La marijuana a-t-elle sa place dans la pratique médicale?
Ce commentaire du Dr Ware est sa réponse à la question suivante: La marijuana a-t-elle sa place dans la pratique médicale? Dans la section «Débats» du numéro de décembre Le médecin famille canadien 2006; 52:1531-3 [Eng], 1535-7 [Fr]. Dans ce texte, l'auteur s’oppose aux arguments de ses opposants. Texte intégral en format pdf disponible ici
Mark A. Ware, MB BS, MRCP (R.-U.), MSc
Les Drs Kahan et Srivastava affirment que la marijuana est prescrite «sous l’apparence d’un traitement médical » et s’objectent à ce que l’on «déguise cette substance en thérapie médicale». Ce refus d’accepter que le cannabis fasse partie du traitement de certains patients va à l’encontre de l’opinion médicale actuelle dont la position est adoptée par l’Association médicale canadienne [1]. On ne prescrit pas du cannabis en vertu du Règlement sur l’accès à la marijuana à des fins médicales.
Les Drs Kahan et Srivastava prétendent que l’usage du cannabis cause «des effets psychoactifs plaisants qui sont facilement confondus avec l’analgésie directe». Les cannabinoïdes produisent des actions centrales complexes, dont l’analgésie. Est-ce que les effets secondaires plaisants sont une bonne raison de refuser ce médicament à des malades chroniques?
Ils ont dressé la liste d’un certain nombre de risques, dont plusieurs sont controversés. Le potentiel cancérogène n’est pas documenté par des données scientifiques cliniques. L’exposition à la fumée de cannabis (50 années-joints équivalant à un joint par jour durant 50 ans) n’est pas à elle seule associée à la hausse des risques de cancer des voies aérodigestives. L’usage léger de cannabis (environ 1 joint par année) pourrait même réduire les risques de cancer du poumon [2]. Les propriétés anticancéreuses des cannabinoïdes sont fascinantes [3]. Les effets cognitifs du cannabis disparaissent après avoir cessé la consommation régulière (50 années-joints) [4]. Le risque d’accidents fatals pourrait en réalité être réduit à la suite de la consommation de cannabis par rapport à des groupes de contrôle [5]. Aucun cas d’abus de cannabinoïdes sur ordonnance n’a été documenté [6].
La plupart des recherches sur le cannabis ont été effectuées sous le paradigme de la prohibition et l’étude des risques n’a pas été bien équilibrée par les résultats d’autres recherches qui s’imposent sur ses bienfaits. Toutes les drogues et tous les médicaments comportent des risques. Le fait de rejeter le potentiel thérapeutique du cannabis et des cannabinoïdes pour des motifs de toxicité et de dépendance possibles reviendrait à jeter le bébé avec l’eau du bain.
Dr Ware est professeur adjoint en anesthésie et en médecine familiale à l’Université McGill à Montréal, au Québec, directeur médical adjoint à la Clinique de la douleur du CHUM et médecin praticien spécialiste de la douleur. Dr Ware reçoit une aide salariale provenant du Fonds de la recherche en santé Québec et il est récipiendaire de subventions des Instituts de recherche en santé du Canada.
[1] Bureau de la santé publique de l’Association médicale canadienne, Medicinal use of marijuana, Ottawa, Ont: Association médicale canadienne. En ligne: www.cma.ca/index.cfm/ci_id/3396/la_id/1.htm. Accédé le 24 novembre
2006
[2] Hashibe M, Morgenstern H, Cui Y, Tashkin DP, Zhang ZF, Cozen W, et al. Marijuana use and the risk of lung and upper aerodigestive tract cancers: results of a population-based case-control study, Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2006;15(10):1829-34
[3] Guzman M. Cannabinoids: potential anticancer agents, Nat Rev Cancer 2003;3(10):745-55
[4] Pope HG Jr, Gruber AJ, Hudson JI, Huestis MA, Yurgelun-Todd D. Neuropsychological performance in long-term cannabis users Arch Gen Psychiatry 2001;58(10):909-15
[5] Bates MN, Blakely TA Role of cannabis in motor vehicle crashes, Epidemiol Rev 1999;21(2):222-32
[6] Calhoun SR, Galloway GP, Smith DE Abuse potential of dronabinol J. Psychoactive Drugs 1998;30(2):187-96
















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