Une fois le consommateur d’un jour mis en prison, il va devenir un consommateur chronique ou dealer.

Forums: 

http://www.tsa-algerie.com/divers/mostefa-khiati-president-de-la-forem-l...

Mostefa Khiati, président de la Forem : « la drogue n’est plus un tabou en Algérie »

Riyad Hamadi

Le Professeur Mostefa Khiati est président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem).

Vous avez réalisé une enquête sur la drogue en Algérie. Quels en sont les principaux résultats ?

Aujourd’hui, la consommation de la drogue n’est pas spécifique à une région ou deux du pays. Toutes les wilayas du nord notamment sont touchées par le fléau. L’enquête a montré qu’aux abords de l’université, 73% des personnes ont affirmé avoir consommé de la drogue, contre 1% seulement près des mosquées. La consommation chronique varie entre 7 et 13% pour les hommes et 4 et 5% pour les femmes. Il y a 15% des personnes interrogées qui pensent que la drogue est bonne pour la santé. Ce qui est surprenant ! A la question avez-vous eu l’occasion de prendre de la drogue, 37,77% des interviewés ont répondu oui. Nous avons trouvé que 60% des chômeurs consommateurs de drogue se droguent d’une façon permanente contre 17,41% d’étudiants et 4,5% d’étudiantes. La drogue n’est plus un tabou en Algérie !

Quel est le profil type du toxicomane algérien ?

Il n’y a pas de profit type du consommateur de drogue. La grande majorité (90%) des drogués est âgée entre 15 et 30 ans. On commence à consommer à partir de 12-13 ans.

Avec quel argent les consommateurs achètent-ils de la drogue ? Est-il facile d’en trouver ?

Nous avons trouvé que la majorité des consommateurs achètent de la drogue avec l’argent des parents. Ces derniers ne sont pas trop regardants sur ce que font leurs enfants avec leur argent et sont donc responsables de la propagation du fléau de la drogue. Les parents doivent être vigilants et surveiller leurs enfants.
La responsabilité n’incombe pas seulement à l’Etat. On trouve facilement de la drogue dans les quartiers. Au début, les prix sont abordables pour attirer de nouveaux consommateurs, après c’est la dépendance. Il y a des réseaux de vente partout, malgré les descentes fréquentes de la police.
L’Algérie a saisi 76 tonnes de drogue en 2009 contre 1,5 tonne en 1992. Il y a une lutte contre le trafic de drogue, mais la production du Maroc, notre fournisseur, est de 30.000 tonnes par an. Un cinquième de cette quantité (20%) transite par l’Algérie. On intercepte le sixième de la drogue marocaine.

A votre avis, que doit faire l’Etat pour renforcer la lutte contre le trafic et la consommation de drogue ?

L’Etat doit apporter un soutien aux associations qui sont sur le terrain, mais ceci n’est pas bien compris par les autorités. L’Etat doit s’appuyer sur les associations pour mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes. Elles sont plus efficaces que les bureaucrates dans la sensibilisation contre la drogue. L’aspect dynamique de la consommation de drogue nécessite des éducateurs dans les quartiers. Nous avons entamé la formation des éducateurs dans les wilayas où les autorités nous accordent de l’aide. Dans d’autres wilayas, les autorités semblent préoccupées par d’autres problèmes. Les éducateurs ont un rôle déterminant dans la lutte contre la drogue. Ils sensibilisent les jeunes contre ce fléau, ses conséquences sur la santé et peuvent donner l’état de la consommation pour mieux adapter notre stratégie de lutte.

La stratégie actuelle de lutte contre le trafic de drogue semble se limiter à la répression….

Nous demandons la révision de la loi de 2004. Il faut plus de sévérité vis-à-vis des distributeurs et dépénaliser les consommateurs d’un jour. Il faut savoir que sur 45.000 prisonniers, plus de 5.000 se droguent. Une fois le consommateur d’un jour mis en prison, il va devenir un consommateur chronique ou dealer. D’autant que la grande majorité des consommateurs le font occasionnellement et consomment du kif. Il y a un autre volet important, celui du renforcement de la lutte contre le blanchiment d’argent et le recyclage de l’argent de la drogue.
Il faut aussi des centres spécialisés où l’on peut reconstruire la personnalité du drogué. Le traitement des drogues ne relèvent pas de la médicalisation seulement, il faut des communautés thérapeutiques.

Comment votre enquête a été t-elle menée ?

L’enquête a touché 10 wilayas dont Alger. Elle a eu lieu entre le 10 mai et le 31 mai 2010. Elle a touché 11.156 personnes, interrogées par une vingtaine d'étudiants.

02/08/2010 | 09:31

Commentaires

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.