La Fondation CERVO lutte contre la stigmatisation des maladies mentales

«Il faut faire comprendre aux gens que la maladie mentale, c’est une maladie comme n’importe quelle autre», croit le Dr Yves De Koninck.

La Fondation CERVO lutte contre la stigmatisation des maladies mentales
Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
14 mai 2022

«Il faut faire comprendre aux gens que la maladie mentale, c’est une maladie
comme n’importe quelle autre», croit le Dr Yves De Koninck.

Photo: iStock «Il faut faire comprendre aux gens que la maladie mentale, c’est
une maladie comme n’importe quelle autre», croit le Dr Yves De Koninck.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

« Il y a plus de 100 ans, on mettait les gens qui souffraient d’épilepsie
dans des hôpitaux psychiatriques parce qu’on ne savait pas ce qu’ils
avaient, illustre le Dr Yves De Koninck, directeur du Centre de recherche
CERVO et professeur titulaire de psychiatrie et neurosciences à l’Université
Laval. Maintenant, ce sont des gens qui ont des vies complètement
normales. »

Au Centre de recherche CERVO, des scientifiques chevronnés comme lui tentent
de lever le voile sur les mystères et les dysfonctionnements du cerveau
humain afin de mieux prévenir, dépister et traiter les problèmes de santé
mentale. Mais un important obstacle continue de se dresser devant l’avancée
de la science dans le domaine : la stigmatisation. Et c’est pour cette
raison que la Fondation investit une grande partie de ses efforts à lutter
contre cette dernière.

Le docteur Yves De Koninck énumère plusieurs effets des tabous et préjugés
concernant la santé mentale. Moins populaire que d’autres domaines, la
recherche en santé mentale va récolter beaucoup moins de dons que des causes
comme la lutte contre le cancer. Elle est aussi tributaire de subventions
gouvernementales périodiques. En raison de la stigmatisation, plusieurs
patients vont attendre que la maladie soit à un stade avancé avant d’aller
consulter, alors que des moyens de prévention pourraient être mis en place
pour réduire les risques, comme pour n’importe quelle autre maladie.

« Le grand défi de la maladie mentale, c’est la stigmatisation, qui passe
par la démystification, croit l’expert. Il faut faire comprendre aux gens
que la maladie mentale, c’est une maladie comme n’importe quelle autre, il y
a des bases médicales, biologiques, rappelle le scientifique. On a tendance
à penser que c’est la faute des gens. Il faut qu’on en parle et qu’on
investisse pour comprendre. »

Des mentalités qui évoluent

Pour sensibiliser, la Fondation CERVO s’implique notamment dans le
développement d’outils consacrés à la santé mentale, comme le Guide
pratique.

https://fondationcervo.com/wp-content/uploads/2020/04/Signes_et_symptome...

Signes et symptômes des maladies du cerveau. Elle est également
partenaire de conférences pour le grand public de la série Tête-à-tête
organisée trois ou quatre fois par année, ou de la série Cervo au boulot,
qui permet d’inculquer les meilleures pratiques dans la gestion des
ressources humaines par les entreprises.

Confinement, stress, dépression, difficultés financières… La pandémie de
COVID-19 a mis en évidence l’importance de la santé mentale, précise M. De
Koninck. « La COVID, c’est aussi une crise de santé mentale, souligne le
chercheur. À travers ça, on a vu à quel point c’est important de voir à la
santé mentale des citoyens et à quel point on est mal équipés. »

À la direction de la Fondation, Maryse Beaulieu voit aussi les perceptions
évoluer rapidement. « Quand je suis arrivée à la Fondation il y a 11 ans, il
y a des gens qui me disaient “tu ne vas pas faire ça !” On l’utilise dans
nos expressions : “tu es malade mental, tu es fou”, se désole-t-elle. Mais
ce sont des maladies qui sont liées à un organe, le cerveau. Au départ, il n’y
avait pas d’entreprise qui voulait en parler, mais on est rendus avec des
témoignages de gens d’affaires qui ont des amis qui se sont suicidés »,
dit-elle, en observant le bris de certains tabous.

Pour diminuer l’impact de ces maladies sur le système de santé, il faut que
les gens connaissent les symptômes associés et aillent consulter à temps,
plaide Mme Beaulieu. « Par exemple, si un enfant est dépisté pour sa
vulnérabilité à développer des troubles anxieux ou la bipolarité, il est
possible de réduire les facteurs de risque afin d’éviter qu’il ne développe
ces problèmes pendant sa vie. Si on avait un autre problème physique, on en
parlerait à notre médecin… Il faut accepter d’en parler ! »

La culture de l’entraide

« Même derrière l’intelligence artificielle,
https://www.ledevoir.com/intelligence-artificielle-ia?utm_source=recircu...

c’est le cerveau humain qui est au cœur de la technologie », note de son côté François Dion,
président-directeur général de Levio, une compagnie qui accompagne les
entreprises dans leur évolution avec la technologie.

Pendant la pandémie, l’équipe de François Dion a collaboré avec la Fondation
CERVO pour sensibiliser et collecter des fonds auprès de ses partenaires.
Les entreprises faisant des dons à la Fondation avaient ainsi accès à des
ateliers de sensibilisation pour leurs employés, et une trousse de santé
mentale développée pour les entreprises.

« Quand on implante une culture d’entraide, on utilise la philanthropie
comme levier [pour faire changer les choses] », affirme M. Dion avec
conviction. Il spécifie qu’environ 2000 personnes ont pu bénéficier de cette
trousse, et que l’effort a permis d’amasser plus de 600 000 $, remis à la
Fondation. « Il faut des efforts collectifs, dit-il. Il faut du monde qui
collabore. »

QUELQUES STATISTIQUES POUR CHANGER LES PERCEPTIONS
• La dépression était la première cause d’invalidité dans le monde en 2020,
selon l’OMS.

• Une personne sur quatre sera affectée par une maladie mentale, du cerveau
ou neurologique durant sa vie.

• 50 % des maladies mentales et du cerveau se déclarent avant l’âge de 14
ans.

• Près d’une personne sur deux estime avoir déjà été atteinte de dépression
ou d’anxiété sans jamais consulter un médecin à ce sujet

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