Le Forum d’experts sur l’encadrement du cannabis fait fausse route

Pour encadrer, il faut d’abord inclure et dédramatiser

Construisons notre propre forum !

Montréal, le 19 juin 2017 – En marge du Forum d’experts sur l’encadrement du cannabis au Québec, organisé par le Gouvernement du Québec, le Bloc Pot a annoncé la création de l’Union des amateurs de cannabis du Québec (UNACQ), une coalition d’amateurs, de promoteurs d’une consommation libre et responsable, d’intellectuels, de personnalités artistiques, de dirigeants d’entreprises, de producteurs de cannabis, de commis d’État, de distributeurs et de scientifiques. La coalition dénonce que trois acteurs fondamentaux sont exclus du Forum d’experts qui se tient aujourd’hui et demain à Montréal : les utilisateurs, les producteurs et les marchands de cannabis. Ce sont des amateurs qui aiment, pour son utilisation, son commerce et son développement, le cannabis.

« Soyons clairs : par leur exclusion, ce Forum comptera sur un énorme éléphant dans la pièce, un manquement majeur limitant la portée que pourrait avoir une politique d’encadrement de l’usage récréatif et responsable du cannabis », affirme d’entrée de jeu Hugô St-Onge, porte-parole du Bloc Pot, parti à l’origine de la création de cette coalition citoyenne.

La coalition est convaincue que l’orientation actuelle mise de l’avant par le gouvernement fédéral et la posture qu’entreprend le gouvernement du Québec dans le dossier du cannabis sont erronées, nuisibles, contre-productives et au final entretiennent l’intolérance sous-jacente à la guerre à la drogue. En somme, elle tourne au drame le cannabis, un produit pourtant apprécié par plusieurs et au même titre que des plaisirs de la vie, comme l’alcool, le café, le jeu, voire même le sexe, pour ne parler que de ceux-là. Toutes ces substances sont, tout aussi sinon encore plus dangereuses en situation d’abus et de dépendance, mais dans tous les cas, le cœur du problème est l’abus et la dépendance, pas la substance.

Les données statistiques les plus récentes démontrent qu’une moyenne de 15,2 %, soit 1 Québécois sur 6, consomme durant l’année du cannabis de manière occasionnelle ou régulière, soit près d’un million (988 000) de citoyennes et de citoyens.

Trois dérives de l’orientation gouvernementale

L’exclusion des utilisateurs, des producteurs et des marchands de cannabis du Forum d’experts est une première dérive de l’orientation gouvernementale de Justin Trudeau et de Philippe Couillard.

D’abord, les utilisateurs de cannabis veulent bénéficier d’une réelle légalisation qui permettrait de placer leurs intérêts de la même manière, selon les mêmes standards, que les amateurs de vin ou de bières. Ensuite, les producteurs de cannabis veulent développer leurs produits librement et de la même manière que l’industrie viticole ou encore que les micro-brasseurs. Or, la production d’un cannabis éventuellement légalisé sera confinée à une quarantaine d’organisations privilégiées, dont la moitié appartient à un conglomérat ontarien.

En plus, ceux qui tenteront de produire leur récolte feront face à la justice criminelle, la légalisation préconisée par Justin Trudeau. Finalement, les marchands de cannabis sont également laissés pour compte. Dans les dernières semaines, beaucoup de messages sur la distribution ont porté à confusion. Les marchands de cannabis, actuels comme futurs, doivent prendre part à l’élaboration des règles selon la réalité et l’expérience du terrain, pas selon le discours hygiéniste et sécuritaire, pas selon les dangers, les peurs bien relayées par les politiciens, pas selon la mentalité prohibitionniste ambiante.

En effet, voilà la deuxième dérive dont ce Forum d’experts bien triés sur le volet en est l’exemple patent : les conclusions sur la consommation, la production et la distribution du cannabis seront celles d’une vision uniquement liée au risque et à la sécurité – une vision hygiéniste et policée plutôt qu’une vision sociopolitique qui invite à construire la politique avec et pour les citoyens. Ces experts réunis ne parleront du cannabis que sous des risques, des dangers et de la morale alors que la légalisation devrait porter d’abord et avant tout sur l’encadrement de l’aspect récréatif (les producteurs, les marchands, les utilisateurs) et la responsabilité que tous les individus ont.

Finalement, il y a lieu de dénoncer la vision mise de l’avant par le gouvernement de Justin Trudeau, et celle du gouvernement Couillard qui l’avalise, parce qu’elle est irrespectueuse du champ de compétences des provinces et élaborée pour l’avantage d’une poignée. Le cannabis est un bien de proximité. C’est au Québec et pas au gouvernement fédéral qu’incombe la responsabilité de tous les aspects économiques liés au marché du cannabis, au même titre par exemple que la SAQ et le vin. C’est au Québec et pas au gouvernement fédéral qu’incombe la responsabilité de la santé et des services sociaux liés à la consommation et à la production du cannabis, au même titre que la bière et les règles auxquelles le produit est soumis. Or, le gouvernement fédéral utilise le prétexte du Code criminel pour s’immiscer dans ce qui doit se mettre en place, notamment en décidant qui pourra produire le cannabis, sur recommandation d’un comité dont les membres sont nommés par ce même gouvernement fédéral. Une poignée en profitera grassement, et en plus ce n’est pas au Québec que cela se fera. Plus encore, s’il y avait une réelle légalisation, soit une réelle décriminalisation au même titre que l’alcool, le café, le jeu, le Code civil du Québec s’appliquerait dans toutes les transactions, le marché pourrait devenir plus mature et ce serait pleinement aux Québécois de décider.

« Nous ne demandons pas de faire ce que l’on veut, de libéraliser sans encadrement le cannabis, mais nous tenons à dédramatiser le marché et les réalités concernant le cannabis autrement que par la peur et l’action juridique et policière. Il faut placer le citoyen-utilisateur, et les citoyens corporatifs producteurs et marchands au cœur de la démarche en cour. C’est uniquement de cette manière que nous réussirons à sensibiliser et responsabiliser tout un chacun : pas en excluant, en infantilisant, en apeurant comme c’est le cas actuellement », de conclure Hugô St-Onge.

La coalition mobilisera les citoyennes et les citoyens, notamment à l’occasion des consultations régionales de l’automne prochain, incitera les parlementaires à tenir une Commission sur la question, en plus d’intervenir sur la place publique à différentes occasions pour apporter un éclairage des amateurs, qui aiment, pour son utilisation, son commerce et son développement, le cannabis.

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