Comment le cerveau devient dépendant aux drogues. De manière globale, les addictions sont des troubles hétérogènes.

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Zappiste: enfin des spécialistes qui utilisent dépendant AUX drogues et non à LA drogue comme des prohibitionnistes moralistes, des politiques, des policiers, des journaleux, des ignorants.

Comment le cerveau devient dépendant aux drogues

Mots clés :L'addiction, alcool, tabac, cocaïne

Par Martine Perez - le 16/10/2012

Les spécialistes cherchent à comprendre quels sont les mécanismes de la dépendance.

Pourquoi des millions de Français n'arrivent-ils pas à s'arrêter de fumer, de boire ou de prendre de la cocaïne? «L'addiction est ancrée dans le cerveau des humains très profondément», expliquait dimanche à Paris le professeur Pier Vincenzo Piazza, spécialiste de la physiologie de l'addiction à l'université de Bordeaux-II, lors du 7e colloque organisé par l'Association franco-israélienne pour les neurosciences et les Amis français de l'Université hébraïque de Jérusalem. «Notre cerveau veut toujours plus. Mais quels sont les mécanismes qui régulent une prise normale et un état addictif?»

Cette question qui paraît simple, est en réalité complexe, avec des facteurs qui tiennent à la drogue, et d'autres à l'individu, son mode de vie, ses caractéristiques génétiques. La connaissance de tels mécanismes ouvre la voie à la mise en place de thérapies innovantes, dans un domaine où le corps médical reste relativement démuni pour l'instant.

«La première étape, poursuit le Pr Piazza, c'est la mise en place d'une prise chronique de drogues (alcool, tabac, cocaïne ou autres, NDLR). À ce stade, la vie normale n'est pas totalement perturbée par la consommation. La deuxième étape, quelques mois ou années après, la personne rentre dans la maladie car elle a perdu le contrôle sur le produit qui devient le but central de la vie.»

De la mouche au singe, presque toutes les espèces animales, sur le plan expérimental, peuvent avoir ce comportement de prise de substances chimiques psychotropes, car il s'agit de produits qui agissent sur les circuits cérébraux de la récompense. Jusqu'à présent, la théorie qui prévalait est que plus on consomme une substance et plus on finit par devenir dépendant. L'autre théorie est que ce sont les caractéristiques biologiques d'un individu qui le rendent vulnérable.

La toxicomanie serait en fait une réponse pathologique à la drogue. «Il existe des personnes qui ont une vulnérabilité à l'abus de drogues: celles qui ont une plus grande sensibilité au stress, qui sont anxieuses, impulsives, ajoute le spécialiste, Il faut aussi qu'elles soient incapables de limiter les prises, qu'elles soient capables de déployer une énergie énorme pour obtenir la drogue et qu'elles continuent malgré les conséquences néfastes.»

Troubles hétérogènes

Quel est le rôle de la génétique dans la mise en place de l'addiction? «Il y a beaucoup de recherches actuellement sur ces questions, a déclaré Nicolas Ramoz, directeur de recherche à l'Inserm. Par exemple, certains variants génétiques permettent une métabolisation lente ou rapide des différentes drogues, qui aurait un effet protecteur ou, au contraire, incitateur vis-à-vis de ces produits. De manière globale, les addictions sont des troubles hétérogènes. On peut identifier des gènes de vulnérabilité, sans pour autant oublier l'environnement qui intervient dans l'apparition de l'addiction.»

Un des points majeurs, pour mettre en place des traitements est la question de la mémoire. Un individu peut-il oublier qu'il a été addict? «Il y a des “triggers” qui poussent le cerveau à réagir en présence de certains signes qui poussent à la consommation. Par exemple, la vue d'un débit de tabac, si l'on est fumeur, expose le Pr Rami Yaka de l'Université hébraïque de Jérusalem. La mémoire est un processus à trois étages: acquisition, stockage, activation. Il a été montré qu'une molécule dite PKM zeta peut agir sur le mécanisme de mémorisation du désir de cocaïne et que l'on peut l'inactiver via un peptide appelé ZIP.»

Pourra-t-on un jour travailler sur de telles molécules chez l'homme, afin de guérir des prises de produits incontrôlées qui confinent à l'autodestruction? À partir des travaux de Rami Yaka, son collègue Simon Benita a développé et breveté des molécules qui, par leur aptitude à pénétrer dans le cerveau, pourront un jour peut-être guérir l'homme de ses mortelles addictions.

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