Tests de détection des drogues : « La porte ouverte aux apprentis sorciers ! »

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Tests de détection des drogues : « La porte ouverte aux apprentis sorciers ! »
Publié le lundi 24 mai 2010 à 06h00

PROPOS RECEUILLS PAR MATTHIEU MILLECAMPS

matthieu.millecamps@nordeclair.fr

Utiliser des tests urinaires pour vérifier que son enfant ne consomme pas de drogue, est-ce une bonne idée ? « Non », répondent J.

-M. Brunin, directeur de l'Espace du possible, et K. Cerny, qui travaillent au quotidien à aider des ados à sortir de dépendances lourdes à tous types de stupéfiants.

Il est possible d'acheter des tests urinaires qui permettent de contrôler la présence de THC (cannabis) et autres stupéfiants. En tant que professionnels de l'addictologie, que vous inspire cette nouveauté ?

>> C'est la porte ouverte aux apprentis sorciers, cela va permettre à des gens qui ne sont pas médecin de s'autoriser à pratiquer des analyses qui relèvent du corps médical. C'est une position éthique très importante : on ne peut pas accepter qu'une personne soit l'objet d'un prélèvement urinaire pour vérifier s'il a consommé ou non des substances illicites par n'importe qui. Cela relève du domaine de la santé. À aucun moment un quidam ne devrait avoir la possibilité de mettre en exergue quelque chose qui relève de l'intime. Lorsqu'un ado rencontre des problèmes de consommation de stupéfiants, il faut évidemment réagir, mais il ne faut pas faire n'importe quoi !

Mais pour des parents qui craignent pour la santé de leur enfant, n'est-ce pas justifié ?
>> Pratiquer ce test, c'est le principe même de la rupture de la parole. Si les parents ont un doute, la première chose à faire est de poser la question à leur enfant. C'est la parole qui donne du sens à une démarche de lutte contre une addiction.

Le propre des consommateurs de stupéfiants n'est-il pas de se réfugier dans le déni ?
>> Les parents sont capables de savoir si leur enfant va bien ou pas. Bien sûr, cela nécessite un apprentissage de l'enfant, d'être à l'écoute. Mais on peut aussi se cacher les yeux et prétendre que l'on ne voit pas les yeux rouges, l'ado qui s'enferme longtemps dans sa chambre, les mégots... Le risque, c'est que ce test devienne une fin en soi. Et que se passe-t-il, si le test est « positif » ? La loi prévoit une peine de 3 750 E d'amende et d'un an de prison... Si le test est positif, cela révèle donc que l'ado est un délinquant. Y aura-t-il dénonciation ?
Le médecin peut accompagner les parents dans la compréhension de ce que l'usage de ces substances traduit du désarroi, du mal-être que sous-tend ce type de consommation. Il faut avant tout travailler sur cette détresse. Tant que l'on n'aura pas admis que la consommation de psychotropes révèle un état psychique problématique, on n'avancera pas. Il faut aussi s'interroger sur le fait que, si certains ados sont dans l'expérimentation, d'autres se réfugient dans une consommation régulière, voire en abusent. Avec le test urinaire, on intervient sur le cannabis, pas sur la problématique de l'individu qui en est venu à en consommer. w
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À aucun moment un quidam ne devrait avoir la possibilité de mettre en exergue quelque chose qui relève de l'intime. Il faut évidemment réagir, mais il ne faut pas faire n'importe quoi !

Un test pour les parents « face à un adolescent dans le déni »

Ils sont en vente sur Internet et dans certaines pharmacies depuis le mois de février : les tests permettant de détecter la présence, notamment, de THC dans les urines sont proposés par le laboratoire Narcocheck.Le site testdrogue.fr est le portail sur lequel la société Narcocheck propose à la vente aux particuliers ses produits autrefois réservés aux forces de l'ordre, aux milieux médicaux et aux entreprises désireuses de tester leurs employés.Dès la page d'accueil, le site vante les mérites des différents tests. Un véritable arsenal, qui va de la simple bandelette test THC (principe actif du cannabis) à moins de 5 E à des tests urinaires multidrogues qui, en une seule plongée dans un échantillon d'urine de la personne testée permettent de savoir si elle a consommé cannabis, héroïne, cocaïne, ecstasy, amphétamines et/ou des médicaments pour 14,50 E. On peut même trouver, dans la rubrique « vous êtes parent - vous cherchez la méthode de vigilance la plus discrète possible », un kit complet de tests de substances sur les surfaces, objets et vêtements (cocaïne, ecstasy et héroïne) pour moins de 20 E. Un outil présenté comme utile aux parents « dans certaines situations extrêmes, lorsque tout dialogue est rompu ». Car Frédéric Rodzynek, le gérant de la société qui vend ces bandelettes de tests, insiste sur ce point. « Le test ne doit pas empêcher le dialogue, c'est un appui pour les parents ».Pour répondre aux critiques du milieu professionnel des addictologues, il affirme également que le test permet également aux parents, « face à un adolescent qui sera forcément dans le déni », de « faire prendre conscience de la réalité du problème ». Le gérant de la société insiste également sur le « volet prévention » présent sur le site, sur lequel on trouve une série de conseils à destination des parents désireux de « s'assurer que (leur enfant) ne replonge pas ». On peut également trouver un fascicule à destination des parents, pour 2,50 E.wM.M.

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