Les Américains sont les «Talibans» de la politique en matière de drogues.
les raisons qui ont servi à interdire ces drogues ont été créées au XIXe siècle, à l'époque où la masturbation était considérée extrêmement négative et destructrice.
Zappiste: C'était il y a 21 ans !
Maintenant c'est le Québec caquiste séparatiste pro- alcool/tabac mortels cancérigènes
qui est le «Taliban» de la politique en matière de drogue de l'Amérique du Nord, du Canada !
M. Peter Cohen, professeur, directeur, Centre de recherche sur les drogues
de l'École des sciences sociales de l'Université d'Amsterdam
Témoignage du Sénat de Peter Cohen
Comité Spécial sur les Drogues Illicites, Sénat Canadien, 28 mai, Ottawa,
Canada
Peter Cohen
Ottawa, le lundi 28 mai 2001
Extrait:
M. Cohen: Nous avons tous un problème avec l'Amérique du Nord. Quand j'en
discute, je dis toujours que les Américains sont les «Talibans» de la
politique en matière de drogues. Nous sommes obligés de transiger avec eux.
Ils sont un allié puissant. Ils essaient d'exercer une forte influence sur
la politique hollandaise en matière de drogues. Je pense que cela n'a jamais
donné beaucoup de résultats, mais ils ont toujours essayé de le faire. Le
ministère des Affaires étrangères américain m'a invité à plusieurs reprises,
et j'ai toujours eu l'impression que ces visites étaient des tournées de
propagande bien organisées. Ils le font avec des tas d'autres personnes. Ils
invitent des centaines de policiers, de juges, de procureurs, de
spécialistes des traitements et de médecins pour essayer de les convaincre
qu'ils ont les meilleures politiques au monde. Jusqu'à présent, cela n'a
guère donné de résultats aux Pays-Bas.
Le Canada n'a pas emboité le pas aux États-Unis en matière d'alcool, par
exemple. Lorsqu'on a conçu les idées de prohibition de l'alcool et des
drogues au XIXe siècle, ces idées ont mené à une prohibition totale de
l'alcool et des autres drogues aux États-Unis. Pour ses propres raisons, qui
étaient bonnes, le Canada n'a pas suivi l'exemple de son voisin du sud.
Selon la même logique on pourrait dire qu'il n'est pas indiqué de suivre
l'exemple des Américains en ce qui a trait à la prohibition des autres
substances, car, essentiellement, les mêmes questions et les mêmes solutions
s'appliquent.
La prohibition de l'alcool et des drogues entre 1920 et 1933 s'est révélée
tout à fait destructrice. Lorsque les Américains en ont fait l'essai, il en
est résulté les conséquences sociales les plus atroces pour le pays dans
l'ensemble et, en conséquence, les États-Unis ont dû battre en retraite. De
plus en plus, les pays reconnaissent que la prohibition des autres drogues a
les mêmes conséquences désastreuses pour leur système social que la
prohibition de l'alcool pendant cette période et se demandent ce qu'ils
devraient faire.
Ayant dû défendre les raisons qui motivent notre politique en matière de
drogues contre toutes ces attaques, nous avons amené, en dernière analyse,
nos voisins à changer davantage que nous. De plus en plus, on constate que
la stratégie de la prohibition est plus négative que positive.
Avec la mondialisation du commerce, les gens achètent non seulement des
voitures américaines, mais aussi des voitures japonaises et italiennes; nous
pouvons acheter des fruits de partout dans le monde. De même, des drogues
provenant de partout au monde font partie du mode de vie des démocraties
très riches et très développées, et il devient graduellement impossible de
freiner ce processus de transformation du mode de vie.
Pour bien des Néerlandais, les raisons qui ont servi à interdire ces drogues
ont été créées au XIXe siècle, à l'époque où la masturbation était
considérée extrêmement négative et destructrice. C'est là une façon de
penser et de parler très vieillotte. Ces raisons sont devenues désuètes pour
la plupart des gens. Dans l'ensemble, on ignore même pourquoi ces drogues
ont été interdites au départ. Les consommateurs chevronnés de cocaïne
d'Amsterdam consomment cette drogue avec une facilité et une maîtrise qui
n'a rien à voir avec les histoires invoquées à l'origine pour interdire
cette drogue. Les choses ont énormément changé.
Les drogues exotiques ne gagneront pas en popularité au cours des 50
prochaines années, mais leur consommation augmentera. Quand des millions de
gens violent une loi, cette loi ne peut être maintenue, ça passe ou ça
casse.
L'idée n'est pas de les amener à abandonner les opiacés, mais plutôt à faire
en sorte qu'ils puissent vivre une vie normale malgré leur consommation
d'opiacés. On veut les éloigner du marché criminel d'héroïne en leur donnant
de la méthadone. Au début, le régime néerlandais ne prévoyait que de très
faibles doses de méthadone. Avec le temps, on a augmenté ces doses jusqu'à
ce qu'elles soient élevées. C'est encore la principale forme de traitement
pour les grands consommateurs de drogues aux Pays-Bas, avec le soutien
économique et d'autres formes de soutien. Ainsi, les mères qui ont des
difficultés à éduquer leurs enfants peuvent obtenir de l'aide. L'aide au
logement est aussi disponible. Ces personnes, qui ne sont pas nombreuses,
ont aussi le droit à l'aide sociale.
Depuis deux ans, on offre une nouvelle forme de traitement appelée maintien
de l'héroïne. Ceux qui ne veulent pas cesser de consommer de l'héroïne et
pour qui la méthadone ne suffit pas peuvent obtenir de l'héroïne légalement.
La plupart des héroïnomanes aux Pays-Bas fument cette drogue. L'héroïne
qu'on trouve sur le marché noir est de l'héroïne base qui peut seulement
être fumée. Il reste peu d'héroïnomanes qui s'injectent. Ceux qui
participent au système de maintien de l'héroïne peuvent obtenir de l'héroïne
à injecter et de l'héroïne à fumer. Les deux variétés sont préparées pour
ces utilisateurs. À l'heure actuelle, ce programme compte 750 participants.
Si tout va bien, et c'est le cas jusqu'à présent, ce programme pourra
prendre de l'ampleur.
Dans le monde occidental, de nombreux problèmes quasi scientifiques
entourent la légalisation ou même la décriminalisation des drogues. Ce sont
les prétextes qu'on avance pour masquer les convictions morales condamnant
la consommation de drogues. Pour renforcer ces convictions, on peut tirer de
quelques observations une vérité absolue concernant la consommation de
drogues. Mais ce ne seront que des exemples des convictions morales
fondamentales. On ne peut discuter de convictions morales à coup de
statistiques. Les convictions morales restent des convictions morales.
Le vice-président: On peut considérer que la politique canadienne consiste à
réduire l'offre et la demande par la prévention, l'éducation, l'application
de la loi et la réhabilitation. Pouvez-vous nous dire ce que vous en pensez
en ce qui concerne la marijuana?
M. Cohen: C'est une démarche théorique. Elle comporte tous les mots à la
mode qu'on peut utiliser dans ce domaine, mais il n'est pas prouvé que la
prévention ait un effet sur les niveaux de consommation. On remarque aussi
un manque de clarté quant à ce que signifie exactement la notion de
prévention. S'agit-il de préventions primaires, secondaires ou tertiaires?
Qu'entend-on exactement par ce terme? Comment empêcher la consommation de
drogues par des lignes directrices officielles, alors que cette consommation
est associée à un environnement culturel qui n'a rien à voir avec les
décisions gouvernementales? Le sens véritable de la prévention de la
consommation de drogues manque sérieusement de précision.
Cependant, si l'on s'engage sur la voie de la réduction du préjudice, on
peut essayer de définir un certain nombre de formes de préjudice, qui
concernent la consommation, l'achat, la production, ou d'autres formes de
drogues, notamment les drogues injectables. Si certains consommateurs
continuent à s'injecter, essayons au moins de faire en sorte qu'ils le
fassent dans de bonnes conditions d'hygiène. La réduction du préjudice est
plus facile à définir que la lutte contre la consommation de drogues ou sa
prévention. Pour un décideur politique, ces termes sont très vagues et
difficiles à associer à une activité réelle.
Ils sont plus ou moins symboliques des professions de foi factices envers
les traités internationaux. Leur contenu réel est généralement faible, vague
et variable d'une région à l'autre.
Le sénateur Rossiter: Vous dites dans l'un de vos traités:
Une importante condition préalable à l'amélioration des contrôles actuels
doit être le relâchement de l'emprise suffocante des traités internationaux
sur les drogues. Il faut réformer ces traités et il faudra probablement
finir par les abandonner pour permettre de différencier la politique
antidrogue sur le plan local.
Comment cela se fera-t-il? Quelle force amènera les principales parties à
abandonner leurs positions?
M. Cohen: Je l'ignore. En ce moment, aux Pays-Bas, on envisage encore une
fois de modifier la participation des Pays-Bas aux traités mondiaux
antidrogue afin de permettre à la politique antidrogue néerlandaise
d'évoluer. N'oubliez pas qu'il n'y a pratiquement aucun régime de traités
internationaux qui soit si bien gardé et si strict dans son châtiment pour
violation que celui qui vise les drogues. Comme je l'ai dit, ces traités
sont un produit du XIXe siècle. Ils ont été conçus au XIXe siècle et mis en
pratique au début du XXe siècle. Les bureaucraties qui gardent ces traités
n'ont cessé de croître. Presque chaque année, ces traités deviennent plus
précis et plus rigoureux.
J'estime que ces traités font partie d'une politique visant à réprimer toute
déviation. Il n'y a pratiquement aucun autre état ou comportement humain qui
soit régi de façon si sévère par des traités internationaux que le trafic et
la consommation de drogues. Aux termes de ces traités, même les traditions
locales telles que la mastication de la feuille de coca deviennent
impossibles, même si certains les pratiquent depuis des milliers d'années.
Nous devons abandonner l'idée selon laquelle toute politique antidrogue doit
se fonder sur un ensemble de règles générales. Les pays devraient au moins
retrouver leur autonomie à cet égard en disant: «Ces règles sont un bon
point de départ, mais certaines ne sont pas pratiques et sont trop coûteuses
pour nous; nous ne pouvons donc pas les appliquer». Les Suisses, qui n'ont
jamais signé le traité de New York de 1961, jouissent de la plus grande
marge de manoeuvre. Ils profitent d'ailleurs de cette liberté d'action. En
matière de cannabis, chaque pays devrait envisager de remettre en question
les règles d'application générales et appliquer les siennes propres pendant
10, 20 ou 30 ans pour voir ce que cela donnera.
Si davantage de pays suivaient cette voie, l'ONU devrait un jour ou l'autre
relâcher sa poigne de fer et leur permettre d'échapper à la force
destructrice des traités internationaux antidrogue. Je vois ces traités
comme une véritable force d'instruction de l'autonomie locale, de
l'inventivité et de la créativité dans la résolution de ces problèmes.














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