Cannabis thérapeutique: pourquoi les grands labos laissent ce marché aux géants du tabac et de l'alcool

Cannabis thérapeutique: pourquoi les grands labos laissent ce marché aux géants du tabac et de l'alcool
25/12/2018 à 16h13

De plus en plus de pays légalisent le cannabis à usage médical. Mais pour le moment, le marché intéresse surtout les petits laboratoires, les cigarettiers et les géants de l'alcool.

Explications.
Le marché mondial du cannabis médical pourrait s'élever à 55,8 milliards de dollars en 2025 (49 milliards d'euros), soit une taille quasiment multipliée par cinq par rapport à 2015, selon une étude du cabinet Grand View Research publiée l'an dernier. Cette forte croissance devrait être tirée par l'ouverture d'un plus grand nombre de pays à un usage médical du cannabis, mais aussi "par un nombre grandissant d'applications thérapeutiques", résumait une étude du courtier Bryan Garnier publiée début 2018.

Cependant les prévisions "mêlent souvent un usage thérapeutique et récréatif du cannabis", tempère Patrick Biecheler, spécialiste du secteur pharmaceutique chez Roland Berger, interrogé par l'AFP.

Peu de laboratoires se sont lancés sur le créneau

Le "vrai" marché du cannabis médical, sous forme médicamenteuse et non combustible, ne devrait pas excéder quelques centaines de millions de dollars, pronostique-t-il, arguant que des alternatives de médicaments classiques existent déjà dans la plupart des cas. Et les prix des médicaments à base de cannabis ne devraient pas être "à la hauteur de ce que les grands laboratoires peuvent espérer" avec des traitements plus innovants contre des maladies graves, complète Marc-Olivier Bévierre, consultant santé chez le cabinet de conseil Cepton Strategies.

Aussi la présence de la "big pharma" dans le cannabis thérapeutique se limite pour le moment à quelques cas isolés. Parmi eux, l'américain AbbVie, qui commercialise le Marinol, un médicament cannabinoïde de synthèse pour traiter des douleurs neuropathiques, ou le canadien Valeant, qui vend dans quelques pays le Césamet, autre cannabinoïde de synthèse indiqué pour soulager des douleurs chroniques notamment.

Une kyrielle de laboratoires plus petits explore toutefois ce champ nouveau. Fondé en 1998, le groupe britannique GW Pharmaceuticals est actuellement leader mondial du secteur, avec deux produits déjà autorisés. GW a développé l'Epidiolex, le premier médicament dérivé du cannabis à avoir été approuvé en juin dernier par l'agence américaine du médicament (FDA), pour traiter deux types sévères d'épilepsie.

Un risque pour leur image

La commercialisation de ce produit aux Etats-Unis, vendu sur prescription, a démarré en novembre et le groupe prépare son lancement en Europe l'an prochain, sous réserve d'une approbation de l'agence européenne du médicament (EMA), attendue au premier trimestre.

Ce groupe coté à la fois à la Bourse de Londres et sur le Nasdaq (où sa capitalisation atteint 4 milliards de dollars) est aussi derrière le Sativex, autre médicament à base de cannabis indiqué quant à lui pour traiter la spasticité dans la sclérose en plaques.

En France, le Sativex a été autorisé en 2014 mais n'est pas commercialisé jusqu'à présent: la Haute Autorité de Santé (HAS) ayant jugé "faible" son service médical rendu, un accord sur son prix de vente n'a pas été trouvé avec son distributeur, le laboratoire espagnol Almirall.

Un marché que lorgnent cigarettiers et géants de l'alcool

D'autres laboratoires cotés sur le Nasdaq, principalement américains, développent aussi des médicaments dérivés du cannabis, comme Arena Pharmaceuticals, Insys ou encore AXIM. Des biotechs israéliennes, comme BOL Pharma ou iCAN, sont également dans la course.

La "big pharma" n'a pas massivement investi le segment du cannabis thérapeutique parce qu'il y a aussi "un risque d'image" pour elle à investir dans ce domaine "un peu délicat", estime aussi Marc-Olivier Bévierre.

"L'industrie pharmaceutique préfère laisser ça aux fabricants de tabac" pour le moment, ajoute-t-il. Une allusion au cigarettier américain Altria (propriétaire de la marque Marlboro notamment), qui vient d'acquérir 45% de Cronos, un producteur canadien de cannabis, pour 1,8 milliard de dollars.

Des géants de l'alcool ont aussi commencé à franchir le pas, à l'instar de Constellation Brands, la maison mère des bières Corona et de la vodka Svedka, qui a récemment investi plus de 4 milliards de dollars dans un autre producteur canadien de cannabis, Canopy Growth

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