Les banques alimentaires au bord du gouffre

il y a un mythe selon lequel les banques alimentaires ne font que distribuer les denrées fournies par Moisson Montréal.

Les banques alimentaires au bord du gouffre

Les banques alimentaires vivent une situation de crise depuis un an. Le
gouvernement Legault a entendu notre appel à l’aide et a injecté 18 millions
de dollars qui doivent dépanner le réseau jusqu’à la fin de mars 2024.

Publié le 1er févrierPartager
Tasha Lackman
TASHA LACKMAN
DIRECTRICE GÉNÉRALE DU DÉPÔT CENTRE COMMUNAUTAIRE D’ALIMENTATION À
NOTRE-DAME-DE-GRÂCE
Stéphanie Taillon
STÉPHANIE TAILLON
DIRECTRICE GÉNÉRALE DE PARTAGEONS L’ESPOIR, À POINTE-SAINT-CHARLES, ET 7
AUTRES SIGNATAIRES*
La totalité de cette somme a été distribuée à Banque alimentaire Québec qui
regroupe 32 organismes à travers le Québec qui, à leur tour, approvisionnent
en denrées alimentaires 1300 banques alimentaires.

Un peu d’espoir donc, mais pour plusieurs raisons, ce n’est malheureusement
pas suffisant.

En tant que directrices d’organismes communautaires, nous sommes face à une
crise qui doit être surmontée avec des solutions pérennes. En nous basant
sur de multiples échanges avec nos partenaires, nous affirmons qu’il s’agit
d’une réalité partagée.

Premièrement, le nombre de familles qui cognent à nos portes explose, ce qui
nous force à prendre des décisions déchirantes.

Les causes sont multiples : l’inflation, l’interruption des mesures d’aide
liées à la pandémie et l’arrivée de dizaines de milliers de migrants.
Plusieurs organismes ont vu la demande plus que doubler depuis mars dernier.

Pour la première fois de leur histoire, des organismes comme Jeunesse au
soleil, Ressource Action-Alimentation de Parc-Extension et Le Dépôt ont mis
en place des listes d’attente pour leurs banques alimentaires. Partageons l’Espoir,
pour sa part, s’est résigné à faire payer une contribution supplémentaire
aux usagers pour le lait et les œufs.

Deuxièmement, il y a un mythe selon lequel les banques alimentaires ne font
que distribuer les denrées fournies par Moisson Montréal. Rien n’est plus
faux ! Ce sont des équipes rémunérées qui assurent des opérations complexes
nécessaires pour servir dans la dignité de plus en plus d’usagers. Faute d’obtenir
suffisamment d’aliments de Moisson Montréal, qui a pour mission de
distribuer gratuitement des denrées aux organismes communautaires de
Montréal, les banques alimentaires doivent elles-mêmes s’en procurer, à
leurs frais, ce qui devient de plus en plus difficile étant donné l’insuffisance
du financement.

Troisièmement, il ne faut surtout pas oublier que nos organismes terrain
offrent d’autres programmes de soutien qui vont au-delà du dépannage
alimentaire. Cela va de l’aide aux devoirs pour les jeunes en difficulté,
aux cuisines collectives, aux repas communautaires, jusqu’aux services de
référencement et d’accompagnement.

Changer de mentalité
La détresse est profonde, les besoins sont multiples.

Par exemple, la Maison Mosaik, qui offre de l’aide aux familles avec des
enfants de moins de 5 ans, a commencé à offrir un service de dépannage
alimentaire, car les parents ne pouvaient se concentrer sur le développement
des petits quand leur garde-manger était vide.

Qu’on le veuille ou non, la situation va continuer d’empirer : plus de gens
évincés de leurs logements, plus de réfugiés, plus de violence, plus de
personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale, plus de gens isolés.

Pouvons-nous enfin sortir de cette mentalité d’urgence et de dépannage afin
de trouver de vraies solutions durables ?

Parmi les pistes de solution : assurer un revenu minimum à toutes et à tous.
La faim est un enjeu de revenu et non pas d’accès à la nourriture.
Entre-temps, il faut que le prochain budget du ministre Girard bonifie le
Programme de soutien aux organismes communautaires pour que nous puissions
répondre aux besoins qui sont à la fois plus grands et plus variés de ce que
l’on a connu dans le passé. Des fonds doivent être versés directement aux
banques alimentaires locales qui servent les personnes, et donc connaissent
le mieux leurs besoins.

Quatorze pour cent des Québécois, dont un enfant sur cinq, vivent de l’insécurité
alimentaire. Ne nous fermons pas les yeux sur cette réalité inacceptable qui
afflige une société riche comme la nôtre, alors que nous avons les moyens de
faire mieux.

*Cosignataires : Jean-Sébastien Patrice, Multicaf ; Johanne Saltarelli,
directrice générale, Jeunesse au Soleil ; Benedetta Diamanti, coordinatrice
volet sécurité alimentaire, Mon Resto St-Michel ; Teresa Kaeser et Krystine
Dobbs, co-directrices, Maison Mosaik ; Donald Boisvert, directeur général,
La Corbeille-Bordeaux-Cartierville ; Monique Léger, directrice, Ressource
Action-Alimentation de Parc-Extension

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