“Weeds”: Envoyer valser la morale - Soigner le style - Savoir s’entourer - Persister et signer

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Une dernière taffe de “Weeds”

Télévision | Nancy Botwin (incarnée par Mary-Louise Parker), la dealeuse en guêpière de “Weeds”, se range des affaires. Les raisons d'un succès.

Le 22/03/2014 à 00h00
Isabelle Poitte

Huit saisons passées à défier la loi, quel­ques tonnes de marijuana écoulées, des hectolitres de café frappé avalés (à la paille) : l'heure du ­bilan a sonné pour Nancy Botwin, l'héroïne de Weeds, qui termine sa course folle sur Canal+ Séries. Imaginée par la futée Jenji Kohan, la mère de famille des quartiers chics reconvertie en dealeuse de cannabis a ouvert la voie à une flopée d'héroïnes (de Nurse Jackie à The Big C…) fâchées avec la morale, ­volontiers revêches, et surtout furieusement libres… Un héritage décoiffant qui tient en quatre (bons) conseils.

Envoyer valser la morale

Lorsqu'elle a créé Weeds, Jenji Kohan avait une obsession : s'attaquer à un tabou culturel (la drogue) pour explorer la « zone grise » entre le bien et le mal. Le business de l'herbe agit sur Nancy comme un révélateur : nerfs d'acier, goût du risque, autorité… L'ex-bourgeoise rangée est faite pour cette vie en marge. Mais n'est pas pour ­autant sans foi ni loi. Elle obéit à son propre code de conduite et n'échappe ni aux dilemmes, ni à la culpabilité. On devrait la détester ? Impossible quand la jolie quadra prend ses airs de gamine fragile dépassée par ses pro­pres frasques.

Soigner le style

Elle fait craquer un flic du département antidrogue, un parrain mexicain, un rabbin veuf… Personne ne résiste au charme et au culot de Nancy, incarnée par la piquante Mary-Louise Parker. Minirobes de créateurs, crinière brune au vent, sourire ravageur : avec elle, l'expression « sexy mais pas vulgaire » prend tout son sens. Quelque part entre l'ado libérée et la mante religieuse, la belle charme, s'attache mais reprend vite sa liberté. La séductrice cache une veuve jamais vraiment ­remise de la mort brutale de son mari. Fonceuse mais pas sans failles.

Savoir s’entourer

Un comptable dépravé pour blanchir l'argent de la drogue, un beau-frère immature pour assumer l'intendance et veiller sur ses fils délaissés… En bon chef de clan, Nancy cultive l'art de bien s'entourer. Elle seule pouvait imaginer que cette douteuse association de sociopathes, de doux dingues, d'accros au sexe et à la fumette puisse mener des affaires florissantes.

Persister et signer

Si l'on considère, selon un principe généralement admis, qu'une bonne série est une série qui fait évoluer ses personnages, Weeds relève du ratage total… ou du coup de génie. En affirmant que les « gens ne changent pas », Jenji Kohan entraîne son héroïne égoïste dans une démarche jusqu'au-boutiste, et en tire toute la singularité de sa série. Nulle rédemption dans le parcours de Nancy, qui souffre pourtant des conséquences désastreuses de ses actes sur ses enfants. Ambivalente à l'image de son héroïne, la farce corrosive truffée de gags salaces aura aussi été une série grave et sensible.

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