Le procès des dirigeants du Bloc Pot reporté au mois de février

La Presse, mardi 14 novembre 2000, p. A8
Parent, Rollande

La direction du parti politique Bloc Pot soupçonne que le report du procès pour possession et trafic de marijuana de deux figures de proue de ce parti devant s'amorcer lundi a quelque chose à voir avec la campagne électorale en cours.

«Ils craignent que ce soit embarrassant ou suicidaire mais je crois que c'est parce que les leaders politiques ne sont pas en phase avec la population», a avancé Marc-Boris Saint-Maurice, âgé de 31 ans, dont le procès commun avec Alexandre Néron, 21 ans, a été reporté au 19 février.

Les deux hommes avaient fait l'objet d'accusations à la suite d'une opération policière menée au club montréalais Compassion alors qu'ils étaient en possession de 66 grammes de marijuana destinée à des malades.

Marc-Boris Saint-Maurice s'est demandé lundi si le report ne démontre pas un manque de courage du gouvernement qui, en pleine campagne électorale, préfère ne pas débattre de cette question.

«D'autant plus que notre arrestation est survenue une semaine après notre annonce publique de vouloir faire une campagne au fédéral et qu'on arrive avec une remise une semaine avant le procès en pleine campagne fédérale.»

«Le gouvernement utilise le judiciaire pour obtenir des jugements pour des changements politiques quand ça fait son affaire. Quand il se retrouve en procès sur une question qui ne va pas avec son échéancier...»

La demande d'un délai présentée la semaine dernière par un substitut du procureur général du fédéral, Robert Marchi, ne découle pas d'une interférence politique mais constitue «une tactique pour différer le débat à un moment moins embarrassant que durant cette fameuse campagne», au dire de l'accusé Saint-Maurice.

Du côté de la Couronne fédérale, Me James Burton a fait valoir que le report du procès s'explique par le fait que les deux accusés ont indiqué leur intention d'attaquer la constitutionnalité de la loi interdisant le trafic de la marijuana.

M. Saint-Maurice estime que le délai à être entendu va nuire à la santé de plusieurs personnes.

«Dans deux semaines, deux mois ou deux ans, ce sera la même chose pour nous mais certaines personnes malades qui ont besoin de la marijuana et qui sont en phase terminale ne disposent pas d'un autre six mois», a-t-il souligné.

Faisant contre mauvaise fortune bonne coeur, M. Saint-Maurice profitera des prochains jours pour participer plus activement à la course électorale dans laquelle le Parti marijuana compte 73 candidats au Canada, dont 31 au Québec, 22 en Ontario, 14 en Colombie-Britannique, trois en Nouvelle-Écosse, deux en Alberta et un au Manitoba.