Profilage ethnique: Le SPVM embarrassé par un rapport
http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2010/08/09/003-profilage-spv...
Profilage ethnique
Le SPVM embarrassé par un rapport
Mise à jour le lundi 9 août 2010 à 20 h 31
Une étude commandée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) démontre que le profilage ethnique existe au sein de l'organisation policière.
Selon le rapport interne de la police obtenu par La Presse, le nombre de personnes noires interpellées par les policiers a triplé entre 2001 et 2007, passant d'environ 3000 à 9000. Le nombre de Blancs interpellés, quant à lui, est demeuré stable.
Dans les quartiers de Montréal-Nord et de Saint-Michel, toujours selon cette étude, 40 % des jeunes hommes noirs ont été soumis à au moins un contrôle d'identité en 2006 et 2007, comparativement à 5 ou 6 % pour les jeunes hommes blancs.
L'auteur de l'étude, Mathieu Charest, criminologue qui travaille pour la police de Montréal depuis 2006, parle d'une proportion « beaucoup trop élevée ».
Le SPVM, qui refuse toujours de parler de profilage ethnique dans ses rangs, remet en doute la méthodologie de l'étude.
Les nuances du SPVM
Entre autres, selon le directeur adjoint au SPVM, Jean-François Pelletier, les gens qui sont interpellés par les policiers ne résident pas nécessairement dans le quartier, ce qui fait qu'on ne peut comparer le nombre de contrôles d'identité à la population totale.
« Il faut mettre ce rapport en contexte [...] On ne nie pas la possibilité qu'il y ait des actions de profilage au SPVM, mais on ne croit pas qu'elles sont de mauvaise foi, et qu'elles sont systémiques », indique-t-il.
M. Pelletier affirme que si les policiers font des gangs de rue une priorité, comme c'est le cas, le nombre d'interpellations et d'arrestations va inévitablement augmenter, tout comme lors des arrestations massives dans le dossier des motards criminalisés il y a quelques années.
« Il y a eu un travail colossal de fait par notre chercheur, mais c'est un indicateur parmi d'autres », poursuit-il. M. Pelletier mentionne qu'une autre étude pourrait être effectuée sur le sujet.
La divulgation de ce rapport survient au lendemain de l'anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, abattu lors d'une intervention policière dans un parc de Montréal-Nord.
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http://www.cyberpresse.ca/place-publique/editorialistes/ariane-krol/2010...
Publié le 09 août 2010 à 07h12 | Mis à jour à 07h16
Un rapport qui interpelle
Ariane Krol
La Presse
Commander une recherche pour voir dans quelle mesure les minorités visibles sont davantage ciblées par les policiers était une excellente idée de la part du SPVM. Abandonner cette piste aussi rapidement, par contre, est une très mauvaise décision. On s'attend à ce que la police fasse preuve d'un peu plus de persévérance dans son investigation.
Les Noirs représentent seulement 7% de la population montréalaise. Mais ils sont interpellés plus souvent qu'à leur tour, montre un rapport obtenu par notre collègue Catherine Handfield. En 2006-2007, 30% des contrôles les visaient, ce qui représente quatre fois leur poids démographique.
Les Noirs sont encore plus souvent contrôlés dans des quartiers comme Montréal-Nord et Saint-Michel, a constaté le chercheur, un criminologue qui travaille pour le Service de police de la Ville de Montréal. Il a épluché les fiches que les patrouilleurs ont remplies sur plus de 163 000 personnes durant cette période.
Des constats qui sèment le doute sur le discours officiel. Comment le SPVM a-t-il pu affirmer, devant la Commission des droits de la personne, ne pas avoir de problème systémique de profilage racial, alors qu'il avait ce rapport entre les mains depuis un an?
L'étude comporte des failles méthodologiques importantes, nous a répondu celui qui l'a commandée. Une infime partie des interpellations sont consignées sur des fiches. Et celles-ci ne constituent pas un échantillon valable, car la décision d'en rédiger une est laissée au jugement du patrouilleur, explique le chef du service du développement stratégique du SPVM, Jean-François Pelletier. Et la population d'un arrondissement, pour toutes sortes de raisons, ne peut pas servir de base au calcul.
L'étude signale quand même des phénomènes préoccupants. Dont cette analyse de 200 cas, autant de Noirs que de Blancs, choisis au hasard. Près des deux tiers des Blancs ont été contrôlés pour des motifs qu'on pourrait qualifier de raisonnables (délit, infraction, réponse à un appel). À l'inverse, près des deux tiers des Noirs ont été abordés pour des motifs vagues, note le chercheur.
Le rapport a beau être qualifié de «brouillon», il soulève des questions importantes. Mais le SPVM a décidé de ne pas y donner suite. «Il faut arrêter de se battre sur les chiffres», justifie M. Pelletier. Le service de police prend néanmoins la perception de profilage racial au sérieux et travaille là-dessus, assure-t-il.
Comme c'est commode! En l'absence de données solides, la police a beau jeu de qualifier les doléances de «perceptions». Sauf que le problème reste entier. Les membres de minorités visibles sont-ils interpellés plus souvent, et plus souvent de façon injustifiée? Il faut répondre à cette question.
L'histoire de la science nous enseigne que ce n'est pas parce qu'un phénomène n'est pas détecté qu'il n'existe pas. C'est souvent parce qu'on ne le mesure pas de la bonne façon, ou qu'on n'a pas les instruments adéquats. Si la police de Montréal n'a pas les instruments nécessaires pour permettre à des chercheurs d'évaluer la pertinence de ses interpellations, il est grand temps qu'elle en mette au point.
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http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201008/08/01-43049...
Publié le 09 août 2010 à 05h00 | Mis à jour à 05h00
Délit de faciès
Patrick Lagacé
La Presse
Au début de l'année, dans le cadre d'une enquête sur le profilage racial, The Toronto Star a analysé plus de 1,7 million de fiches, des contact cards, remplies par les patrouilleurs du Toronto Police Service entre 2003 et 2008.
Ces fiches décrivent brièvement l'interaction entre un agent et un citoyen dans le cadre d'une interpellation qui n'a pas nécessairement débouché sur une arrestation. Chaque corps de police en Occident verse ces fiches dans des registres qui servent à des fins d'enquête.
Le Star a gagné de haute lutte l'accès à la version électronique de ce registre. La Cour d'appel de l'Ontario a finalement tranché; la police de Toronto a dû donner accès au quotidien, après avoir supprimé des données nominatives, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.
Qu'a trouvé le Star?
Ce que les preuves anecdotiques suggéraient déjà; les Noirs de Toronto sont surreprésentés dans les interpellations de la police, selon leur poids démographique.
Vous êtes un Torontois noir? Vous avez trois fois plus de chances d'être interpellé par la police qu'un Torontois blanc. Ça s'appelle du profilage racial.
Le profilage, c'est quand un agent de police interpelle un citoyen parce que le citoyen est noir (ou membre d'une autre minorité visible). Délit de faciès, disent les Français. DWB, disent les Américains; «Driving While Black», ou «Conduite en état de négritude»...
Bref, le profilage racial est une plaie qui afflige la plupart des grands corps de police en Occident. La façon de le combattre varie selon les endroits.
À Toronto, confronté aux conclusions du Star, chiffres des contact cards à l'appui, le chef de la police a fait un mea-culpa et promis de s'attaquer avec encore plus de vigueur au problème.
À Montréal?
Eh bien, à Montréal, contrairement à Toronto et à d'autres grandes villes américaines, nous n'avions jamais eu de grande étude quantitative sur la question du profilage racial tel qu'exercé par le SPVM.
Jusqu'à ce que Catherine Handfield, de La Presse, mette la main sur une étude interne du SPVM, faite en mars 2009. Une étude explosive, dont les conclusions lapidaires se basent sur l'équivalent montréalais des contact cards de Toronto; les «fiches d'interpellation» du SPVM.
Mathieu Charest, détenteur d'un doctorat en criminologie, a analysé plus de 163 000 fiches d'interpellation remplies par les agents du SPVM entre 2001 et 2007.
Son constat; la police de Montréal appréhende presque autant de Noirs que de Blancs, mensuellement. Sauf que les Noirs ne composant que 14% de la population, ils sont donc interpellés de façon disproportionnée.
«En 2006-2007, les Noirs sont surinterpellés par un facteur de 4 (30% des interpellations, 7% de la population», écrit notamment Mathieu Charest.
Pour Montréal-Nord, quartier chaud entre tous, le rapport d'interpellation des Noirs est sept fois plus élevé que celui des Blancs, poursuit le chercheur. «Autrement dit, selon le criminologue Charest, dans une salle contenant 100 jeunes Noirs et 100 Blancs de Montréal, 38 Noirs auraient été interpellés contre seulement 6 Blancs.»
L'étude du SPVM recoupe celle du Star sur la police de Toronto; la plupart des Noirs interpellés n'avaient commis aucun acte criminel dans les cinq dernières années et très peu d'interpellations ont débouché sur une accusation criminelle.
Le SPVM, je le souligne, a fait preuve de courage en demandant à un de ses analystes de fouiller dans les 163 000 fiches d'interpellation pour faire un état des lieux du profilage racial, dans la foulée des troubles de l'été 2008.
On a même demandé à Mathieu Charest, si j'ai bien compris, de «défier» le SPVM dans le libellé de son rapport. Ce qui explique le ton parfois très dur du criminologue.
Sauf qu'à entendre les explications officielles données par le SPVM, hier, je me dis que le courage institutionnel s'est volatilisé quand Mathieu Charest, en mars 2009, a finalement remis son rapport.
Jean-François Pelletier, directeur adjoint au SPVM, responsable du service du développement stratégique, a tout fait pour diminuer la valeur des conclusions du rapport.
Les fiches d'interpellation, m'a-t-il dit, ne sont pas fiables, parce qu'elles ne sont pas remplies de façon systématique. «Et parce qu'on fait des comparaisons avec les populations résidantes.»
Jusqu'ici, je trouvais que l'inspecteur chef Pelletier jouait à merveille son rôle de haut placé de l'état-major du SPVM qui doit quand même ménager l'image de la police en toute circonstance. Surtout en pleine campagne à la succession du chef sortant, Yvan Delorme!
Puis, Jean-François Pelletier m'a dit quelque chose d'absolument consternant au point de vue scientifique. Il m'a dit «ne pas vouloir faire un débat de chiffres». Il m'a dit qu'une façon fiable de faire une véritable étude sur le profilage racial serait d'observer des agents sur le terrain, en pleine action. Par exemple aux abords d'une station de métro. Pendant des mois. Il m'a aussi dit que son service n'a évidemment pas les moyens de financer une étude si exhaustive.
Qu'importe si ailleurs - Californie, Toronto, New York, New Jersey, entre autres -, c'est avec ces satanés chiffres qu'on analyse le recours au profilage racial...
Question à l'inspecteur chef Pelletier; «Donc, ce que vous me dites, c'est qu'au point de vue scientifique, l'analyse de 163 000 fiches d'interprétation a moins de valeur que d'observer le travail de policiers avec des citoyens, près d'une station de métro?»
Réponse; «Oui.»
Ben coudonc.
















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