Le Bloc Pot émet des réserves : Pas fort, le pot de l'État !
Le Devoir, samedi 23 décembre 2000, p. A3
Defouni, Séverine
Marc-Boris Saint-Maurice, président du Bloc Pot, craint que les efforts, quoique «louables», de Santé Canada pour légaliser l'usage de la marijuana à des fins thérapeutiques n'aient finalement pas le résultat escompté.
Réagissant à l'annonce faite jeudi par le gouvernement fédéral de l'octroi à une firme de Saskatchewan d'un contrat pour faire pousser la fameuse herbe folle, M. Saint-Maurice s'est dit «hésitant» à agréer la nouvelle. «Il y a beaucoup de considérations négligées dans ce dossier», a-t-il dit lors d'une conversation téléphonique hier après-midi. «On ne nous parle pas des patients ni du système de distribution qui sera mis en place. Selon moi, l'annonce a été faite juste avant la période des Fêtes parce que c'était la meilleure façon pour le gouvernement d'éviter de faire face à des questions sur un sujet gênant.»
Le Bloc Pot, constitué l'an dernier pour faire décriminaliser la possession et la culture du cannabis, craint que le gouvernement ne donne suite au dossier pour «réagir à la pression que lui met l'appareil juridique» au lieu de penser aux malades eux-mêmes. Les tribunaux donnent en effet au gouvernement jusqu'en août 2001 pour récrire la loi, sinon celle-ci sera déclarée nulle.
Il déplore que Santé Canada n'ait pas retenu les recommandations déposées par son parti en août dernier. Par exemple, Santé Canada parle d'un taux de THC fixé à 6% (la substance active du cannabis) alors que le taux de THC présent dans la marijuana que vend le Club Compassion - un organisme qui fournit illégalement de la marijuana aux gens qui détiennent une attestation médicale - est de 12%. L'enjeu est de taille: la teneur en THC pourrait non seulement s'avérer trop faible pour apaiser les douleurs des patients mais aussi fausser le résultat des recherches que s'apprête à mener Santé Canada pour évaluer les vertus thérapeutiques de la plante.
Jusqu'à présent, environ 140 personnes ont reçu l'autorisation de Santé Canada de fumer du cannabis afin d'apaiser leurs souffrances. Or le Compassion Club de Vancouver compte 1200 membres et celui de Montréal, au moins 70. «Tous ceux qui souffrent de sclérose en plaques, du sida ou qui suivent de la chimiothérapie devraient pouvoir bénéficier de la marijuana.» Les bénévoles du Club Compassion ont déjà indiqué qu'ils continueront à approvisionner les personnes malades tant que les ressources annoncées par le ministère ne seront pas disponibles.
















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