M. Alan Young, professeur agrégé, Osgoode Hall Law School: Je travaille sur la question de la légalisation de la marijuana depuis une dizaine d'années. J'ai représenté une centaine de personnes qui ont eu des démêlés avec la justice, et j'ai joué un rôle capital dans le mouvement pour la légalisation de la marijuana pour des fins médicinales.
Pourquoi mes arguments en faveur de la décriminalisation et la légalisation de la marijuana sont-ils aussi francs? La marijuana est l'une des substances les plus inoffensives sur notre planète. Le seul préjudice que cette substance peut causer a été constaté chez les utilisateurs chroniques, et non les utilisateurs occasionnels. Or, les utilisateurs chroniques représentent moins de un pour cent de tous les consommateurs de marijuana. Nous criminalisons donc 99 p. 100 des utilisateurs de la marijuana qui ne souffrent d'aucun effet nocif de cette drogue.
Le seul préjudice attesté dont conviennent tous les scientifiques est l'irritation pulmonaire chronique, qui est une forme de bronchite. Il n'y a même pas de preuve que cette substance peut causer le cancer des poumons. C'est pourquoi je dis qu'au Canada, on se sert du droit criminel pour éviter que l'on ne devienne une nation où tout le monde tousse et respire péniblement, mais ce n'est pas là le rôle de la justice pénale.
Pour décider s'il y a lieu d'interdire la marijuana en imposant des sanctions pénales et des peines d'emprisonnement, il ne s'agit pas de se demander si elle peut causer une bronchite. Il faut plutôt se demander si la marijuana est criminogène.
Depuis 1892, soit depuis la Commission du chanvre du Canada, pratiquement toutes les commissions mises sur pied sont arrivées à la même conclusion: s'agissant de la marijuana, c'est une tempête dans un verre d'eau. Ce n'est pas un sujet qui mérite d'occuper l'esprit des autorités judiciaires.
Des sénateurs ont posé une question se rapportant au nombre de personnes qui meurent de la marijuana. S'il est une chose qui est claire, il n'y a pas tellement de choses qui le sont, c'est que la marijuana n'a jamais, dans l'histoire de l'humanité, causé la mort directe de quelqu'un. Les scientifiques n'ont jamais réussi à établir une dose létale 50, c'est-à-dire une dose de marijuana pouvant provoquer la mort. On peut tuer des rats avec du sucre et de la caféine, mais non avec de la marijuana.
Au Canada, nous avons consacré des années et des millions de dollars à la commission Le Dain - dont les travaux sont toujours considérés comme étant les plus exhaustifs du genre -, et pourtant, le rapport de cette commission a été relégué aux oubliettes dans les bibliothèques où seuls des universitaires comme moi peuvent le lire et le recycler.
Malheureusement les résultats du
Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites (Canada, 2002)
ont aussi été relégué aux oubliettes !
Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites (Canada, 2002)
https://www.blocpot.qc.ca/fr/forum/5683
Extraits
M. Alan Young, professeur agrégé, Osgoode Hall Law School: Je travaille sur la question de la légalisation de la marijuana depuis une dizaine d'années. J'ai représenté une centaine de personnes qui ont eu des démêlés avec la justice, et j'ai joué un rôle capital dans le mouvement pour la légalisation de la marijuana pour des fins médicinales.
Pourquoi mes arguments en faveur de la décriminalisation et la légalisation de la marijuana sont-ils aussi francs? La marijuana est l'une des substances les plus inoffensives sur notre planète. Le seul préjudice que cette substance peut causer a été constaté chez les utilisateurs chroniques, et non les utilisateurs occasionnels. Or, les utilisateurs chroniques représentent moins de un pour cent de tous les consommateurs de marijuana. Nous criminalisons donc 99 p. 100 des utilisateurs de la marijuana qui ne souffrent d'aucun effet nocif de cette drogue.
Le seul préjudice attesté dont conviennent tous les scientifiques est l'irritation pulmonaire chronique, qui est une forme de bronchite. Il n'y a même pas de preuve que cette substance peut causer le cancer des poumons. C'est pourquoi je dis qu'au Canada, on se sert du droit criminel pour éviter que l'on ne devienne une nation où tout le monde tousse et respire péniblement, mais ce n'est pas là le rôle de la justice pénale.
Pour décider s'il y a lieu d'interdire la marijuana en imposant des sanctions pénales et des peines d'emprisonnement, il ne s'agit pas de se demander si elle peut causer une bronchite. Il faut plutôt se demander si la marijuana est criminogène.
Depuis 1892, soit depuis la Commission du chanvre du Canada, pratiquement toutes les commissions mises sur pied sont arrivées à la même conclusion: s'agissant de la marijuana, c'est une tempête dans un verre d'eau. Ce n'est pas un sujet qui mérite d'occuper l'esprit des autorités judiciaires.
Des sénateurs ont posé une question se rapportant au nombre de personnes qui meurent de la marijuana. S'il est une chose qui est claire, il n'y a pas tellement de choses qui le sont, c'est que la marijuana n'a jamais, dans l'histoire de l'humanité, causé la mort directe de quelqu'un. Les scientifiques n'ont jamais réussi à établir une dose létale 50, c'est-à-dire une dose de marijuana pouvant provoquer la mort. On peut tuer des rats avec du sucre et de la caféine, mais non avec de la marijuana.
Au Canada, nous avons consacré des années et des millions de dollars à la commission Le Dain - dont les travaux sont toujours considérés comme étant les plus exhaustifs du genre -, et pourtant, le rapport de cette commission a été relégué aux oubliettes dans les bibliothèques où seuls des universitaires comme moi peuvent le lire et le recycler.
Malheureusement les résultats du
Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites (Canada, 2002)
ont aussi été relégué aux oubliettes !