L’Ordre sévit contre 20 pharmaciens
Le recours à un prête-nom n’est pas illégal... Les ristournes de fabricants sont aussi permises...
Le pharmacien s’engageait notamment à acheter 90 % de ses produits auprès de McKesson en échange d’un versement mensuel.
Hugo Duchaine | Journal de Montréal| Publié le 12 mai 2021 à 05:17
Quatre ans après la chute du « roi de la pharmacie », ses ex-associés se voient à leur tour mis à l’amende par leur ordre professionnel.
Depuis 2019, une vingtaine d’ex-associés--- de Jonathan-Yan Perreault ont été sanctionnés par le Conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), recevant des amendes allant jusqu’à 50 000 $ pour avoir accepté des ristournes illégales de fabricants de médicaments.
Des pharmaciens ont perçu jusqu’à 200 000 $ du grossiste McKesson, de 2013 à 2015, selon une entente confidentielle entre Uniprix et le fabricant.
Le pharmacien s’engageait notamment à acheter 90 % de ses produits auprès de McKesson en échange d’un versement mensuel. Des ententes similaires impliquaient aussi les entreprises Apotex et Actavis.
Modus operandi
Les pharmaciens sanctionnés sont tous d’ex-associés du « roi de la pharmacie » déchu, Jonathan-Yan Perreault, qui a vu tout son empire s’écrouler.
Les jugements rendus mettent en lumière le modus operandi d’Uniprix et de Perreault.
Ces ex-associés étaient souvent de jeunes pharmaciens cherchant à devenir propriétaires pour la première fois, mais sans les fonds nécessaires.
Uniprix leur proposait alors de s’allier à Perreault--- et de signer l’entente avec McKesson---. Les deux étaient conditionnels à ce qu’ils puissent devenir propriétaires. Plusieurs devaient signer une convention de prête-nom, car Perreault voulait cacher ses parts.
Les pharmaciens ont raconté au Conseil de discipline s’être fiés « aveuglément » à Uniprix et à Perreault, ne consultant pas d’avocat par exemple, faisant ainsi preuve « d’une grande naïveté ».
Confiance mise à mal
Plusieurs ont exprimé avoir vécu des difficultés financières dans cette débâcle, contractant des dettes. D’autres ont évoqué un stress énorme.
C’est la protection du public et la confiance envers le pharmacien qui ont été mises à mal dans ce dossier, dit la directrice générale de l’OPQ, Manon Lambert.
Si le recours à un prête-nom n’est pas illégal, l’Ordre doit savoir qui est propriétaire d’une pharmacie pour inspecter le professionnel ou permettre des recours aux clients lésés, par exemple.
Les ristournes de fabricants sont aussi permises, mais elles doivent se limiter à 15 % et servir à améliorer les services.
« Aiguiser ses dents »
Si les sanctions données aux pharmaciens se veulent dissuasives, l’OPQ demande aussi à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) « d’aiguiser ses dents » avec les pharmaceutiques.
L’an dernier, McKesson Canada a versé 21,5 millions $ à la RAMQ dans une entente confidentielle, mais sans admission de responsabilité. C’est la deuxième fois qu’une telle entente survient entre le fabricant et la Régie.
Mais la RAMQ reste muette concernant Apotex et Actavis.
« Si on agit sur un côté, mais pas sur l’autre, ce sera extrêmement difficile », dit Mme Lambert, soulignant que l’Ordre peut seulement sévir sur ses membres.
En 2017, McKesson Canada a fait l’acquisition d’Uniprix. Le porte-parole Andrew Forgione dit que le fabricant travaille à ce que ses pratiques « rigoureuses » soient reflétées dans la bannière.
LA CHUTE DE JONATHAN-YAN PERREAULT
En 2016, Le Journal révélait que Perreault possédait, à 36 ans, une quarantaine de pharmacies, partout au Québec---, mais plusieurs avec des prête-noms. Il était appuyé par la haute direction d’Uniprix et par McKesson.
Une enquête de son ordre professionnel a mené à sa chute, soulevant des pratiques douteuses : réclamations illégales à la RAMQ, vente de médicaments périmés, avantages interdits reçus des pharmaceutiques, fausses ordonnances verbales, en plus d’avoir consommé des substances psychotropes au travail ; il a fait face à 60 chefs d’infraction au code de déontologie.
Il a été radié en 2017 pour 36 ans et condamné à une amende de 142 000 $. Il a renoncé à ses parts dans 40 pharmacies.
Il a aussi été arrêté deux fois pour conduite avec facultés affaiblies.
Des extraits des jugements
« [La pharmacienne] consulte l’avocate recommandée par l’un des dirigeants d’Uniprix afin de valider la légalité de l’utilisation d’un prête-nom [...] ignorant alors que l’avocate consultée est la fille d’un autre dirigeant d’Uniprix »
– Extrait du jugement contre Julie Binette
« Il croit, alors, que [Perreault] est un mentor dans le milieu de la pharmacie. Il lui fait confiance et s’y fie entièrement. »
– Extrait du jugement contre Alexandre Ung
« Uniprix insiste auprès d’elle pour que son projet se réalise non pas avec l’associée qu’elle avait trouvée, mais avec M. Perreault. »
– Extrait du jugement contre Geneviève Deschênes
« Elle dit s’être fiée aux informations qui lui ont été fournies par un représentant d’Uniprix. Elle mentionne avoir eu une vision idéaliste d’Uniprix qu’elle croyait être là pour l’aider. »
– Extrait du jugement contre Isabelle Dupont
« [Le pharmacien] admet avoir été naïf tant à l’égard de Perreault qu’à l’égard du Groupe Uniprix. »
– Extrait du jugement contre François-Xavier Maher
LES PHARMACIENS SANCTIONNÉS
Pascal Gaudreau, Lévis
50 000 $ d’amende
Martin Graham, Québec
50 000 $ d’amende
Marc-Antoine Fortin, Mont-Saint-Hilaire et Belœil
42 000 $ d’amende
Marc-Étienne Cloutier, Mont-Saint-Hilaire et Belœil
42 000 $ d’amende
François-Xavier Maher, Montréal
31 000 $ d’amende
Philippe Drouin, Québec
27 000 $ d’amende
Lyne Valiquette, Sherbrooke, Montréal et Mont-Tremblant
26 000 $ d’amende
Jacques Déchêne, Québec
25 000 $ d’amende
Daniel Lachance, Montmagny
25 000 $ d’amende
Julie Binette, Valcourt
22 000 $ d’amende
Alexandre Ung, Québec
19 500 $ d’amende
Nicolas B. De La Bruère, Québec
19 500 $ d’amende
Sam Ath Lok, Châteauguay
18 000 $ d’amende
Jonathan Benoit, Châteauguay
18 000 $ d’amende
Mélanie Pelletier, Charlemagne
13 500 $ d’amende
Nathalie Marchessault, Sherbrooke
12 500 $ d’amende
Nathalie Mallette, Victoriaville
12 000 $ d’amende
Geneviève Deschênes, Terrebonne
7 500 $ d’amende
Étienne Beaulieu, Candiac
5000 $ d’amende
André Gosselin, Longueuil
En attente d’une sanction
















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