Grèce: "cesser la criminalisation, la marginalisation et la stigmatisation des consommateurs de drogues"

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Zappiste: Les Grecs sont les plus grand consommateurs de tabac.
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Drogue : éviter la case prison
Lettre de Grèce | 30.08.11 | 13h51 • Mis à jour le 30.08.11 | 16h52

Bien sûr, la crise économique a continué à peser sur le moral des Grecs pendant l'été. Grève des taxis, aggravation des déficits, évacuation des Indignés de la place Syntagma et incendies de forêts ont rythmé l'actualité estivale, en pleine tourmente des marchés financiers, alors que le monde entier semblait se demander si tous les pays occidentaux n'allaient pas finir par devenir grecs aux yeux des agences de notation financière.

On peut aussi parler d'autre chose que de la crise. Georges Papandréou a profité de l'été pour lancer une initiative qui lui tient à coeur : la dépénalisation de l'usage de stupéfiants. La Grèce était considérée comme un des pays européens les plus répressifs en matière de consommation de drogue. Un consommateur peut passer de dix jours à un an à l'ombre suivant qu'il est pris en possession de cannabis ou de drogues plus dures, même si la Grèce est un des pays européens qui a le plus faible taux de consommation de drogues (9 % des Grecs ont fumé du cannabis, contre 30 % en France).

La Grèce a décidé de tourner le dos à cette logique, comme l'a fait le Portugal en 2001. Dans un projet de loi proposé début août, le gouvernement entend considérer la possession et la consommation de drogue à usage personnel comme un simple délit et non plus comme un crime. Il en serait de même pour les petits transporteurs et les petits cultivateurs, qui contribuent aujourd'hui à encombrer des prisons déjà surpeuplées. "Nous ne pouvons pas envoyer des gens en prison pour deux grammes de haschisch, a expliqué le ministre-adjoint de la justice, Georges Petalotis. Nous avons des prisons pleines de détenus liés à la drogue. Ce sont des gens qui ont besoin d'aide."

Le ministre de la justice, Miltiadis Papaioannou, essaie de rassurer les plus sceptiques : "Nous ne serons pas la Hollande." En clair, il ne s'agit pas d'une légalisation des drogues, même celles considérées comme douces. Dans le même temps, le gouvernement veut durcir la répression contre le trafic et favoriser la prévention. "Les mesures ont un double message : encourager les jeunes à se tenir à l'écart de la drogue et faire en sorte que ceux qui sont pris dans l'engrenage de l'addiction ne soient pas considérés comme des criminels."

Près de la moitié des 11 000 détenus grecs (pour une capacité de 8 000 personnes) sont en prison à cause de la drogue. La majorité purge une peine (de moins d'un an) pour possession ou culture de stupéfiants à usage personnel. Théoriquement, le système judiciaire fait preuve d'une plus grande clémence à l'égard des consommateurs et incite à trouver des voies alternatives. Mais l'ONG Consortium pour une politique internationale sur la drogue constatait, au printemps 2010, que "les tribunaux favorisent régulièrement l'approche punitive, en négligeant les mesures thérapeutiques". La réunion de cette ONG avait lieu à Athènes, à la Fondation Andréas Papandréou, le père de l'actuel premier ministre, mort en 1996.

C'est Georges Papandréou qui a demandé, il y a un an, la mise en place d'une nouvelle stratégie nationale de lutte contre la drogue : "Les drogués, spécialement s'ils sont dépendants aux drogues dures, ont besoin d'aide, de protection. Nous ne devrions pas criminaliser l'usage. Nous voulons les aider et nous attaquer aux trafiquants." Georges Papandréou fait partie de la Commission mondiale sur la politique contre la drogue, une association qui regroupe d'anciens chefs d'Etat européens ou sud-américains, l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et des personnalités comme le milliardaire Richard Branson, l'ancien patron de la Réserve fédérale américaine Paul Volcker, et des écrivains comme Mario Vargas Llosa et Carlos Fuentes.

Ce club de lobbyistes huppés a publié, en juin, une déclaration appelant à un changement de stratégie dans la lutte contre la drogue au niveau mondial. Ils appellent à "cesser la criminalisation, la marginalisation et la stigmatisation des consommateurs de drogues". Selon eux, une plus grande tolérance devrait s'appliquer aux petits délinquants, passeurs, fermiers ou petits revendeurs : "Des dizaines de millions de ces gens remplissent les prisons sans que cela détruise les organisations criminelles."

C'est ce programme que veut appliquer le premier ministre grec. Cela pourrait même générer des économies. Selon l'hebdomadaire Athens News, des estimations officielles montrent que la réhabilitation coûterait dix fois moins cher que la prison. A condition de trouver des places dans les centres de réhabilitation où la durée des files d'attente se calcule en années.

Le ministre de la santé, Andréas Loverdos, a parlé de "liste de la honte". Il promet que, dès l'automne, les hôpitaux publics pourront distribuer des drogues de substitution. Mais beaucoup d'entre eux, en pleine réorganisation, ne sont pas équipés pour recevoir ce public, souvent difficile. Les ministres de la santé et de la défense ont annoncé, le 24 août, que les hôpitaux militaires délivreraient également des drogues de substitution. Les jeunes drogués qui font leur service militaire auront même leur "quille" trois mois plus tôt s'ils subissent un traitement.

Le psychiatre Stelios Stylianidis est favorable à ce projet de loi, mais reste sceptique sur son application, "dans cette période de démantèlement de l'Etat social" : "Pour qu'il soit viable, il faut que les services sociaux et psychiatriques puissent gérer les demandes, alors qu'on réduit leurs effectifs." On en revient toujours à la crise grecque.

salles@lemonde.fr

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