Le cannabis et les addictions, une maladie bien française Le Figaro défend une idéologie sécuritaire qui a pourtant été un échec

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À propos de civiliserlesdrogues
Coordinateur du Réseau Français de Réduction des Risques, activiste pour une politique des drogues plus humaine et plus efficace, qui sorte de l'idéologie de la guerre à la drogue

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20 janvier 2014
Le cannabis et les addictions, une maladie bien française

Le Figaro du 18 janvier veut alerter ses lecteurs sur la banalisation du cannabis.

Un éditorial de la rédaction, très politique, énumère les principaux leaders de gauche qui ont pris position en faveur de la dépénalisation, de la légalisation ou de la contraventionalisation, et conclut : renforçons la prévention et ne changeons rien à la législation. Face au cannabis, il faut tenir la ligne !

Mais de quelle ligne s’agit-il. La lecture des deux pages consacrées à faire un état des lieux et proposer une solution montre l’impasse dans laquelle la polémique française à enfermé ce sujet. Pour commencer, un long article reprend les points qui font l’essentiel du traitement actuel du cannabis dans de nombreux dossiers.

- le cannabis est banalisé chez les jeunes : les chiffres sont ceux des principales enquêtes déjà commentées depuis leurs sorties en 2012 et 2013. Ils montrent que le cannabis est resté à un haut niveau d’usage en France, alors que nombre de nos voisins ont su inverser la courbe.

- le cannabis se vend partout et pour pas cher : là encore, les prix sont connus, ils confirment la place prise par ce produit dans la culture jeune.

- le cannabis est consommé de plus en plus jeune : un syndicaliste policier pratique l’habituelle « exagération syndicale », (qu’il s’agisse du nombre de manifestant ou de l’âge du consommateur), partant d’un cas singulier, ici 12 ans, pour en faire une « tendance ». Si les chiffres retenus avaient été ceux des enquêtes citées, ils auraient indiqué que tout se joue pendant les années collèges, l’alcool au début et le cannabis à la fin. Ce qui reste en soi même suffisamment inquiétant.

- la police fait ce qu’elle peut mais la justice ne fait pas ce qu’elle doit : l’article évoque les interpellations, les arrestations, les réseaux démantelés à l’intérieur même des lycées. Et après avoir brocardé en début d’article « la prévention angélique » cette conclusion permet de mettre en cause la "justice laxiste" et de retrouver le binôme de l’éditorial : une prévention qui devrait donc être diabolique pour s’éloigner de l’angélique, et des sanctions prononcées d’une main ferme seraient la meilleure défense de nos adolescents.

Pour compléter la photo, trois vignettes supplémentaires :

- un addictologue, le professeur Lejoyeux, reconnait du bout des lèvres que la jeunesse n’a pas le même rapport à la loi que l’adulte.

- un état des lieux de la dangerosité du cannabis, plutôt centré sur les effets à moyens et longs termes, ceux dont les travaux montrent que justement ils ne motivent pas les adolescents à cesser leur consommation.

- une proposition, celle du député Eric Ciotti, qui en profite pour vendre le projet d’une obligation de dépistage des adolescents en milieu scolaire.

Le lecteur intéressé par le sujet aura peut-être pu apercevoir trois éléments de l’article qui devraient nous faire collectivement réfléchir si nous avons envie de sortir de cette spirale de l’échec :

- le constat fait sur la banalisation du cannabis et sa facilité d’accès est juste, et ce constat serait encore plus triste si on y ajoutait la forte montée des alcoolisations précoces, et celle de la reprise du tabagisme chez les jeunes. Il porte sur des chiffres qui sont ceux de la période 2007-2012. C’est donc l’action menée pendant ces années qu’il faut rappeler, celle d’une politique homogène qui donnait la priorité à l’application de la loi et de la sanction et à une prévention qui se résumait à dire l’interdit et les dangers.

- Un succès est évoqué, et c’est la mode : celui de nos amis et voisins allemand, chez qui l’usage de cannabis a baissé, alors qu’ils ont des salles de shoot en quantité (en France, le seul projet envisagé est par anticipation responsable de l’actuelle situation). Mais rien n’est dit de la stratégie mise en œuvre en Allemagne depuis 2004, et qui n’est pas une sanction pénale mais une orientation vers une approche éducative et thérapeutique intégrée. La France va enfin disposer d’une réponse similaire, sur une idée de la DGS (Direction Générale de la Santé), et dans le cadre d’une relance des consultations jeunes consommateur validé par l’ancien président de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et la Toxicomanie) et largement confirmée par l’actuelle.

- Enfin, un commissaire de police laisse poindre ses doutes : tout en reconnaissant qu’il a pu démonter nombre de « réseaux », il s’interroge sur le développement du trafic, et décrit son renouvellement incessant. Et rien n’est dit de l’explosion de l’auto-production, des achats sur internet qui pourtant renforceraient encore les raisons de douter qu'une solution viendrait de ce seul domaine.

Durant les deux pages de son dossier, Le Figaro défend une idéologie sécuritaire qui a pourtant été un échec patent les années concernées. Mais le problème reste posé pour qui souhaite protéger les jeunes mieux que nous n’avons su le faire dans les années passées. Peut – être faudrait il sortir de cette vision manichéenne, nostalgique et bien française d’une ligne de défense séparant le bien du mal, héritée de la ligne Maginot sur laquelle de vieux généraux paradaient en assurant la population qu’elle les protégerait de l’envahisseur. On sait comment cela s'est achevé! Peut-être faudrait il s’interroger sur ce qui sert d’arrière plan à la rencontre entre ces jeunes et cette société addictogène qui met en défaut l’éducateur, contourne et détourne l’interdit pénal et nécessite d’autres réponses, associant interdits, éducations et prévention.

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