Canada: La ville qui aime l’amiante

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Canada La ville qui aime l’amiante

Asbestos a vécu jusque dans les années 80 de sa mine à ciel ouvert, aujourd’hui tarie. L’extraction de «l’or blanc» devrait reprendre, en souterrain. Avec le soutien de la population locale.

Par ANABELLE NICOUD Envoyée spéciale à Asbestos (Québec)

Le trou bée, au milieu de la ville. Au fil du temps, le cratère de la mine Jeffrey, toujours plus large, toujours plus vorace, a englouti des maisons, des rues, des commerces, des églises. Mais les 7 000 habitants d’Asbestos, au sud de la province du Québec, ne lui en tiennent pas rigueur. Au contraire. Depuis cent trente ans, l’extraction de l’amiante chrysotile - l’amiante blanc - a donné à cette bourgade sa raison d’être, son orgueil, et son nom : asbestos signifie amiante en anglais. Indestructible en grec, comme ce métal fibreux, si résistant au feu. Et comme la foi dont il est l’objet dans cette petite ville canadienne.

A pleins poumons dans les moulins de la mine

On est loin, ici, des accusations qui résonnent depuis deux ans à Turin, théâtre du plus grand procès intenté par les familles de milliers de victimes de l’amiante, et où le parquet a requis, en juillet, vingt ans de prison contre deux responsables du groupe Eternit, autrefois grand producteur du minéral. Fidèle Marcoux, lui, a passé sa vie dans ce minerai qu’on appelait il y a quelques décennies, avant qu’on ne découvre son caractère cancérigène, l’«or blanc» tant il s’en vendait. Enfant, il jouait avec la poussière d’amiante qui recouvrait alors les pelouses, chemins et toits d’Asbestos. Adulte, il l’a respiré à pleins poumons dans les moulins de la mine où il a travaillé un quart de siècle. Depuis quinze ans, il souffre d’asbestose, une maladie pulmonaire typique des travailleurs de l’amiante. Mais à 84 ans passés, il continue de chérir le «minerai magique» de sa ville natale. «J’en ai pas peur, ça, c’est sûr», dit-il. Sa maison en est recouverte, tout comme son chauffe-eau ou les murs de sa cave. Il est convaincu : la fibre chrysotile a un avenir.

A deux heures de route de Montréal, la mine Jeffrey est la plus grande mine d’amiante à ciel ouvert au monde. Dans les années 70, Asbestos produisait 200 000 tonnes du minerai, à destination notamment de l’Europe et des Etats-Unis. Mais à partir des années 80, l’extraction a ralenti et, aujourd’hui, l’exploitation ne fonctionne que quelques mois par an. En 2011, Asbestos enverra à peine 25 000 tonnes d’amiante vers la Chine et l’Inde. Une chute vertigineuse. C’est que la mine à ciel ouvert s’épuise. Pour répondre à la demande des pays émergents, il faudrait creuser plus profond. Aller chercher le minéral dans cette mine souterraine dont l’aménagement, débuté en 1996, n’a jamais été achevé faute d’argent. Et voilà qu’elle pourrait entrer en service l’an prochain.

Au printemps, le gouvernement de la province a annoncé une garantie de prêt de 58 millions de dollars (42,5 millions d’euros), histoire d’attirer des investisseurs susceptibles de permettre l’ouverture de la mine souterraine : la société québécoise Balcorp, spécialisée dans l’exportation de ce minerai, a déjà répondu présente. Et cet été, le gouvernement fédéral canadien a donné un nouveau gage de son soutien à cette industrie : il s’est opposé une nouvelle fois à l’inscription de l’amiante chrysotile sur la liste des produits dangereux de la convention de Rotterdam, réunie le 24 juin à Genève. Baptiste fervent, Fidèle Marcoux a souvent prié pour la mine. Depuis ces deux victoires, il a collé sur son pick-up noir une nouvelle vignette : «Merci Seigneur pour Asbestos».

La promesse de 2 000 emplois

La «résurrection» de la mine souterraine est considérée par les Asbestriens comme la meilleure nouvelle de la dernière décennie, avec la promesse de créer 500 emplois directs, et de 1 500 emplois indirects. De quoi endiguer la paupérisation de cette petite ville mono-industrielle. «Il y a beaucoup d’espoirs. Même les jeunes attendent de voir si la mine va rouvrir et redonner vie à la ville avant de se décider à acheter une maison dans le coin», souligne une journaliste locale. Les cas de mésothéliome (un cancer rare de la plèvre fréquemment lié à l’amiante) sont pourtant sept fois plus nombreux dans la région d’Asbestos et de Thetford Mines (où se trouve l’autre mine encore en activité) que dans le reste du Québec. Et l’écrasante majorité des décès professionnels dans la province est liée à l’amiante.

Mais ces chiffres n’ébranlent pas la fidélité des Asbestriens à «leur» mine. Ils se sont battus pour elle. En 1949, à l’issue d’une grève crève-cœur, violemment réprimée par le gouvernement provincial, les mineurs ont obtenu des conditions de travail longtemps considérées comme modèles. Au point que, pour tout le Québec, les travailleurs d’Asbestos et ceux de l’amiante en général sont les symboles de la lutte pour les droits syndicaux. Et puis, en 1992, nouveau combat exemplaire. Pour éviter la fermeture de l’exploitation, les 700 travailleurs s’associent à Bernard Coulombe, alors membre du conseil d’administration de la mine Jeffrey, aujourd’hui directeur de l’entreprise, pour la racheter. Elle devient leur mine.

«On vivait dans l’abondance. Les mineurs gagnaient alors très bien leur vie. Jusqu’à ce qu’on déblatère sur la nocivité de l’amiante», se souvient Pierrette Théroux, présidente de la société d’histoire d’Asbestos. Aujourd’hui, les employés, âgés en moyenne d’une cinquantaine d’années, survivent tant bien que mal. Leur fonds de pension a fondu comme neige au soleil et ils vivotent entre les mois d’ouverture de la mine. «Beaucoup d’entre nous n’ont même plus le chômage pour joindre les deux bouts», dit Normand Saint-Hilaire, président de la coopérative des travailleurs de la mine Jeffrey.

Mais pas question de tourner la page, renchérit Pierrette Théroux. «Faire son deuil de l’amiante ? Il faut vraiment venir de l’extérieur pour poser des questions comme ça. Les gens d’ici ne voient pas les choses comme ça, dit-elle, irritée. Les gens d’ici ne sont pas morts. Ils ne comprennent pas pourquoi on est si méchants contre l’amiante alors qu’il y a tant de produits dangereux.» Travailler à la mine, «c’est une fierté, ajoute Normand Saint-Hilaire. On est une équipe tissée serrée. On veut donner la chance à nos enfants de travailler ici». Elu municipal, employé de la mine et président du mouvement pro-chrysotile, Serge Boislard ne voit aucune raison de s’opposer à la mine souterraine. «L’amiante chrysotile est la seule planche de salut de la ville. Et la plus populaire. Quand on parle d’acceptabilité sociale, on ne peut pas faire mieux comme projet.» Les espoirs d’Asbestos n’ont encore jamais été contredits par Québec ou Ottawa. Sur la scène provinciale comme sur la scène fédérale, rares sont les politiques qui osent s’élever contre l’amiante : le Canada a longtemps été le plus grand producteur de ce minéral au monde, et son industrie n’a jamais été inquiétée par des poursuites judiciaires. Lors de la récente campagne électorale fédérale, le Premier ministre conservateur, Stephen Harper, s’est présenté comme le plus grand défenseur de l’amiante. Et son parti a remporté la majorité des sièges au Parlement.

Désamiantage en douce

Le Canada est le dernier pays occidental à exporter de l’or blanc, et il n’entend pas renoncer à ce commerce, aujourd’hui entièrement tourné vers les pays en voie de développement. «Le gouvernement du Québec est convaincu que cette fibre peut être utilisée de façon sûre. Les pays qui l’ont interdit sont les pays qui n’en produisent pas, comme la France. L’amiante a mauvaise presse, mais ce n’est pas le cas partout dans le monde», soutient Bernard Coulombe. «C’est facile, pour nous qui avons terminé nos infrastructures, de critiquer ces pays émergents. Mais le débat, chez eux, porte sur les besoins en égouts, en adduction d’eau, en maisons, toutes choses qui ont besoin d’isolants. Et pas sur les problèmes sanitaires qui pourraient surgir dans vingt, trente ou quarante ans», ose Guy Versailles, le porte-parole de Balcorp.

«Il y a un manque de courage politique. C’est une trahison de nos leaders. Notre attitude est déshonorante. Il n’y a aucun autre mot pour qualifier ça», s’indigne l’un des chefs de file de l’opposition à l’amiante, le Dr Fernand Turcotte, professeur émérite de médecine de l’université Laval (à Québec). Le milieu médical a beau faire front commun avec les écologistes, le message peine à passer auprès des décideurs politiques. En douce, le Canada a tout de même supprimé l’amiante de la liste des matériels autorisés dans le BTP. Comble de l’hypocrisie, le Parlement d’Ottawa a fait l’objet de travaux de désamiantage.

A la mine Jeffrey, le temps semble suspendu. Dans le bâtiment administratif, les bureaux se succèdent, vides depuis de longues années. Celui de Bernard Coulombe offre une vue panoramique sur le puits, déserté la majeure partie de l’année. Sur ses étagères s’empilent des dépliants publicitaires pour l’amiante à destination de pays qui l’ont interdit depuis, comme la France et le Japon. «Les gens d’Asbestos sont avec moi. Ils espèrent. Ils veulent du travail. Certains disent qu’ils prient pour moi», dit-il. Son fils a longtemps partagé sa passion pour la mine. Il s’est suicidé en janvier. «Je ne l’aurais pas fait travailler ici pendant quinze ans si je pensais que c’était nocif.» Bernard Coulombe se battra jusqu’au bout pour que la mine souterraine ouvre. «Il est possible que je perde la partie, dit-il. Mais pas par abandon.»

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La députée Leitch interpellée par des médecins et organismes sur l'amiante
Publié par La Presse Canadienne le jeudi 18 août 2011 à 20h40.

MONTRÉAL - Dans une lettre ouverte adressée à la députée conservatrice et médecin de profession, Kellie Leitch, 250 médecins et groupes de santé réclament que le Canada s'oppose à l'industrie de l'amiante.

Selon ces médecins, la conscience professionnelle de la députée élue en mai dernier dans la circonscription fédérale de Simcoe-Grey, en Ontario, devrait l'inciter à influencer le gouvernement de sorte qu'il cesse d'appuyer un produit ayant des propriétés cancérigènes et qui cause la mort de milliers de travailleurs dans des pays en voie de développement.

Le Parti conservateur est le seul parti fédéral canadien à soutenir le secteur de l'amiante.

Selon les signataires de plusieurs pays et d'une vingtaine d'organisations, cette prise de position pourrait aller à contre-courant des intérêts politiques de la députée Kellie Leitch, mais son code d'éthique en tant que médecin l'oblige à défendre la santé des gens avant tout.

La Dre Leitch est chirurgienne orthopédiste en pédiatrie et professeure agrégée de chirurgie. En outre, elle a siégé à différents conseils et comités, dont ceux du YMCA et de Community Living.

Ses activités de défense des intérêts des enfants ont été reconnues par l'Ordre de l'Ontario et, en 2005, elle a été nommée au palmarès des 40 Canadiens de moins de 40 ans les plus en vue pour son travail en médecine et dans le monde des affaires.

Au bureau de la députée Leitch, le personnel a fait savoir qu'elle n'était pas disponible pour commenter cette requête et a relayé le dossier au ministère des Ressources naturelles.

Les conservateurs, avec le premier ministre Stephen Harper en tête, ont toujours soutenu à voix haute l'industrie canadienne de l'amiante qui exporte la majeure partie de sa production dans des pays défavorisés.

Les conservateurs ont longtemps allégué que la chrysotile est un produit sans danger s'il est manipulé comme il se doit.

Mais les signataires, incluant des physiciens de prestigieuses universités américaines dont celles d'Harvard et Columbia, rétorquent que les pays qui utilisent l'amiante ne disposent d'aucune norme de sécurité à cet effet.

Selon le Dr Gilles Paradis, professeur à l'Université McGill, cette double mesure n'est tout bonnement pas éthique. «C'est facile pour le gouvernement de se faire du capital politique en se posant comme défenseur des travailleurs canadiens alors que la maladie, la mort, les handicaps des gens qui manipulent l'amiante, c'est loin de nous.»

La lettre ouverte fait aussi état du fait que le fédéral a dépensé des millions de dollars pour retirer l'amiante des édifices publics, incluant celui de la Chambre des communes, pour sauver des vies.

Le document relève également le fait que l'Association médicale canadienne, la Société canadienne du cancer, l'Association canadienne de santé publique et l'Organisation mondiale de la Santé ont déjà réclamé la fin de l'exploitation de l'amiante.

Cette lettre ouverte arrive au moment où le gouvernement québécois doit décider s'il endossera un prêt bancaire permettant de faire revivre la mine Jeffrey d'Asbestos, en Estrie, et qui créerait 400 emplois. La seule autre mine d'amiante toujours en opération au Québec est celle de Thetford Mines dans la région de Chaudière-Appalaches.

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