Profession: doc de la rue. Il prône des pratiques de consommation plus sécuritaires visant la réduction des méfaits.
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Profession: doc de la rue
Publié le 21 Mai 2010
Dr Jean-François Boivin étudie les habitudes de consommation de drogues dans la population depuis plus de 15 ans. Ultimement, il pourchasse l’interruption, sinon la diminution de la consommation. Mais, dans ses jours plus réalistes, il prône des pratiques de consommation plus sécuritaires visant la réduction des méfaits.
Sujets :
Université de Sherbrooke , Département des sciences , Service de toxicomanie , Campus de Longueuil , Montréal , Mission Old Brewery
« En épidémiologie, on observe les comportements pour comprendre », expliquait, en début de rencontre, le médecin qui a fait un saut en épidémiologie après ses études. « On s’intéresse surtout aux habitudes de consommation des jeunes de la rue », ajoutait-il ensuite, en faisant référence au groupe de chercheurs dont il fait partie. Dirigée principalement par sa collègue, le Dr Élise Roy, l’équipe de recherche a mené de front plusieurs enquêtes dans le monde de la toxicomanie, à commencer par le milieu de l’itinérance.
En tant que médecin de santé publique, Dr Élise Roy enseigne au Département des sciences de la santé communautaire de la Faculté de médecine à l’Université de Sherbrooke, campus de Longueuil, où elle dirige le Service de toxicomanie. Elle est d’ailleurs titulaire de la nouvelle chaire en toxicomanie, créée en septembre dernier. « L’Université de Sherbrooke met toutes les ressources en place et notre programme de recherche aborde dans ce contexte-là », précisait Dr Boivin.
La rue, à ciel ouvert
« L’hépatite, la violence, la prostitution, la consommation de drogues, les pratiques sexuelles, on a commencé à s’intéresser aux habitudes de vie des jeunes de la rue. Mais, on s’est vite rendu compte qu’on savait bien peu de choses à leur sujet », d’admettre ce dernier, depuis son petit bureau de l’Hôpital général juif de Montréal.
Or, depuis le début des années 1990, les études entreprises par l’équipe du Dr Boivin se multiplient. En infiltrant le milieu, ils se sont penchés sur les facteurs de risques liés aux réseaux sociaux des utilisateurs de drogues injectables qui ont contracté des infections virales par le sang par l’entremise de seringues ayant déjà été utilisées, sur la caractérisation des réseaux de drogues injectables des utilisateurs de cocaïne et d’héroïne à Montréal, sur les facteurs de risques liés à l’initiation des drogues injectables parmi les jeunes de la rue, sur les tendances des comportements des jeunes de la rue liés à l’utilisation des drogues injectables au cours des dix dernières années, entre autres. Des études qui reposent toutes sur un échantillonnage qui s’étend sur la métropole. « On a réalisé que les jeunes de la rue expérimentaient beaucoup. Alors que seulement le tiers s’injecte des drogues de façon régulière, on a aussi découvert que beaucoup ne faisaient qu’expérimenter pendant quelques mois. C’est un résultat plutôt optimiste », s’est « enthousiasmé » le Dr Boivin.
Comme ils s’aperçoivent que certains peuvent s’en sortir, son équipe et lui s’intéressent aussi à l’aspect santé publique. « On essaie de voir lesquels sont plus vulnérables pour mettre sur pied des programmes de santé publique afin de les aider. » Mais tout n’étant pas toujours rose, l’équipe est aussi souvent confrontée à des situations où une bonne proportion de toxicomanes de la rue n’arrêtera peut-être jamais de consommer. Dans de tels cas, il faut « réduire les méfaits », pour reprendre les termes du médecin épidémiologiste. « On essaie ainsi de s’assurer que s’ils persistent à consommer, les toxicomanes le fassent de façon sécuritaire. On les sensibilise donc à l’usage de seringues propres, à l’eau de rinçage, au port du condom, etc. »
Les chercheurs en toxicomanie doivent rester à l’affût des pratiques courantes de consommation. « Il faut connaître et suivre les tendances sur les drogues et les façons de les consommer. Comme l’injection cause les pires dommages, vaut mieux sniffer ou fumer des substances que se les injecter. Par exemple, l’arrivée du crack dans la rue a sans doute contribué à réduire le nombre d’injections. » Alors, si l’on réussit à limiter les dégâts avec un travail de sensibilisation, ce sera toujours bien ça de gagné… « On fait donc des hypothèses sur ce que font les jeunes dans la rue et ensuite on va vérifier. » Et comme ils ne sont pas perçus comme un moyen de répression, les chercheurs qui s’immiscent dans le milieu n’ont pas de difficulté à aller chercher des jeunes ouverts à partager leur expérience de toxicomanie.
Non seulement ils travaillent de concert avec des intervenants sociaux provenant d’une vingtaine d’organismes montréalais (le Refuge des jeunes, Chez Pops, Cactus, Mission Old Brewery, etc.), mais également en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux.
La lumière au bout du tunnel
Le Dr Boivin a voulu terminer l’entretien sur une note positive… « Il y a dix ans, une enquête révélait que les jeunes de la rue mourraient dix fois plus que les autres. Or, une étude compilée ces dernières années soulève que de nos jours, ils meurent « seulement » trois à quatre fois plus que les autres. »
Rien ne peut affirmer le pourquoi du comment de manière officielle. Mais, on est porté à croire qu’avec les années, la sensibilisation s’est étendue, les services se sont multipliés et on a su mieux adapter les ressources à la clientèle. « C’est une bonne nouvelle dans un contexte où on connait beaucoup de coupures dans les services », a avancé ce dernier.
Valerie R. Carbonneau
















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