Le zélote de la prohibition du cannabis

Le zélote de la prohibition du cannabis

Robert Dutrisac
7 décembre 2018Éditorial
Éditoriaux

S’il n’en tenait qu’au ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, l’âge légal pour consommer du cannabis au Québec serait fixé à 25 ans, non pas à 21 ans comme le décrète le projet de loi 2 qu’il a déposé à l’Assemblée nationale. Ce serait dans un esprit de « compromis » qu’il s’est rallié à la position gouvernementale.

Et s’il n’en tenait qu’à lui, la consommation d’alcool serait aussi soumise à cette limite d’âge de 21 ans. Il y a une certaine logique dans cette idée puisque l’alcool est plus néfaste que la marijuana pour la santé et entraîne davantage de problèmes sociaux. Il y aurait lieu d’en débattre, a-t-il avancé, bien qu’il ait reconnu que le moment n’était pas particulièrement bien choisi.

C’est à se demander si nous n’avons pas devant nous un zélote de la prohibition des drogues récréatives. En tout cas, il est en bonne compagnie : au Salon bleu, François Legault a affirmé, sans aucune nuance, que le cannabis est « dangereux ». Il est vrai que le chef caquiste s’était déjà montré favorable à l’abolition des cégeps, qu’il avait qualifiés de « maudite bonne place pour fumer de la drogue ». Évidemment, il était dans l’erreur puisque c’est plutôt au secondaire que les jeunes sont initiés au cannabis, ce que son ministre a implicitement confirmé en tenant sa conférence de presse sur son projet de loi dans une école secondaire.

À l’Assemblée nationale, cet esprit scientifique, éminent neurologue en pédiatrie, a déclaré que la consommation « de façon chronique et répétée » de cannabis faisait rapetisser le cerveau des jeunes et brûlait les neurones. Il n’y a malheureusement pas d’études indubitables qui établissent un lien de causalité entre la consommation de cannabis et les dommages qu’aurait pu observer empiriquement le neurologue dans sa pratique. D’ailleurs, quand on lui demande sur quelles données scientifiques le gouvernement s’appuie pour fixer à 21 ans l’âge de consommer du cannabis, il répond avec candeur : « Nous n’avons aucune preuve scientifique, évidemment. »

Ce que nous savons cependant — et c’est ce que martèlent les directions de santé publique —, c’est que la prohibition, même renforcée par la criminalisation, n’a pas permis d’enrayer la consommation de cannabis chez les jeunes. Ainsi, selon les dernières données disponibles de l’Enquête québécoise sur la santé de la population, 42 % des jeunes de 18 à 24 ans ont consommé du cannabis au moins une fois dans une année. De ce nombre, 11 % en consommaient tous les jours. C’est beaucoup. C’est le portrait de la situation dans un contexte de prohibition.

Si la prohibition totale, quel que soit l’âge de l’usager, est un échec, comment une prohibition partielle pourrait-elle donner des résultats ? C’est une question à laquelle le gouvernement Legault est sûrement incapable de répondre.

Certes, cela peut apparaître contre-intuitif, mais c’est la légalisation, bien encadrée, associée à des campagnes de sensibilisation et à des actions de dépistage, qui a le plus de chances de réduire la consommation de cannabis chez les jeunes, surtout la consommation abusive. Or le gouvernement Legault, faisant fi des avis des directions de la santé publique, ne se gêne pas pour exploiter l’inquiétude des parents et certains préjugés que le premier ministre, lui-même, semble partager.

Lionel Carmant a déclaré qu’avec son projet de loi, il voulait envoyer « un message fort » que le cannabis n’est pas un produit banal. Ce qu’il envoie, c’est un message fort au crime organisé qu’un marché comptant quelques centaines de milliers de jeunes lui est encore assuré et à ces jeunes, qu’ils doivent continuer à s’approvisionner illégalement. Et que c’est ça, la normalité, c’est ça, la banalité.

24 commentaires

Reprise de « Reefer Madness » (1936)*
https://www.youtube.com/watch?v=esfKfTBGadg

Le cerveau diminue de volume au fur et à mesure que l'on fume du cannabis, selon ce que le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant a affirmé en Chambre…

Et selon Legault, le cannabis engendre la schizophrénie…

Autrement dit, près de 99% des gens de ma génération sont schizophrènes avec le crâne meublé d'un petit pois sec…

Et comme à l'époque nous carburions par surcroît au LSD-25, nos femmes auront enfanté d'une flopée de trisomiques et d'hydrocéphales…

* «Reefer Madness» est un document audiovisuel des années 30 diffusé par les autorités américaines, lequel est une référence en matière de délire prohibitionniste et dont le propos rejoint celui de messieurs Legault et Carmant

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