"Neknomination" Un phénomène inquiétant, qui fait fureur depuis plusieurs jours sur internet.

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"Neknomination" : les adultes doivent se remettre en question avant d'accuser internet
Publié le 17-02-2014 à 15h17 - Modifié à 15h23

Par Michel Lejoyeux
Psychothérapeute

LE PLUS. Boire de l'alcool cul-sec, poster la vidéo sur Facebook et inviter quelques-uns de ses amis à faire de même. Tel est le principe du jeu "Neknomination", qui fait fureur depuis plusieurs jours sur internet. Un phénomène inquiétant, mais à ne pas mettre sur le dos des réseaux sociaux uniquement, explique le médecin addictologue Michel Lejoyeux.
Édité par Rozenn Le Carboulec Auteur parrainé par Daphnée Leportois

L'alcool est une drogue dangereuse et toxique. Pourtant, tout est fait pour en faire une molécule en apparence nouvelle et à la mode. Et l’effet de défi que sous-tendent les nouvelles technologies peut bien sûr y contribuer.

L'envie d’exister de ces jeunes, ici nourrie par le partage de ces vidéos présentées comme festives, amplifie le phénomène "Neknomination".

Comme dans toute ivresse, il y a également des manipulateurs, qui mettent en scène leurs beuveries pour se faire connaître.

L'alcool ne vient pas d'internet

Mais internet n’est qu’un des facteurs favorisant l’alcoolisation des jeunes, les alcooliers en sont un autre : l’alcool ne vient pas d’internet

Le phénomène est ainsi entretenu par ceux qui en tirent bénéfice et par le marketing considérable qui entoure ce produit. Or, en pointant du doigt ce phénomène sur les réseaux sociaux, on oublie que "Neknomination" n’est que l’arbre spectaculaire qui cache la forêt. Ce coup de projecteur, certes légitime, fait de l’ombre aux adultes et alimente notre déni.

Ceux qui meurent de l’alcool tous les jours ne sont pas seulement des jeunes. C’est pourquoi ce phénomène ne m’inquiète pas plus que la consommation et la mortalité cachées induites par l’alcool chez les adultes.

La coupable complaisance des adultes

Nous, adultes, ne sommes pas légitimes pour critiquer "Neknomination" si nous le faisons une cigarette ou un verre d’alcool à la main. Nous avons tous des postures pro-addictives sous couvert de mode. Ainsi, l’effet de défi induit par les nouvelles technologies n’est rien comparé à la coupable complaisance que nous avons, nous adultes, vis-à-vis de l’ivresse.

Un jeune ne boirait pas du poison. Il consomme ce que nous aimons aussi. Il a intégré le message subliminal, véhiculé par les adultes, que l’alcool est synonyme de fête. L’encouragement à l’ivresse comme facteur de fête doit ainsi être combattu, sur Facebook, comme dans les autres secteurs où il est banalisé.

Nous ne serons crédibles pour combattre l’ivresse des jeunes que si les autres ivresses ne sont pas l’objet d’une complaisance hypocrite et que nous cessons d’ériger la consommation d’alcool comme une obligation collective. Il faut interdire les nouvelles pratiques, bien sûr, mais aussi regarder en soi ses habitudes.

Évaluons l'impact de "Neknomination"

En tant que professionnel de la santé, je vois là un réel défi de santé publique. Cessons de porter un regard parcellaire sur la situation pour, enfin, avoir une vraie réflexion.

Lorsque l’on fait face à des intoxications alimentaires, le pays se mobilise pour les évaluer. Or, il existe aujourd’hui une réelle inadéquation entre l’impact de santé publique des alcoolisations et la capacité que l’on a à les mesurer. Il faudrait donc que l’on puisse se doter d’une évaluation en temps réel du phénomène "Neknomination".

Si l’on veut réellement lutter contre cette mode, déclenchons une mission de santé publique sur ce sujet !

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec

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