Chanvre. Marseille : il y a 600 ans, du cannabis sur la Canebière

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Marseille : il y a 600 ans, du cannabis sur la Canebière
Marseille / Publié le Jeudi 17/07/2014 à 05H42

Au Moyen âge, l'actuelle Canebière était très certainement un terrain vague où les Marseillais d'alors cultivaient du cannabis. Non pas celui qu'on fume et qui se vend sous le manteau, mais celui dont on fait des étoffes et des cordages et que l'on désigne le plus souvent sous le nom de chanvre agricole.

Ce serait même de là que viendrait le mot "Canebière", qui désigne un lieu où on cultive le cannabis.

Un délire né dans le cerveau d'un gros consommateur de cette substance strictement prohibée ? Pas du tout. L'affaire est on ne peut plus sérieuse, puisqu'il s'agit des conclusions d'un long travail scientifique conduit par une équipe de chercheurs du CNRS, sous la direction de Philippe Ponel, paléo-entomologiste à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale (IMBE).

Les résultats de cette étude originale doivent être publiés par la revue scientifique en ligne Quaternary International, sorte de journal officiel des chercheurs du monde entier spécialisés dans l'étude de l'ère quaternaire.

"La Canebière était une zone de campagne située à l'extérieur des limites de la ville"
Qui dit paléo-entomologiste, dit étude des insectes à travers les âges. C'est justement la spécialité de Philippe Ponel, qui a travaillé à partir des échantillons de sédiments prélevés il y a une vingtaine d'années lors des fouilles archéologiques préalables au creusement de l'actuel parking Charles De Gaulle, au droit du palais de la Bourse.

"Entre le XIVe et le XVIIe siècles, soit la période que nous avons étudiée, le site où se trouve aujourd'hui la Canebière était une zone de campagne située à l'extérieur des limites de la ville", rappelle le scientifique, qui a élaboré ses conclusions à partir de l'analyse des restes de milliers d'insectes, principalement des coléoptères, retrouvés dans ces prélèvements.

Il s'est également appuyé sur le travail de ses collègues paléo-palynologistes, qui étudient, eux, les différentes sortes de pollens identifiées dans les mêmes prélèvements.

En croisant leurs résultats, les scientifiques sont parvenus à déterminer avec une relative précision à quoi pouvait ressembler le paysage de cette partie du centre-ville entre l'époque médiévale et l'époque moderne.

Des pins d'Alep, des figuiers et du chanvre au centre-ville de Marseille !
Cette reconstruction à partir d'une analyse conjointe coléoptères/pollens est sans équivalent en France et dans le bassin méditerranéen. Sur ces bases, les chercheurs ont ainsi pu déterminer que le couvert forestier alentours était essentiellement composé de pins d'Alep. Mais ils ont également retrouvé la trace de figuiers et de diverses plantes herbacées typiques des zones de friches, de décombres et de ruines péri-urbaines.

La présence de chanvre a, elle, été démontrée par la découverte de pollen de cette espèce dans des quantités qui suggèrent une culture diffuse, compatible avec la probable existence d'un chantier naval au droit de l'actuel quai des Belges, confirmée par la découverte de restes d'insectes saproxylophages, liés à la présence de vieux bois ayant séjourné dans l'eau de mer. À l'époque, tous les cordages de navires étaient fabriqués à partir du chanvre.

D'autres bestioles retrouvées dans les échantillons de sédiments évoquent quant à elles la probable exploitation d'un marais salant dans le même périmètre, dessinant un visage inédit de Marseille à une époque pour laquelle les ressources documentaires sont plutôt rares.

Hervé Vaudoit

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