Partout. Les politiques de prévention et les soins ne représentent quasiment rien dans la somme totale...

Forums: 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/657984-depenaliser-le-cannabis-...

Dépénaliser le cannabis ? Cela rapporterait 300 à 500 millions d'euros par an à l'Etat

Publié le 16-10-2012 à 14h01 - Modifié le 16-10-2012 à 14h01
Par Christian Ben Lakhdar
Chercheur spé. drogues/addictions

LE PLUS. Le sujet est tellement sensible qu'il engendre toujours de vives répliques politiques. Pourtant, la question de la dépénalisation du cannabis mérite d'être examinée attentivement et sous tous les angles : sanitaire, juridique… et économique. C'est ce qu'a fait Christian Ben Lakhdar, enseignant-chercheur spécialisé dans l'économie des drogues et des addictions.
Édité et parrainé par Hélène Decommer

Vincent Peillon, et avant lui d'autres personnalités politiques, se pose la question de la nécessité d'un débat sur le cannabis. Une réflexion amenée par une simple et bonne raison : la politique de lutte contre le trafic et la consommation de cannabis menée ces dernières années est complètement inefficace.

L'échec de la politique de répression

Pour preuve, quelques chiffres très parlant. Entre 2000 et 2010, on est passé de 60.000 interpellations pour usage et détention de cannabis à plus de 120.000. Il s'agit donc d'un accroissement de la pression policière. Or parallèlement, le niveau de consommateurs a légèrement augmenté ou s'est stabilisé selon les années et le prix du cannabis n'a pas évolué.

Si la répression policière avait été efficace, le prix du produit aurait normalement dû augmenter - en raison des saisies et des interpellations - et le nombre de consommateurs baisser.

La politique répressive en place depuis une bonne décennie ne porte donc pas ses fruits. Par contre, et c'est là qu'on peut commencer à discuter des gains potentiels de la dépénalisation du cannabis, elle coûte très cher.

Le coût social du cannabis : 919 millions par an

J'ai évalué le coût social du cannabis en France, c'est-à-dire tous les coûts liés à l'existence même de cette substance : les morts attribuables au cannabis (230 par accidents de la route par an, selon une étude française) ; les politiques publiques, répression en tête ; les politiques de prévention ; les soins hospitaliers.

Au total, on atteint 919 millions d'euros annuels. Ce n'est rien comparé à l'alcool (37 milliards) ou au tabac (47 milliards), mais en décortiquant les chiffres, on s'aperçoit que c'est l'activité policière qui coûte le plus cher (autour de 500 millions d'euros). Les politiques de prévention et les soins ne représentent quasiment rien dans la somme totale.

Si on dépénalisait l'usage de cannabis, on économiserait donc 300, 400, voire 500 millions d'euros par an d'activité policière.

L'exemple du Portugal, qui a dépénalisé l'achat, la possession et l'usage de cette substance en 2000, est encourageant : une économie de recettes publiques grâce à la baisse de l'activité policière et une légère diminution du nombre de consommateurs.

La légalisation ? Plus difficile à chiffrer

Concernant à la légalisation, la question est beaucoup plus complexe. En effet, nous n'avons pas d'exemple à travers le monde qui nous permettrait de fixer des points de comparaison. Les Pays-Bas eux-mêmes ne se situent pas tout à fait dans un régime de légalisation, dans la mesure où l'usage, la détention et surtout la cession ne sont autorisés que sous certaines conditions.

Selon les formules de légalisation, le chiffrage sera très différent. On peut imaginer un marché complètement libéralisé, où l'Etat n'interviendrait pas du tout. Ou un système libéralisé avec prélèvement d'impôts sur les vendeurs et consommateurs. On peut aussi penser, comme Daniel Vaillant, à un monopole public où l'Etat organiserait la production, la distribution et la réglementation du marché du cannabis.

Par ailleurs, en bon économiste, j'ai en tête deux variables cruciales : le prix et la qualité. Si demain le cannabis est libéralisé et vendu par un monopole public, à quel prix et pour quelle qualité ? Si le prix est trop élevé, l'économie souterraine ne disparaîtra pas. Si le prix est trop faible, on risque de voir s'accroître le nombre de consommateurs (même si j'y crois peu, car la France est déjà un des pays les plus consommateurs de cannabis). Si la qualité est faible, les individus se tourneront vers un marché souterrain ou produiront eux-mêmes leur propre cannabis.

Autant de facteurs et de critères d'ajustement qui nous rendent difficile l'évaluation des gains liés à une légalisation.

Pour une dépénalisation de l'usage du cannabis

Pour les raisons économiques présentées ci-dessus, je préconiserai donc une dépénalisation de l'usage du cannabis. Cela nous éviterait un gaspillage des ressources publiques et cet argent pourrait être soit économisé, soit réalloué vers d'autres pôles de dépense. Il y a sûrement des façons plus efficaces d’utiliser l’argent public.

Par ailleurs, non seulement l'application de la loi coûte très cher, pour une efficacité nulle, mais en plus elle semble injuste socialement. On trouve en effet des consommateurs de cannabis dans toutes les couches de la société française, mais tous ne sont certainement pas concernés de la même manière par la mise en œuvre de la loi de 1970 (prohibant les drogues illicites). Certaines catégories de population sont la cible privilégiée des forces de l'ordre pour des contrôles et certainement pour des interpellations pour infractions à la loi sur les stupéfiants. La loi concerne tout le monde mais s’applique a priori plus à certains qu’à d’autres…

La dépénalisation permettrait alors de supprimer ces deux aberrations.

Propos recueillis par Hélène Decommer.

Commentaires

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.