Les banques alimentaires manquent de «cash»

Il espérait recevoir un chèque de 8 millions de dollars. «On a eu 2 millions $...»

20 novembre 2022 3h00
Mis à jour à 6h56

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Les banques alimentaires manquent de «cash»

CHRONIQUE / Bref rappel: il y a un mois, les Banques alimentaires du Québec sonnaient l’alarme en dévoilant de froides statistiques sur le nombre grandissant d’adultes qui n’ont plus les moyens de faire leur épicerie.
On nous apprenait, notamment, que le nombre de demandes pour des paniers de provisions est passé de 1,9 million à 2,2 millions au cours de la dernière année.

Tous les mois, ce sont tout près de 700 000 personnes qui se tournent vers le réseau pour pouvoir manger trois repas par jour, idéalement.

Avouez que ça fait pas mal de monde à demander de l’aide alimentaire. Il y a de quoi s’interroger sur les moyens dont nous disposons, en tant que société, pour faire en sorte qu’il y ait moins de ventres creux.

Il est plus que temps qu’on parle franchement d’insécurité alimentaire, véritable symptôme de pauvreté. Parce qu’il faut préciser, ici, que la crise de la faim touche de plus en plus de travailleurs et de travailleuses au salaire minimum.

Entre 2019 et 2022, le nombre de salariés qui ont reçu des paniers par l’entremise des 1200 organismes a explosé de 37% !

Et Québec là-dedans?
Voilà pour les chiffres. Et si on parlait du sous-financement dont souffrent les Banques alimentaires? En juin dernier, le directeur général Martin Munger avait abordé cet enjeu crucial. Il m’avait confié, en entrevue, qu’il souhaitait obtenir une aide financière accrue pour renflouer les «banques» – les Moisson – de plus en plus sollicitées.

Il avait alors précisé que «c’est dans la cour du gouvernement [Legault] que quelque chose doit être fait». Il espérait recevoir un chèque de 8 millions de dollars, non seulement pour continuer de distribuer des paniers, mais aussi pour assurer le bon fonctionnement des «banques».

«Ça presse! On a commencé à réduire [le contenu] de nos paniers», avait-il signalé.

Je lui ai passé un coup de fil en milieu de semaine.

Et puis? Est-ce que vous avez reçu l’aide financière réclamée?

«On a eu 2 millions $...»

Ça veut dire qu’il en manque six autres?

«On attend. J’ai eu une bonne écoute au gouvernement, mais je n’ai pas eu la réponse que ça s’en vient. Je n’ai pas eu d’engagements, ni d’espoirs», m’a expliqué le directeur général, sur un ton poli.

Il attend toujours un appel de la nouvelle ministre de la Solidarité sociale, Chantal Rouleau, qui a pris le siège de son collègue Jean Boulet. J’ai moi-même attendu un retour d’appel du bureau de la ministre, qui n’est pas venu...

L’ennui, c’est que les Banques alimentaires ne savent plus où trouver l’argent pour acheter les denrées à donner à ceux et celles qui leur tendent la main.

«Avant la pandémie, souligne encore le directeur général de l’organisme, on n’achetait à peu près pas nos denrées. On y arrivait avec les dons provenant d’un peu partout dans le secteur de l’alimentation et de la distribution. Mais là, à cause de la demande qui ne cesse d’augmenter, on est obligés de faire des achats auprès des transformateurs alimentaires. Et ça coûte cher. Ça nous prend de l’argent.»

«Notre mission, c’est de trouver des denrées afin que les gens puissent manger convenablement. C’est toutefois une mesure à court terme et ça ne règle pas le véritable problème. Il faudrait que les gens dans le besoin aient plus d’argent dans leurs poches pour faire face à l’inflation», estime Martin Munger

Pendant ce temps, Metro et Loblaw...
C’est tout de même ironique: alors que les Banques alimentaires lancent un s.o.s. pour obtenir du renfort, les grands joueurs de l’alimentation font de l’argent comme de l’eau.

Pour l’exercice 2022, la chaîne Metro (Super C, Marché Richelieu, Jean Coutu), a vu son bénéfice net ajusté bondir de 7,9%, à 922 millions $.

Cette fois, la chaîne Loblaw (Maxi, Provigo et Pharmaprix) a terminé son troisième trimestre avec une hausse de 22,8% de son bénéfice net ajusté, à 663 millions $.

Le président Galen G. Weston a fait cette déclaration étonnante en présentant ces résultats lors d’une conférence téléphonique: «Nous voyons beaucoup plus de Mercedes et de Range Rover dans les stationnements qu’auparavant.»

Ce cher Galen, qu’on voit à la télé dans les publicités, considère maintenant – faussement? – que même les clients plus aisés n’hésitent plus à aller faire leur épicerie chez Maxi pour profiter des bas prix... au profit du géant de l’alimentation.

Pour sa part, le président de Metro, Éric La Flèche, a parlé de «solide performance» en commentant les résultats de la société inscrite en Bourse. Personne n’en doute. En premier lieu: les actionnaires de l’épicier québécois.

Rien contre les entreprises qui font du cash, beaucoup de profits après impôts. Mais dans le contexte actuel, est-ce que les grandes chaînes d’alimentation en font suffisamment, sur le plan social, pour aider les plus démunis qui ne mangent pas à leur faim?

«Je peux dire qu’ils nous appuient, répond Martin Munger. Si vous allez chez Metro, il y a une grosse campagne en cours à notre profit. Ce sont des centaines de milliers de dollars qui seront recueillis.»

En octobre, selon Statistique Canada, le prix des produits laitiers a grimpé de 10,6%, celui des œufs (+13,8%), des pâtes alimentaires (+44,8%).

Même la margarine se vend à prix d’or, avec une hausse de 40,4%.

Comment se fait-il que ça coûte aussi cher pour se nourrir? Pourquoi les consommateurs ont-ils l’impression que les prix se sont mis à augmenter aussi rapidement? Est-ce uniquement à cause de l’inflation qui oscille autour de 7%?

Rappelons, en terminant, que le Bureau de la concurrence a annoncé le 24 octobre qu’il lançait une étude sur l’industrie de l’alimentation afin de déterminer si ses principaux joueurs ont contribué à cette hausse du prix du panier d’épicerie.

Un rapport sur l’état de la situation, ainsi que des mesures qui pourraient être mises de l’avant, doit être rendu public en juin 2023.

D’ici là, on continuera de vider son porte-monnaie pour remplir nos estomacs...

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