La plupart des usagers de drogue mènent une "double vie"

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La plupart des usagers de drogue mènent une "double vie"

PARIS - La majorité des consommateurs de drogues illicites ne sont pas des marginaux mais des "populations cachées", constituées de personnes bien insérées socialement et menant une double vie, relèvent des spécialistes à la veille des Etats généraux des usagers (Egus) à Paris.

"Dans les discours politiques et la majorité des études en Europe, les usagers les plus précaires sont systématiquement mis en avant car ils sont plus visibles - ils souffrent d'addictions lourdes et ont souvent des problèmes avec la police et la justice", souligne Tom Decorte, professeur de criminologie à l'université de Gand. "Mais, notamment dans le cas de la cocaïne, il existe une grande part de consommateurs très bien intégrés - étudiants, cadres, intellectuels, politiques - qui maîtrisent leur usage et le dissimule pour échapper à la répression et à la réprobation sociale".

Pour Henri Bergeron, auteur d'une récente "sociologie des drogues", "ces populations cachées continuent malheureusement à échapper aux chercheurs en raison des jugements d'ordre moral de la société et des politiques répressives marquant l'usage de certains produits psychoactifs en Europe".

Pierre Chappard, membre de l'association d'usagers Asud, organisatrice des Egus de jeudi et vendredi, rappelle que de nombreuses personnes insérées, ayant un métier, une vie sociale et prenant des drogues illicites contactent Asud, de P., fromager et injecteur occasionnel d'héroïne, à J., médecin et sniffeur de coke.

"A cause de la répression et de la stigmatisation, ces usagers, qui représentent une majorité, ont tout à perdre en s'exposant", poursuit-il.

Ils mènent alors une "double vie", avec une séparation stricte de la vie privée et de la sphère publique, décrite par l'ethnologue Astrid Fontaine dans son livre sur "les drogues et le travail".

"Comme la plupart des gens ne voient, ou n'entendent parler que des usagers de drogues très précaires et dépendants, ils ont une fausse représentation d'un consommateur asservi par les drogues et forcément irresponsable", ajoute M. Chappard, précisant que "ces idées reçues sont battues en brèche par l'addictologie et la sociologie".

Cette stigmatisation n'est pas sans conséquences. "Quand un usager inséré se fait démasquer, c'est dévastateur: nous voyons trop souvent des hommes et femmes mis au ban de la société, exclus de leur travail, ou menacés de se voir retirer leur enfants, parce qu'ils se sont fait prendre à consommer des drogues illicites", s'insurge Pierre Chappard.

Au niveau sanitaire, la survivance de ces "populations cachées" comporte de nombreux dangers, insistent les spécialistes.

Dans la clandestinité, certains usagers insérés s'enferment dans leur consommation. Hors de portée des programmes de réduction des risques, ils tardent souvent à demander des soins quand ils n'y renoncent pas tout simplement de peur de tout perdre.

(©AFP / 25 novembre 2009 08h23)

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