Les centres de traitement des dépendances accusent Agnès Maltais de s'en prendre aux plus vulnérables

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Zappiste: Il y a toujours cette différence entre les drogués aux produits licites mortels et ceux aux produits injustement illicites !

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Louise Plante
Le Nouvelliste

Publié le 06 mars 2013 à 07h34 | Mis à jour à 07h34

Maltais accusée de s'en prendre aux plus vulnérables

(Trois-Rivières) Encore sous le choc des compressions budgétaires de 35 millions $ touchant entre autres les frais de séjour des bénéficiaires toxicomanes de l'aide sociale, imposées par la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, les centres de traitement des dépendances accusent Agnès Maltais de s'en prendre aux plus vulnérables et surtout, de tout ignorer des conditions minimales pour sortir de la toxicomanie.

«Cette annonce-là, c'est tombé comme une grenade sur la table, tonne Yvon Carignan de la maison du même nom. Ça n'a aucun bon sens de prétendre qu'après 45 jours, une personne toxicomane est rétablie! On s'entend qu'après 15 jours, tu es désintoxiqué... mais t'as pas appris à vivre par exemple! Nous, notre programme c'est 25 semaines, et après ces six mois, on assure encore un suivi d'un an. La ministre oublie aussi que la toxicomanie entraîne de la criminalité et de la prostitution et que nos centres agissent comme des filtreurs entre la population et la criminalité. Et c'est sans compter qu'avec ces compressions, les centres comme nous vont tous se retrouver dans la m...»

M. Carignan est d'autant plus en colère qu'il a toujours soutenu qu'en matière de toxicomanie, ce sont les organismes communautaires qui ont fait le vrai travail au Québec. «Et ça, depuis le début. Au niveau du gouvernement, ça ne bougeait pas. On est un mal nécessaire. On existe parce que rien n'existait dans ce domaine. En 1988, j'ai commencé avec un chèque de bien-être social. Il n'y avait rien», rappelle-t-il.

Le directeur de la Maison Carignan ironise sur les qualifications des spécialistes qui auraient conseillé la ministre. «Pas sûr qu'ils ont fait de la coke, ces gens-là. Pas sûr qu'ils en ont rencontré ben ben des itinérants sur un banc de parc. Pas sûr qu'ils ont fait la file à la Maison du père. Pas sûr qu'ils comprennent qu'au début d'une cure de désintoxication, les gens prennent ça comme une punition. Ça prend un certain temps à comprendre que c'est pour leur bien-être. Apprendre à vivre, ça prend ben plus que 45 jours. Ces mesures-là, ça part d'un bureau. Les gens qui sont dans la consommation excessive ont besoin de bien plus que 45 jours. Une des maisons les plus connues au Québec, Le Portage, a une approche qui dure jusqu'à deux ans. Même chose avec le Programme mère-enfant, qui peut aller jusqu'à six ans!»

Le directeur de la Maison Carignan ne cache pas que les bénéficiaires des services de sa maison sont inquiets et qu'ils espèrent que ces mesures ne dureront pas. «Il y a une réaction qui se prépare avec l'association des centres de traitement des dépendances et La TROC et ça va frapper solide», assure-t-il.

Même son de cloche du côté de la Maison Réso où on offre gratuitement des services aux toxicomanes. «Je trouve ça difficile à prendre ces mesures qu'on vient d'annoncer, admet Jean Bouchard, le directeur de l'établissement. Ce sont surtout les maisons qui offrent de l'hébergement qui seront touchées, ce qui risque de les appauvrir davantage. J'ai peur qu'elles s'endettent à cause de cela, les bénéficiaires aussi, qui risquent de développer des moyens de survie... peu orthodoxes, dont du travail au noir.»

Le directeur reconnaît lui aussi qu'il faut moins de 15 jours pour désintoxiquer une personne, mais il ajoute du même souffle que la toxicomanie est un phénomène à long terme. «Une vraie démarche de désintoxication, ça ne se fait pas en criant ciseau. Ici, on a des clients qui rechutent souvent. Ils ont aussi du mal à joindre les deux bouts. Je pense que ces compressions peuvent avoir des répercussions sociales plus grandes que ce que l'on croit.»

Ce dernier, qui n'a jamais caché ses sympathies pour le Parti québécois, se dit mal à l'aise devant la vitesse avec laquelle le gouvernement veut atteindre le déficit zéro. «Je pense que même aux États-Unis, le président est conscient qu'il ne faut pas perdre trop d'emplois, sous peine de créer des remous sociaux importants. Ce sont des mesures qui atteignent les plus vulnérables de la société. Tel que c'est fait, ça manque de vision», a-t-il conclu.

Par ailleurs, l'Association des centres de traitement des dépendances du Québec, dont le président est Alexandre Ratté, président du Pavillon de l'assuétude de la région Mauricie-Centre-du-Québec, a déploré hier, la réforme du programme d'aide sociale «improvisée» par la ministre Agnès Maltais et surtout sans consultation des acteurs du milieu.

La ministre admet avoir commis une bourde

Candide, la ministre Agnès Maltais a reconnu hier avoir commis une bourde en négligeant d'annoncer les changements projetés au régime d'aide sociale.

En entrevue à La Presse Canadienne, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale a admis avoir «échappé» la balle lorsqu'elle s'est rendue à Ottawa à toute vapeur le 27 février sans prendre le temps d'expliquer ses visées sur l'aide aux démunis avant son départ.

«Ce matin-là, je suis partie à Ottawa en fou et je l'ai échappée», a raconté Mme Maltais au sujet de sa visite dans la capitale du pays la semaine dernière où elle a tenté en vain de convaincre son homologue fédérale, Diane Finley, de jeter du lest sur sa réforme de l'assurance-emploi.

Les modifications visant l'aide sociale ont été signifiées sans tambour ni trompette dans l'édition du 27 février de la Gazette officielle et ce sont les journaux qui en ont fait l'annonce en l'absence de la ministre responsable.

Les groupes de défense des assistés sociaux et les partis d'opposition ont aussitôt accusé Mme Maltais d'avoir voulu glisser sous le tapis des coupes de l'ordre de 19 millions $ sur le dos des pauvres.

En vertu des changements proposés, les ménages composés de deux parents et d'un enfant de moins de cinq ans perdront, à compter du 1er juin, l'allocation de 129 $ par mois versée pour «contraintes temporaires». Le seuil d'admissibilité à cette même allocation pour les prestataires âgés sera quant à lui reporté de 55 à 58 ans. L'aide aux prestataires toxicomanes sera aussi resserrée.

En revanche, ceux parmi les prestataires touchés qui accepteront de participer à un programme de réinsertion à l'emploi recevront temporairement un montant supplémentaire mensuel de 195 $.

La ministre rencontrera les groupes concernés demain pour tenter de calmer les inquiétudes et d'aplanir les différends. Si elle est ouverte à des modifications au règlement, elle ne semble pas avoir l'intention de battre en retraite. «Je l'ai dit, tout est possible, mais il faut m'expliquer que je me goure'' et que je suis en train d'échapper quelque chose. Moi, je pense qu'il y a quelque chose à faire. On va s'asseoir et on va en débattre», a-t-elle dit

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