités illicites comme la vente d’armes et le blanchiment d’argent; trafic qui, au Québec, arrive et sort principalement de l’Aéroport de Dorval–Trudeau et du seul Port de Montréal où moins de 1% des biens qui y transitent sont vérifiés.

Étatiser le cannabis au bénéfice de tous les Québécois, jeunes et moins jeunes

Tous ces mafieux se doivent d’être déstabilisés : l’italien Rizotto, l’irlandais Mathers et tous ces Reynald Desjardins ou Maurice « Mom » Boucher et gangs de rue à leur solde. Chaque jour, chaque nuit, les « Bleus », les « Rouges » et ce « Groupe 67 » font la pluie et le beau temps et d’extrêmes dommages dans mon quartier de Rosemont tout comme sans exception dans les 124 autres comtés du Québec. L’incontournable solution? Légaliser comme l’ont démontré favorablement divers sondages d’opinions successifs et étatiser le cannabis au bénéfice de tous les Québécois.

Ma suggestion repose sur plusieurs « valeurs ajoutées » dont cette étude (4)de 2008 du Professeur Jeffrey A. Miron de l’Université Harvard – appuyée par plus de 500 économistes américains dont cinq Prix Nobel d’économie - qui estimait qu’une légalisation rapporterait de 10 $ à 14 $ milliards annuellement au gouvernement fédéral des États-Unis; assez pour relancer les chantiers maritimes de Lévis et se bâtir une armada maritime de surveillance pour tout le Golfe et le Fleuve Saint-Laurent !

Création d’emplois agricoles spécialisés en région

Plusieurs régions québécoises profiteraient d’une nouvelle création d’emplois agricoles spécialisés en produisant cette marijuana en serres d’une qualité dorénavant contrôlée. Plusieurs coops agricoles et CEGEP comme celui d’Alma au Lac Saint-Jean qui offre déjà des programmes en techniques policières et en gestion et exploitation d’entreprises agricoles qui, en plus, est associé au seul centre de recherche collégial en agriculture au Québec, AgriNova, pourraient facilement se qualifier pour une telle production et récolte de pointe.

Des revenus imposants pour augmenter le PIB et intéresser les agences de notation et de crédit

Cette Société des alcools du Québec devenue maintenant, après l’hydroélectricité et les loteries, la seconde source de revenus au Fonds consolidé du Québec nécessiterait seulement de nouveaux espaces de vente contrôlés et sécurisés pour et par ses 5369 employés. Parmi ceux-ci, plusieurs sont déjà de jeunes surnuméraires, avides d’être formés, qui y trouvent une source indéniable de revenus les week-ends pour payer leurs études !

Pour désengorger les urgences et le système judiciaire déjà coûteux pour l’État

Enfin, une telle vente pourrait reposer sur notre carte « soleil » et sur l’expertise de tous ces cliniciens pharmaciens bien formés dans la chimie des médicaments et qui agissent souvent, en « première ligne » de notre système de santé. D’ailleurs, le Collège des médecins et pharmaciens du Québec réclamait récemment un tel éclaircissement du fédéral relativement à cette légalité du cannabis. Les services de ces pros serviraient alors à désengorger en partie, cliniques et urgences d’hôpitaux, souvent pressurisées par ces surconsommations de drogues et de médicaments. D’ailleurs, comment notre société peut-elle accepter que plus de 7000 personnes meurent chaque année en Amérique en raison d’une seule surconsommation d’Aspirine, d’Advil et Tylenol ? Entretemps, combien meurent pour un seul usage récréatif ou médical du cannabis ?

En plus, un tel contrôle de qualité par l’État désengorgerait plusieurs cours de justice au Québec; certaines étant sur occupées à plus de 70 % par des causes impliquant des jeunes et ce, pour simple possession dite «  illégale ou criminelle». Une telle vente légalisée serait autant d’économies et de réductions de dépenses pouvant être réinvestis dans des enquêtes criminelles comme celles sur le rôle de nombreuses firmes et consultants informatiques associés à ce jour au Dossier de santé électronique (DSÉ) ou encore l’urgente nécessité de rétablir un Registre québécois des armes à feu…

Cinq fois plus payants que les casinos et pokers virtuels de l’ex ministre des Finances

Comme ces élus du Québec qui ont eu l’audace de le faire dans les années ’60 avec l’hydroélectricité; un contrôle intégré de la production, de la vente et de la taxation de la mari pourrait générer l’équivalent de plus de 300 $ millions récurrents chaque année au Fonds consolidé de la province. Ainsi, tout le monde serait gagnant avec plus d’urgences d’hôpitaux mieux organisées, une Caisse d’assistance santé et des universités mieux financées, des réseaux de transport urbains et collectifs électrifiés et mis à niveau, etc. De tels revenus sortis de l’économie souterraine augmenteraient en plus le PIB du Québec; ce qui serait salué par les agences de notation et de crédit à New-York, à Tokyo et dans le monde. Ces revenus sont ultra importants et non négligeables, surtout qu’ils pourraient équivaloir entre le tiers et la moitié des revenus générés actuellement par Hydro-Québec ou Loto-Québec ou encore, cinq fois plus que les pokers et casinos virtuels de l’ex ministre des Finances, Raymond Bachand.

Pour affirmer des compétences historiques provinciales

Enfin, une telle étatisation serait une extraordinaire façon d’affirmer des champs de compétences exclusifs au Québec ou aux provinces et mieux, de réclamer du fédéral une application pleine et entière du Code criminel ! N’est-ce pas l’ex ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier qui, il y a quelques mois seulement, en Commission parlementaire à Ottawa, rappelait aux Conservateurs de M. Harper que la « Terre est ronde » et que le Québec sait mieux que quiconque au Canada contrer toutes ces lois coercitives, coûteuses et rétrogrades comme ce fameux projet de loi C-10 sur les jeunes contrevenants ?

Pour ces seuls exemples, je vous demande de faire tout en votre pouvoir afin de porter au plus tôt ce dossier prioritaire à l’attention des jeunes de votre parti qui seront réunis prochainement en Congrès dans la Capitale à Québec, sinon au prochain Caucus de votre parti.

En espérant une réponse favorable de votre part, je vous prie de croire, Monsieur le Vice Premier ministre, Messieurs, l’assurance de mes sentiments distingués. Sincèrement,

Gérard Briand, Montréal, le 6 août 2013.

À propos de l'auteur

Gérard Briand réside dans Rosemont. Il est détenteur d’une MBA (pour cadres spécialisée en entreprises collectives) et est chargé de cours en gestion philanthropique aux niveaux collégial et universitaire.

Notes

(1) DU MAYS, Danny; BORDELEAU, Monique. « La consommation d’alcool au Québec : une relation généralement saine », Institut de la statistique du Québec, Montréal, Décembre 2011, no. 32, Série Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, 8 pages : http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/sante/pdf2011/zoom_sante_no32.pdf, et

« La consommation d’alcool et la santé publique au Québec », Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Direction du développement des individus et des communautés, Collection politiques publiques Santé, Montréal, Mai 2010, 117 pages : http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1087_AlcoolEtSantePublique.pdf

(2) « Santé Canada : le pot 470 % plus puissant » par Laurent Dionne, Agence QMI, Canoë, 4 août 2010, 08 h 59 : http://fr.canoe.ca/infos/societe/archives/2010/08/20100804-203948.html

(3) « Le Roi du pot de New-York sera fixé sur son sort en septembre » par Daniel Renaud, Journal La Presse.ca, Montréal, le 30 mai 2013 à 07 h 57 : http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/proces...

(4) « Joseph Pistone, le dur à cuire, témoin vedette de la Commission Charbonneau » par Vincent Larouche, Journal la Presse.ca, Montréal, le 15 septembre 2012 à 05 h 00 : http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/commission-charbonneau/201209... et

« Mafia et crime organisé à Montréal » par Réal Ménard, Maire d’arrondissement de Mercier- Hochelaga-Maisonneuve et vice-président de la Commission de la sécurité publique, Le Devoir, 14 décembre 2010 : http://www.ledevoir.com/societe/justice/312942/mafia-et-crime-organise-a...

(5) « Costs of Marijuana Prohibition : Budgetary Implications of Marijuana in the United States” par Pr. Jeffrey A. Miron, Ph. D., professeur invité d’économie, Université Harvard, Cambridge (Mass.), USA, Juin 2005, 28 pages : http://www.prohibitioncosts.org