Rien à craindre de l'héroïne

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Le Devoir, 18 février 2009
Par Pauline Gravel

L'installation d'un centre supervisé de distribution et d'injection de drogue serait sans effet pour les résidants du quartier

Non seulement la clinique expérimentale NAOMI offrant de l'héroïne sous contrôle médical a-t-elle induit des effets positifs sur la clientèle qu'elle visait, mais en plus elle n'a eu aucun impact négatif sur le voisinage, révèle une étude connexe qui devrait convaincre le gouvernement des bienfaits d'une telle approche qu'ont déjà adoptée plusieurs pays européens.

Dans le cadre du projet de recherche NAOMI (North American Medication Initiative), une clinique s'adressant aux toxicomanes réfractaires aux traitements plus traditionnels à la méthadone a été ouverte sur le Plateau Mont-Royal entre les rues Prince-Arthur et Saint-Urbain en 2005. Cette clinique offrait trois fois par jour, sept jours sur sept, de l'héroïne pharmaceutique aux héroïnomanes qui s'injectaient leur drogue sous la supervision d'infirmières.

Les résultats de l'étude d'une durée de 12 mois, dirigée par la Dre Suzanne Brissette, chef du service de médecine des toxicomanies du CHUM, avaient révélé les effets positifs de cette clinique sur les bénéficiaires, les toxicomanes eux-mêmes.

Une autre étude, conduite par Serge Brochu, de l'École de criminologie de l'Université de Montréal, avait été effectuée en parallèle dans le but de savoir si la présence d'une telle clinique pouvait induire une certaine détérioration du quartier, notamment en matière de sécurité et de salubrité des lieux. Les résultats de cette seconde étude, intitulée NAOMI-Community Impact, qui ont été rendus publics hier, ont révélé que la clinique n'a induit aucune augmentation de la criminalité (violence envers autrui et contre la propriété, trafic illicite de drogues), des incivilités, des comportements déviants et de l'insécurité que pouvaient ressentir les habitants du quartier. Elle n'a également eu aucun effet négatif sur la quantité de débris de seringue dans le voisinage. «En fait, nous avons même relevé une réduction du nombre de débris», a précisé le criminologue.

À Vancouver, où le projet NAOMI a aussi été mené, aucun impact négatif n'a été observé sur la communauté, comme à Montréal, et ce, même si la population d'héroïnomanes y est plus nombreuse.

Le projet étant terminé, la clinique est fermée. Depuis deux ans, la Dre Brissette insiste auprès du ministère de la Santé pour qu'une clinique soit maintenue ouverte à Montréal. Ses demandes sont demeurées jusqu'à maintenant sans réponse. «Pour les décideurs, l'impact sur la communauté est une variable très importante. Or notre étude indique qu'il n'y a pas eu d'impact négatif sur la communauté. On espère qu'elle les convaincra», lance-t-elle avant de souligner que plusieurs pays européens, dont la Suisse et les Pays-Bas, ont déjà implanté sur leur territoire de telles cliniques. En Grande-Bretagne, une telle approche est pratiquée depuis longtemps dans les cabinets de médecins. En Allemagne et en Espagne, des programmes similaires sont en voie d'être approuvés.

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