Mieux cultiver le cannabis

« Le caractère illégal de la plante limitait les possibilités de recherche, l’accès au financement et le partage des connaissances »

17 mars 2020

Récemment, la compagnie québécoise Exka a obtenu une licence de Santé Canada pour cultiver et transformer du cannabis. « C’est une bonne nouvelle », lance Mark Lefsrud, chercheur en génie des bioressources à l’Université McGill, qui collabore avec Exka. Il va pouvoir travailler directement avec ce partenaire industriel sans passer par des intermédiaires, ce qui lui permettra d’étudier plus facilement cette plante pour laquelle il existe très peu d’études scientifiques et de données horticoles.
« Le caractère illégal de la plante limitait les possibilités de recherche, l’accès au financement et le partage des connaissances », explique le chercheur, qui compte bien combler ce vide maintenant que la consommation de cannabis est devenue légale.

« Santé Canada a besoin de standards de qualité afin de guider les nouveaux producteurs, ajoute-t-il. Actuellement, chacun utilise ses propres pratiques de culture, sans vraiment savoir si elles sont optimales. »

Le contrôle de la lumière

Par exemple, plusieurs producteurs de cannabis limitent la période d’éclairage à 12 heures par jour afin d’instaurer la floraison de la plante. Selon Mark Lefsrud, ce n’est peut-être pas la meilleure stratégie. « Pour plusieurs plantes cultivées en serre, dont le cannabis, les études suggèrent d’interrompre la période nocturne pour donner 14 heures de lumière et 10 heures d’obscurité. Mais chaque cultivar a des besoins d’éclairage différents. » C’est ce que tente de définir le chercheur pour le cannabis. Selon ses premiers essais, un maximum de luminosité assure une croissance optimale du feuillage et augmente la formation de bourgeons.

Cette forte demande en lumière a toutefois un prix : les serres de cannabis consomment beaucoup d’énergie, ce qui fait grimper les coûts de production. Mark Lefsrud tente donc de déterminer également les meilleures sources de lumière alliant rendement horticole et rentabilité économique.

Actuellement, les lampes à vapeur de sodium sous haute pression (SHP) – couramment utilisées pour l’éclairage public – sont à l’honneur dans les serres de cannabis. Leur spectre lumineux dans l’orange foncé et le rouge, avec un peu de bleu, favorise la croissance des feuilles et la floraison. « Elles procurent un large éclairage uniforme qui convient à des cultures de grande échelle », explique le professeur Lefsrud.

Toutefois, des études montrent que chaque longueur d’onde, ou couleur de la lumière, influence différemment la qualité des cannabinoïdes, comme le THC, le principal ingrédient psychoactif du cannabis. Pour mieux contrôler ces paramètres d’éclairage, les ampoules DEL pourraient être un choix intéressant, pense le chercheur. De plus, comme celles-ci ne génèrent pas de chaleur, elles peuvent être placées directement ­au-dessus du feuillage, ce qui permet de maximiser la teneur en cannabinoïdes. « Les DEL sont plus chères à l’achat que les SHP, signale-t-il. Mais leur coût de fonctionnement est plus bas. »

Alors qu’il teste les effets de différentes longueurs d’onde, Mark Lefsrud attend impatiemment que les universités forment de la relève scientifique pouvant contribuer à élaborer les premières lignes directrices canadiennes pour la production du cannabis.

Le cannabis sur les bancs d’université

L’Université McGill offrira sous peu un certificat professionnel spécialisé sur la production de cannabis. Mark Lefsrud est l’un des enseignants de ce nouveau programme destiné aux bacheliers en agronomie ou en biologie végétale qui désirent se spécialiser dans la culture du cannabis.

Nathalie Kinnard, Agence Science-Presse

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