Laurent Appel - J’assiste ainsi à ma dixième campagne d’intox du genre depuis quarante ans, au minimum.

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La sisa ou comment faire du buzz avec une vieille dope

Laurent Appel
Journaliste (ASUD)
Publié le 31/05/2013 à 18h02

Après le krokodil et l’oxidado, le nouveau stupéfiant qui accroche en une prise et tue en un an est arrivé : la sisa. Encore une drogue hypernouvelle et hypermortelle qui va bientôt ravager notre jeunesse, tremblez bonnes gens !

J’assiste ainsi à ma dixième campagne d’intox du genre depuis quarante ans, au minimum. Grosse lassitude…

Rue89 a consacré un article à une campagne de Vice. En présentant la sisa comme une nouvelle drogue, elle surfe sur la vague des NPS : les nouveaux produits psychoactifs de synthèse.

Les médias sont friands de nouveautés, le grand public aime se faire peur, tous les spécialistes des drogues se doivent donc d’avoir un avis éclairé sur la question. Par conséquent, j’y consacrerai une série de notes sur ce blog.

De la meth produite dans une cuisine
Certains NPS ne sont pas nouveaux du tout. Leurs effets sont bien connus, comme nous l’expliquons dans notre dossier [PDF].

Ils ont juste changé de nom ou de mode de fabrication ; notamment en modifiant le produit de base : on fait de la meth avec du khat, et non plus de l’éphédra par exemple.

La sisa n’est rien d’autre que de la méthamphétamine tirée de produits pharmaceutiques et ménagers, produite dans une cuisine et plus ou moins bien travaillée.

Lorsqu’elle se présente sous sa forme huileuse, c’est de la free base de meth ;
en poudre c’est de l’hydrochlorate de meth.
On récupère l’acide sulfurique des batteries de voiture pour faire une réaction sur l’extraction de pseudoéphédrine, phénylpropanolamine ou éphédrine. C’est un moyen cheap et discret d’en obtenir.

Pas de filières structurées

Il n’y a pas forcément de laboratoires permanents et de filières structurées pour la sisa. Les usagers produisent aussi, parfois uniquement pour eux-mêmes ou un circuit très court.

Il semble juste que les petits chimistes grecs soient moins habiles que leurs collègues américains (Crystal, voir Breaking Bad), tchèque (la perva de Prague est réputée), mexicain (Ice) ou thaï (Yaabaa). Cela va venir avec l’habitude.

Il est aussi possible que la matière première – en général des comprimés décongestionnants – soit remplie d’excipients nocifs. Ajoutés à l’absence d’accès à des produits chimiques purs, cela donne une vieille drogue très sale, avec des conséquences néfastes bien supérieures à son équivalent de laboratoire, même si elles sont exagérées dans beaucoup d’articles.

Hélène, Corinne et bientôt Tina ?

Vraiment rien de neuf, même pas les effets. A son origine, la pervitine donnait envie d’envahir la Pologne en une semaine, c’est dire la puissance de la chose. Les Grecs la découvrent à peine.

Si la crise augmente en France, elle devrait aussi nous atteindre un jour. C’est une drogue pas chère et dont l’effet dure longtemps, une drogue pour travailler plus, ou supporter la vie dans la rue. Une vraie dope de crise.

En fait, la seule chose de nouveau avec la sisa, c’est son nom. En France, après Hélène pour l’héro et Corinne pour la coke, je parie sur Tina pour la meth.

Conséquence de la guerre à la drogue
Mon excellent confrère Arnaud Aubron se livrait en 2011 sur Drogues News à un exercice de désintox sur le Krokodil :

« Crack, méthamphétamine, oxidado (un récent dérivé de cocaïne “ pire que le crack ”)… le schéma se reproduit inlassablement depuis plus de vingt ans.

La guerre à la cocaïne et à l’héroïne favorise l’apparition de drogues bon marché, fabriquées dans des laboratoires de fortune au plus près de centres de consommation, où les clients potentiels sont des marginaux vivant dans une extrême misère. »

Et de conclure :

« Des drogues plus difficiles à traquer puisque leur production est décentralisée, plus nocives puisque produites par des amateurs à partir de produits frelatés, mais dont la dangerosité justifie paradoxalement l’escalade de la guerre à la drogue aux yeux de l’opinion. »

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