Voulant lutter contre le cannabis, Etienne Apaire pousse la criminalité.
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Voulant lutter contre le cannabis, Etienne Apaire pousse la criminalité
Par Collectif | 27/05/2011 | 11H32
Nous avons assisté à deux opérations de police largement médiatisées. Elles font suite aux alertes de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) et de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) sur le développement de l'autoproduction de cannabis, et le risque de production massive sous contrôle d'organisations criminelles.
Ce qu'elles démontrent, c'est que le risque majeur d'escalade dans la violence et l'insécurité est accentué par la politique d'Etienne Apaire, le président de la MILDT.
En France, la production de cannabis par la mafia est industrielle
Le 8 février 2011, en cherchant à démanteler un réseau vietnamien de travail clandestin, les policiers trouvent 700 pieds poussant sous lampes dans le centre de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. La France rejoint la liste des pays occidentaux où les mafias produisent du cannabis en quantité industrielle (Belgique, Canada, Pays-Bas, Tchéquie, Royaume-Uni, USA).
Au Royaume-Uni, dans les six dernières années, la production locale est passée de 15 à 90% du marché, avec une explosion de la criminalité induite et une inflation des coûts de la répression.
Dans le même temps, le Maroc, en collaboration avec l'ONU a réduit de 65 % ses surfaces cultivées de cannabis. A cause des produits de coupe toxiques, de nombreux usagers français se détournent du haschich vers l'herbe.
Les conditions sont donc remplies pour que des organisations criminelles réorientent le marché national en circuits courts. Le contrôle de la vente génère déjà une violence digne de la frontière mexicaine et son lot d'homicides, comme à Marseille le 11 mai 2011 où deux hommes ont été abattus à l'arme de guerre ainsi qu'à Paris (XIVe) le 22 avril dernier, sans oublier les récents incidents sanglants à Sevran, en Seine-Saint-Denis.
Pénaliser les petits producteurs au profit des mafias
Le contrôle de la production par les gangs va intensifier cette insécurité. La guerre à la drogue peut provoquer dans nos cités les mêmes ravages que dans les pays du Sud.
Parallèlement, le 6 mai dernier, Etienne Apaire se félicitait du succès de l'opération Cannaweed, du nom du site Internet espionné pendant un an par des cyber-gendarmes. L'enquête a mobilisé 19 parquets, des dizaines de policiers ont procédé à 23 perquisitions et 18 interpellations dont 14 gardes à vue.
Cette opération de grand style a permis la saisie de cent pieds de cannabis et quatre kilos de fleurs et de résine, soit une moyenne de cinq pieds et 222 grammes de cannabis par interpellation. C'est-à-dire le démantèlement spectaculaire d'un petit réseau d'autoproducteurs qui parfois dépannent quelques proches. Rien à voir avec une mafia internationale ou un gang de quartier qui pourrissent la vie des citoyens et menacent la démocratie et l'économie officielle.
L'opération ballon de baudruche
L'objectif d'Etienne Apaire est de dissuader les consommateurs de pratiquer l'autoproduction en allant s'informer et s'équiper sur Internet. Il espère ainsi que l'indisponibilité du produit les poussera à arrêter leur consommation.
Cela sera le cas d'une infime minorité, les autres retourneront sur le marché noir augmentant ainsi son attractivité, tout en s'exposant à des risques sanitaires et sociaux. Cette opération est un effet d'annonce, un ballon de baudruche, Etienne Apaire aggrave le problème en prétendant le régler.
L'autoproduction est actuellement l'unique moyen pour l'usager de se prémunir contre le cannabis frelaté du marché noir, sans participer à la dérive mafieuse. Il serait plus judicieux de dépénaliser la consommation des majeurs et de réglementer la production sous une forme individuelle et collective. Nous pourrions alors utiliser les budgets et les effectifs consacrés à la prohibition pour la lutte contre le crime organisé et la violence aux personnes, la prévention et l'information sur la dangerosité des drogues, la prise en charge socio-sanitaire des consommateurs abusifs.
Une autre politique des drogues est possible.
Laurent Appel (Auto-support des usagers de drogues), Jean-Pierre Galland (Collectif d'information et de recherche cannabique), Farid Ghehioueche (Cannabis sans frontières).
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Sa première tentative, c'était en terminale. Il ne savait pas très bien comment s'y prendre. Il a trouvé de l'aide dans un « growshop » :
« On sait très bien que ces magasins servent à ça. A l'intérieur, on ne prononce jamais le mot cannabis. Le personnel comme les clients préfèrent parler de “plantes”. Mais les vendeurs sont des experts,
ils distillent de bons conseils. »
Les bons tuyaux, mais aussi les bons produits : « Dans ces magasins, il y a tout ce qu'il faut pour lancer sa culture en un après-midi. »
Joseph a 26 ans. Etudiant propre sur lui, il cultive « sérieusement » du cannabis chez lui depuis trois ans. Dans sa chambre trônent une « box » éclairée et ventilée, et une dizaine de produits : engrais, nutriments, substrats et pipettes, tous de la marque Canna. Sans parler des trois plants en pleine floraison.
Consommateur quotidien de cannabis, il s'est lancé dans l'autoculture pour pouvoir fumer un produit moins cher et de meilleure qualité. Mais aussi pour « ressentir l'énorme
satisfaction » de consommer les fruits de son travail. « Petit bras » de son propre aveu, Joseph produit peu mais passe néanmoins beaucoup de temps à soigner ses
plantes.
Plus de 47% de l'herbe fumée en France est produite sur le territoire. Ce sont principalement des consommateurs réguliers qui la font pousser. Ceux que les deux chercheurs David Weinberger et André Brothier décrivent comme des « cannabiculteurs consommateurs motivés par l'objectif d'assurer leur consommation personnelle et par la volonté de rompre avec les réseaux de distribution traditionnels. »
Sans les growshops, pas de culture d'intérieur
Les growshops, des boutiques de jardinerie intérieure ou d'hydroponie, fleurissent dans les centres-villes. Selon les sources, on en dénombre entre 216 et 400, souvent des franchises.
A l'intérieur, des plantes de toutes les couleurs, des sacs de terreau, des graines, des dizaines de bouteilles d'engrais derrière le comptoir, des ventilateurs, des thermomètres, des pots, des boites éclairées avec une lampe de sodium.
« Tout comme dans les jardineries traditionnelles », affirme Jean-Pierre Galland, cofondateur du Centre d'information et de recherche sur le cannabis (Circ). « Les growshops n'ont fait que suivre le mouvement » de l'autoculture, qui remonterait à 1995.
Joseph, l'étudiant, ne dit pas autre chose :
« Les growshops facilitent les choses. S'ils n'existaient pas, on pourrait toujours se lancer dans l'autoculture a minima, en bricolant. Mais grâce à eux, on peut cultiver tout en vivant dans un environnement urbain. Sans eux, j'aurais sûrement attendu d'être plus tranquille, à la campagne. »
« Rien n'interdit de vendre du matériel de jardinage »
Dans les growshops, on se montre, sans surprise, réticent à parler de la question de la culture de cannabis. Au mieux, on feint l'étonnement. Les propriétaires insistent sur le caractère légal de leur commerce. Hervé est le gérant de Culture-Kaya, à Troyes :
« Rien n'interdit de vendre du matériel de jardinage. Ça fait huit ans que j'ai une activité normale. »
Si l'usage de leur marchandise est détourné, ce n'est pas son souci :
« C'est comme les gens qui achètent des flingues et qui vont tuer des personnes avec. On ne va pas voir l'armurier ! Après, il y a peut-être des magasins qui s'affichent plus que d'autres. C'est leur problème. De toute façon, ce n'est pas le premier rapport qui dit ça et ce ne sera pas le dernier. »
Les propriétaires de ces boutiques ne veulent pas mettre en danger un business qui se porte bien en faisant du prosélytisme. Ils préfèrent mettre en avant d'autres activités, comme la création de murs végétaux.
« Quand c'est à l'intérieur, on ne peut pas faire grand chose »
Jean-Pierre Galland confirme la difficulté des forces de l'ordre à lutter contre le phénomène :
« Les policiers peuvent difficilement agir. Ce sont des business comme les autres, tant qu'il ne font pas d'incitation à la consommation de la drogue. »
Encore faut-il que les policiers connaissent leur existence. Yannick Danio, responsable de la communication du syndicat policier SGP-FO, « ne connait pas du tout ces boutiques ». Christine Chastenet, magistrate déléguée à la communication de la cour d'appel de Bordeaux, explique :
« Vous savez bien qu'on ne peut pas rentrer chez les gens sans motif. Donc, de fait, quand la culture de cannabis se pratique à l'intérieur, on ne peut pas faire grand chose. C'est principalement quand il y a une incidence avec une autre affaire que l'on tombe dessus et qu'on peut entamer les poursuites. »
« Au moins, cette drogue n'est pas coupée »
Résultat, l'autoproduction de cannabis a de beaux jours devant elle. D'autant plus qu'elle permet, selon le Circ, « de ne pas alimenter le crime organisé. D'améliorer la santé publique. Au moins, cette drogue n'est pas coupée », avec du sable ou du verre pilé, par exemple.
Jean-Pierre Galland estime avoir identifié un autre facteur important de l'essor de l'autoculture :
« Le vrai problème, c'est la politique de répression. S'il y a un tel essor de l'autoculture en France, c'est à cause d'elle. »
Laure, de Caan'abus, un lieu d'accueil pour les jeunes consommateurs, ne dit pas autre chose :
« De toute façon, on tourne en rond. L'Etat lutte contre le cannabis mais permet toujours la vente des feuilles à rouler longues ou des bangs. »
En attendant un improbable changement de la loi concernant la qualification des stupéfiants, reste pour les autorités le problème des nombreux forums sur le Web, sur lesquels les cultivateurs peuvent échanger conseils et impressions, et des dizaines de boutiques proposent graines et matériel en ligne
















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