Saviez-vous que la marijuana est en moyenne de 300 à 400 fois plus puissante qu’il y a 30 ans ?

Selon une publicité de Santé Canada (Daro, 2014)

La question de la puissance est irrelevante mais intéressante !

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Les preuves scientifiques suggèrent que la puissance du cannabis, mesurée selon les taux de THC, a augmenté à certains endroits au cours des dernières décennies. Aux États-Unis, des études récentes ont cité des augmentations moyennes de 3 à 12 % du contenu en THC au cours des trois dernières décennies (El Sohly, 2014), ce qui équivaut à une augmentation de 300 %. Des augmentations importantes n’ont pas été décelées pour les pays européens autres que le Royaume-Uni et les Pays-Bas (McLaren, Swift, Dillon et Allsop, 2008).
  1. Les taux de THC seuls donnent un portrait incomplet des impacts de la puissance du cannabis. D’autres facteurs, comme la préparation et la méthode de consommation, compliquent notre compréhension de l’effet de la puissance du cannabis. Par exemple, la pratique courante de mélanger le cannabis avec du tabac dilue en fait la puissance jusqu’à des taux en deçà de ce qui serait produit s’il était fumé pur.
  1. Les inquiétudes quant aux augmentations de la puissance du cannabis sont enracinées dans l’hypothèse que de plus haut taux de THC sont nocifs pour la santé. Toutefois, les méfaits de la puissance augmentée du cannabis ne sont pas entièrement compris par les scientifiques. Certaines études, de manière peut-être contre-intuitive, suggèrent qu’une puissance accrue du cannabis pourrait plutôt mener à une réduction des effets nocifs sur la santé (surtout en ce qui concerne le fait de fumer), puisque les consommateurs pourraient réduire le volume consommé (Van der Pol et autres, 2014).
  1. Il est important de se rappeler que les augmentations de la puissance du cannabis aux États-Unis se sont produites malgré les efforts accrus pour réduire l’approvisionnement en cannabis illégal (Werb et autres, 2013). De plus, comme les souches plus puissantes fournissent plus de profits par unité de poids, les tendances vers une puissance accrue résultent principalement de l’économie des marchés criminels. La prohibition n’a pas été en mesure de garder la puissance du cannabis faible, et a plutôt contribué à la faire augmenter.
  1. Avec la prohibition, les marchés du cannabis illégal ne sont soumis à aucune exigence de contrôle de la qualité. Un marché légal et réglementé pour le cannabis placerait la régie des taux de THC entre les mains des gouvernements et des agents de la santé publique, et non des entrepreneurs criminels. Dans le cas où la puissance du cannabis serait associée à de plus grands méfaits pour la santé, la réglementation des marchés du cannabis par le gouvernement devient encore plus vitale.

État de la preuve

Le tétrahydrocannabinol (THC) est le principal ingrédient psychoactif du cannabis. Les taux de THC ont donc été étudiés comme principal indicateur de la puissance du cannabis. Certaines preuves appuient l’affirmation voulant que la puissance du cannabis, dans certaines régions, a augmenté au cours des dernières décennies.

McLaren et ses collègues ont observé des variations notables dans la puissance du cannabis entre les échantillons et entre les années (McLaren et autres, 2008). Par exemple, alors qu’ils ont observé que la puissance aux États-Unis semble avoir doublé (2 % en 1980 à 4,5 % en 1997) selon des tests réalisés sur le THC de cannabis confisqué, des augmentations importantes n’ont pas été décelées pour les pays européens autres que le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Des augmentations mineures ont aussi été rapportées en Australie (Hall et Swift, 2000).

Dans une étude plus récente, Mehmedic et ses collègues ont fait rapport sur les données américaines issues de 46 211 échantillons de cannabis saisis et analysés entre 1993 et 2008 (Mehmedic et autres, 2010). Ils ont observé que durant cette période, le contenu en THC des préparations de cannabis a augmenté de 3,4 à 8,8 % et que l’augmentation semblait due à des augmentations de cannabis étranger (c.-à-d. une augmentation de l’approvisionnement en cannabis importé aux États-Unis).

Dans un article synthèse, Volkow et ses collègues (2014) ont affirmé que le contenu en THC décelé dans les échantillons de cannabis confisqué aux États-Unis avait augmenté d’environ 3 % à 12 % (c.-à-d. de 300 %) des années 1980 à 2012 (Volkow et autres, 2014). Étant donné que cette synthèse américaine est la seule preuve d’une augmentation de 300 % de la puissance, l’affirmation que la puissance du cannabis a augmenté de 300 à 400 % en moyenne dans tous les territoires exagère la preuve scientifique existante. Il est à noter que les augmentations observées de 300 % aux États-Unis se sont produites durant une période d’allocations budgétaires massives à une approche de réduction de l’approvisionnement en drogues principalement fondée sur le maintien de l’ordre (Miron, 2008). Cela suggère que les approches basées sur le maintien de l’ordre pour réduire l’approvisionnement en cannabis ont probablement une portée limitée. De plus, les tendances vers une puissance accrue ne sont pas seulement stimulées par la demande, mais résultent principalement de l’économie des marchés criminels. Comme des souches plus puissantes fournissent de plus grands profits par unité de poids et que les marchés criminels n’ont pas de structures réglementaires pour fixer des limites de puissance, la nature illicite du cannabis a probablement joué un rôle pour stimuler l’augmentation de la puissance.

Comme pour toutes les estimations reliées à des produits illégaux, des questions méthodologiques entrent potentiellement en jeu dans la détermination des estimations. McLaren et ses collègues (2008) mentionnent, par exemple, que les échantillons de cannabis qui sont analysés ont tendance à être petits et qu’il n’est pas toujours clair quelle partie de la plante a été analysée (McLaren et autres, 2008). Cela a son importance, car certaines parties du plant de cannabis ont de plus grandes réserves de THC. La mesure dans laquelle les saisies policières de cannabis sont représentatives du marché plus vaste manque également de clarté (Arkes et autres, 2008), suggérant que nous sommes potentiellement incapables de faire des généralisations sur l’ensemble du marché en nous appuyant sur les échantillons saisis.

D’autres facteurs que le contenu en THC sont importants pour considérer l’impact de la puissance. Par exemple, mélanger le cannabis avec du tabac, une pratique courante lorsque le cannabis est fumé dans plusieurs endroits du monde, dilue en fait la puissance du THC. La quantité de THC actif réellement absorbée peut aussi varier considérablement selon le mode de consommation du cannabis. Évaluer uniquement les taux de THC donne un portrait incomplet des impacts de la puissance du cannabis.

Une question reliée concerne l’impact sur la santé de toute augmentation du contenu en THC. Des experts ont suggéré qu’une puissance accrue du THC pourrait être liée à des effets nocifs et des conséquences sur la santé et/ou la santé mentale, y compris des visites à l’urgence (Hall, 2014; Volkow et autres, 2014). Ces données sont toutefois préliminaires et actuellement hautement équivoques. En effet, McLaren et ses collègues rapportent également dans leur synthèse que les allégations quant aux « effets nocifs sur la santé mentale de la contamination du cannabis » n’étaient pas appuyées par les preuves disponibles (McLaren et autres, 2008). En résumé, cela suggère que les augmentations de la puissance du cannabis et la toxicité (c.-à-d. la contamination) qui en résulte manquent de preuves sans équivoque. En contraste, il existe des preuves naissantes (quoique préliminaires) voulant que certains utilisateurs de cannabis puissent réagir à un contenu en THC plus élevé en diminuant le volume de cannabis consommé, ce qui peut à son tour réduire les effets nocifs potentiels (Van der Pol et autres, 2014).


Références
  1. Daro, I.N., 2014. The government’s scary anti-pot ad only bolsters the case for legalization. Canada.com. Postmedia News, Toronto.
  1. El Sohly, M.A., 2014. Potency Monitoring Program quarterly report no.123 — période du rapport : 16 septembre au 15 décembre 2013. Université du Mississippi, National Center for Natural Products Research, Oxford.
  1. McLaren, J., Swift, W., Dillon, P., Allsop, S., 2008. Cannabis potency and contamination: A review of the literature. Addiction 103, 1100-1109.
  1. Van der Pol, P., Liebregts, N., Brunt, T., van Amsterdam, J., de Graaf, R., Korf, D.J., van den Brink, W., van Laar, M., 2014. Cross-sectional and prospective relation of cannabis potency, dosing and smoking behaviour with cannabis dependence: An ecological study. Addiction 109, 1101-1109.
  1. Werb, D., Kerr, T., Nosyk, B., Strathdee, S., Montaner, J., Wood, E., 2013. The temporal relationship between drug supply indicators: An audit of international government surveillance systems. BMJ Open 3.