C’est à cause des politiques prohibitionnistes des autres pays européens que nous avons tous ces problèmes ici en Hollande.
C’est à cause des politiques prohibitionnistes des autres pays européens que nous avons tous ces problèmes ici en Hollande…"
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Mise à jour le 6 Février 2011
Coffee shops: Interdit aux étrangers
Débordés par les touristes de la drogue, les Pays-Bas envisagent de réserver à leurs ressortissants l'accès à ces "bars à cannabis". Enquête à Maastricht.
Gare de Liège-Guillemins. Le Thalys – départ 12 h 01, gare du Nord – vient de filer sur Cologne. Un peu perdu sur le quai glacé, lunettes et coiffure sage, Kevin (*) regarde sa montre, fébrile. "C’est que j’ai mon train pour Maastricht à 14 h 22…" C’est la deuxième fois qu’il "monte à Maas", après une virée avec trois potes en 2007. Etudiant en économie, ce banlieusard de 23 ans a décidé de venir claquer quelques centaines d’euros. "Je les ai gagnés au poker sur Internet, précise Kevin dans un sourire. J’ai pas pris de vacances cet été. Trois heures de train depuis Paris. Maas, c’est moins loin qu’Amsterdam et c’est moins la zone. Je compte dépenser entre 100 et 150 € en produit. Pas pour ramener, il y a trop de risques avec la douane…"
Un premier "pet'" à 13 ans et, depuis sept ou huit ans, une consommation quotidienne. "Mais j’ai prévu d’arrêter", essaie de se persuader le jeune homme. A l’écouter, les temps sont durs pour les fumeurs français: "Les prix n’arrêtent pas de monter et la qualité de baisser." Au "Pays" – comprendre les Pays-Bas –, pas de souci avec la "qualité": le taux de THC (principe actif du cannabis) de l’herbe du pays des tulipes bat tous les records. "Et comme on ne peut pas s’empêcher de mettre des doses françaises, quelle claque!"
Kevin n’est pas un cas isolé. Ils sont entre un million et un million et demi, ces "touristes de la drogue" à déferler chaque année sur Maastricht, ses 122.000 habitants et ses 14 coffee shops dont ils représentent plus de 70% de la clientèle. Hasard de l’histoire, la plus ancienne ville de Hollande se retrouve littéralement engoncée entre la Belgique, tout contre, et l’Allemagne, à moins de 30 kilomètres. Les Français – sans doute plus que les 10% recensés en 2008 – complètent le podium des nationalités les plus représentées sur le pont de la péniche Mississipi, au comptoir du Kosbor, dans les fauteuils de l’Easy Going, aux tables de billard du Fantasia… Bienvenue dans l’autre Mecque européenne du pétard! Un petit paradis cannabique peut-être en sursis…
La préférence nationale appliquée à la fumette?
En effet, la guerre des coffee shops fait rage aux Pays-Bas. On en comptait 1.500 il y a dix ans. Ils sont moins de 700 aujourd’hui. Même hémorragie à Maastricht où la mairie ne cache pas son ras-le-bol envers ces "narcotouristes" accusés de mille maux. Au point de vouloir leur interdire l’accès aux coffee shops. La préférence nationale appliquée à la fumette? Dans la ville même qui a donné son nom au traité, symbole de l’Europe sans frontières, on voudrait priver des « consommateurs » européens d’un « service » en fonction de leur nationalité? Ne serait-ce pas contraire aux règles de libre circulation des personnes et des marchandises dans l’Europe de Maastricht?
"Non", a répondu, avant Noël, la Cour européenne de justice. La drogue n’étant pas une marchandise tout à fait comme les autres, la CEJ considère "qu’une interdiction d’admettre des non-résidents dans les coffee shops constitue une mesure de nature à limiter le tourisme de la drogue et de réduire les problèmes qu’il occasionne". La balle est maintenant entre les mains du Conseil d’Etat néerlandais qui doit se prononcer avant l’été. Intolérable discrimination pour les uns. Simple mesure de bon sens pour les autres. Le système hollandais est-il en train de vaciller? Ilot de tolérance sur un continent prohibitionniste, les Pays-Bas ont, dans les années 1970, adopté une législation qui "encadre" la consommation de drogues dites douces avec ces fameux coffee shops: pas plus de 500 grammes de stock et pas plus de 5 grammes par client. Pragmatique mais hypocrite. Car si le frontdoor du coffee shop est ultracontrôlé, aucun texte ne prévoit l’éventualité de l’approvisionnement par le back door de ces établissements…
Parmi ceux-ci, le plus moderne de Maastricht s’appelle l’Easy Going. Vingt-sept ans d’existence tout près de l’hôtel de ville. Ouvert de 10 heures à 2 heures du matin. Une tortue comme emblème et un cerbère polyglotte à l’entrée. N’entre pas qui veut. Prière de montrer une pièce d’identité immédiatement scannée. Des portes coulissantes s’ouvrent. Musique d’ambiance. Un bar sur la gauche. A droite, portes fermées à cause de l’odeur, une confortable salle de café où l’on boit peu mais où l’on fume beaucoup. En face, deux guichets surmontés de panneaux lumineux annonçant le menu du jour. Comptez 14 € pour un gramme d’El Diablo, 9 € pour la White Widow, 8 € pour un gramme d’afghan… En cette fin d’après-midi, ils ne sont pas loin d’une vingtaine à faire paisiblement la queue. On parle néerlandais, allemand, anglais, français, avec ou sans accent belge, et même espagnol. Une majorité de garçons, de moins de 30 ans à quelques exceptions près, et quelques rares couples. Ainsi, ce duo franco-belge. Des habitués, habillés plutôt chic, qui viennent ici une fois par mois – "une heure de route aller et retour", explique monsieur –, pour faire ses provisions et, ajoute madame, "profiter des soldes"… Kevin a attendu près d’une demi-heure pour être servi à l’Easy. "C’est un peu l’usine, confie-t-il après coup. Pas le temps de discuter ou de solliciter un conseil. Tu demandes tes 2 grammes. Le gars attrape le truc, le pose sur la balance et, hop, dans le sachet. Tu raques et au suivant..."
Sentiment d’insécurité
"Ça n’a plus rien à voir avec les coffee shops du début. A cause des touristes de la drogue, c’est devenu un big business!" Joep Delsing, le porte-parole du maire de Maastricht, résume le sentiment général: "Oui, les clients étrangers des coffee shops sont devenus un problème. Ils sont trop nombreux. Ils engorgent les rues du centre, ne respectent pas les places de stationnement. Ils sont bruyants quand ils se déplacent d’un coffee shop à un autre. Ils pissent et vomissent dans la rue. Ils créent un sentiment d’insécurité et les gens de Maastricht se plaignent." Mais à bien écouter M. Delsing, on comprend aussi que ces touristes de la drogue attirent d’autres individus encore plus indésirables: les drug runners.
Ils seraient environ 500 d’après la police. D’origine marocaine pour la plupart, ils ont débarqué ces dernières années de Rotterdam et du nord du pays pour alpaguer le fumeur de cannabis et lui proposer d’autres produits beaucoup moins inoffensifs: cocaïne, héroïne, ecstasy… "Hé, cousin", "Salut les gars"… Même si les 70 caméras de surveillance installées dans le centre ont repoussé ces dealers de rue dans la périphérie, il n’est pas rare de se faire ainsi interpeller à Maastricht. Mais c’est sur l’autoroute en provenance de Belgique qu’ils sont le plus actifs. Tous les moyens sont bons, même les plus agressifs, pour intercepter les voitures aux plaques étrangères et leur fourguer de la drogue. Voire les dépouiller. "Les touristes se déplacent avec de l’argent liquide, confie Luc Vandenbeek, de la police de Maastricht. On sait que beaucoup se font voler mais très peu déposent plainte." Ces drug runners auraient également la mainmise sur plus de cinquante lieux de deal dans l’agglomération. "Il y a toute une criminalité derrière le business des drogues douces, poursuit le policier. Notamment dans le contrôle de la production dirigée par des groupes criminels qui n’hésitent pas, à coup de menaces et de chantage, à faire pression sur des gens en difficulté pour les obliger à se lancer dans la plantation d’herbes." Plus de 500 de ces plantations ont été démantelées l’an dernier.
Toutes ces données, Marc Josemans, le patron de l’Easy Going et, par ailleurs, président du syndicat des coffee shops de Maastricht, ne les réfute pas. Mais il préfère mettre en avant les 1.630 emplois créés par business des soft drugs et les dizaines de millions d’euros dépensés par ses clients dans les commerces et les hôtels de la ville. "Si cette mesure passait, réagit Marc Josemans, nous perdrions de l’argent et des emplois. Mais vous, les Français, vous serez obligés d’aller chercher votre herbe dans la rue et dans vos banlieues. C’est à cause des politiques prohibitionnistes des autres pays européens que nous avons tous ces problèmes ici en Hollande…"
Pourtant, même en Hollande, la tolérance s’effrite. L’électorat penche de plus en plus à droite et les autorités locales, voire nationales, semblent déterminées. "Dans un premier temps, nous allons d’abord délocaliser la moitié des coffee shops vers la périphérie de la ville", explique encore Joep Delsing. Le maire Onno Hoes veut également expérimenter un local pass – il faudra habiter Maastricht pour entrer dans les coffee shops –, mais, pour l’instant, le conseil municipal s’y oppose parce qu’il faudrait des renforts de police pour juguler les problèmes qui se poseront avec le trafic illégal pour les étrangers. Enfin, le gouvernement envisage de créer, au niveau national, un système de membership pour les coffee shops. Mais si tout ça ne marche pas, pourquoi ne pas changer de politique en matière de drogue et fermer tous les coffee shops du pays…
(*) Le prénom a été modifié
















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