Quand:le débat devient irrationnel, l’idéologie occulte les preuves, les arguments moraux (?) ou politiques s’opposent aux

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William Lowenstein

Médecin, addictologue, DG de la clinique Montevide…

Salle de consommation ou sale consommation
18 septembre 2012, 15:27

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Cela avait été le cas pour la remise en vente libre du matériel d’injection, pour les distributeurs de préservatifs dans les lycées, pour l’autorisation des médicaments de substitution opiacés. Aujourd’hui, il s’agit des salles de consommation médicalement et socialement assistées.

Quand le débat devient irrationnel, quand l’idéologie occulte les preuves, quand les arguments moraux (?) ou politiques s’opposent aux expériences internationales et aux expertises favorables aux stratégies de Réduction des risques (RDR)… tout indique que le raisonnement de santé publique est sur la bonne voie !

Depuis des années, nous répétons que la guerre à la drogue s’est dévoyée en une guerre aux drogués. Nous soulignons parfois le trait en ajoutant : « imaginez-vous que la guerre contre la pauvreté se transforme en une guerre contre les pauvres ? ». Mais, sans doute, n’avons-nous pas intégré que ce dévoiement perdure en France dans le raisonnement (?) de beaucoup d’entre nous.

Souvent, nous nous sommes interrogés sur les résistances dites morales devenues à nos yeux immorales au sens de la santé publique. Souvent, nous avons cherché à comprendre pourquoi des « responsables » intelligents ne percevaient pas la nécessité de trancher entre le gris et le moins gris et non entre le noir et le blanc. Souvent, nous avons constaté que la tyrannie des discours idéologiques l’emportait sur la démocratie des chiffres épidémiologiques.

Parfois, nous nous sommes résolus à déplorer que notre société ne soit pas encore assez mature pour penser de façon pragmatique sa politique de santé des drogues et des addictions. Souvent, nous avons cité la phrase d’Alain Ehrenberg : « la drogue ne peut être un objet politiquement normal ».

Et si, pour ces « réticents chroniques », la drogue était sale ? Au-delà du bien et du mal, si le dialogue se retrouve le plus souvent dans l’impasse manichéenne, c’est surtout parce que nous ne parlons pas des mêmes objectifs. Politiques et policiers français combattent LA drogue, médecins et intervenants de terrain combattent les méfaits des substances psycho-actives (licites ou illicites), tentant d’en prévenir les risques d’abus et de dépendance et leurs conséquences. Un monde, un fossé.

Pour les premiers, pour ces personnes convaincues de leur croisade contre le mal absolu, il est peu entendable qu’un « drogué » soit un citoyen, encore moins quelqu’un de bien ! Cette répulsion à penser l’âme ou le corps d’un « drogué » explique bien des discours prohibitionnistes. Comment, pour ces combattants du mal, ces militants de la propreté et de l’ordre, serait-il possible d’accepter un lieu ténébreux ou l’État aiderait le diable et ses vices ?

Même si la Réduction des risques est inscrite dans notre loi de Santé publique depuis 6 ans, leur esprit ne peut voir un être humain en difficulté ou en demande de protection. Leur esprit voit LA drogue, la sale drogue qui circule dans ces salles de consommation. Comment faire entendre à ces personnes que la pureté est un état chimique ou un concept religieux, mais nullement une réalité humaine ?

Peut-être faut-il, comme pour les racistes, les xénophobes, les prendre par la main et leur faire tranquillement toucher du doigt « un usager de sale drogue »… Leur montrer qu’il s’agit bien d’un être humain comme son fils, comme sa sœur. Comme lui. Ils découvriront, tout simplement qu’un drogué, ce n’est pas sale, mais proprement humain.

Ce combat contre la sale drogue est, hélas, encore trop facilement relayé par les petites phrases politiciennes, bien droites dans leurs bottes. Ces petites phrases capables de balayer d’un revers méprisant ou d’une moue notariale des années de travail, de recherches et d’expertises. Ces petites phrases capables de désavouer un excellent rapport Inserm, un juste et sage Directeur de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) ou une courageuse ministre de la Santé.

Ces phrases tueuses, lapidaires commencent souvent par : « Notre pays ne saurait accepter une telle proposition… » ou encore : « Ce n’est ni sérieux, ni souhaitable… ». Terriblement efficaces, elles paralysent et envoient aux déchetteries de solides et sains travaux sociaux, médicaux et scientifiques.

(Zappiste: l'Académie de médecine française: «...L'IMAGE RÉPULSIVE QU'IL CONVIENT DE LEUR CONSERVER...»)

Depuis 5 ans, notre MILDT (Mission d’information et de lutte contre les drogues et les toxicomanies) à la dénomination si rétrograde, a obéi au ministère de l’Intérieur bien plus qu’elle n’a daigné écouter le ministère de la Santé, l’Inserm ou le Conseil national du sida.

Que nous reste-t-il pour espérer une politique de santé des addictions, une protection au quotidien, « un cœur intelligent », « une perspicacité affective » comme l’écrivait Hannah Arendt citée par Alain Finkelkraut dans son magnifique avant-propos (ref : Un cœur intelligent. Editions Stock/Flammarion ; 2009 p. 9).

Il nous reste la ville. Notre ville. La ville à dimension humaine. La ville respire, tremble et parfois convulse, mais jouit encore quand la nation politise, quand l’Europe s’enlise et l’ONU gâtise en menant des guerres à la drogue qu’elle ne peut gagner car perdues d’avance.

Loin des oublis hautains des nations, la ville embrasse encore ceux qui risquent, ceux qui n’osent plus parler, ceux qui souffrent de la honte, de la culpabilité infligées par une morale prohibitionniste devenue immorale et dangereuse.

De Paris à Marseille, du Havre à Bordeaux, la ville accepte l’idée, la réalisation de salles de consommation socialement et médicalement assistées car la ville se veut responsable, protectrice et non accusatrice. Elle peut nous sauver, nous, citoyens, enfants et parents de démocrates. Drogués ou pas, nous sommes les citoyens de notre ville, capables de lier santé et sécurité publiques pour le bien-être de l’individu et de la collectivité.

La ville, grâce à sa taille humaine, à sa proximité interne peut réduire les risques sanitaires et sociaux. La ville dira à tous ceux que leur excessif appétit menace de dépendance : « je suis là pour vous aider et je ne confonds pas, loin de là, sale consommation et salle de consommation ».

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