Les promesses financières de la légalisation : un délire aux effets prohibitifs

Chez nos voisins du sud, l’argumentaire de la légalisation du cannabis porte souvent la promesse de financements additionnels des services publics. L’effet désiré est alors d’augmenter l’acceptabilité sociale de la légalisation en lui donnant une vertu économique et sociale. Si le chef du PLC lui-même ne semble pas exagérer quant aux retombées économiques possibles de la légalisation, cet argument ré émerge tout de même constamment du débat sur la prohibition.

Comme pour le tabac, cette plante pourrait selon cette idée faire l’objet d’une surtaxation particulière. Du coup, la promesse de légaliser devient celle de récupérer des milliards de dollars tout en arrachant cette fortune aux poches du crime organisé, rendant attrayant pour une frange plus conservatrice de la population un projet politique considéré par ailleurs comme « pro-drogue ».

Or, pour nous il est clair qu’une taxation prohibitive ne pourrait qu’avoir pour effet de redonner une part du marché au crime organisé. La surtaxe, en élevant le prix de la marchandise, déplace effectivement la demande vers le marché noir. L’exemple de la taxation du tabac est à cet effet assez probant, chaque surtaxe levée sur cette substance se traduisant par une progression du marché des cigarettes illégales.

En ce sens, si le cannabis est légalisé, il pourrait nous apparaître tout à fait normal que son commerce soit soumis aux taxes de vente ordinaires et que les gens et les entreprises qui vivent d’activités liées à ce commerce paient des impôts sur leurs revenus. Cependant, nous devons nous prémunir de toute taxation prohibitive qui ne ferait que limiter l’accès au marché légal aux moins fortunés tout en régénérant la demande pour un marché illicite organisé en parallèle du marché officiel.

Conséquemment, nous croyons qu’il est temps de réfléchir ensemble au modèle de légalisation que nous voulons mettre de l’avant. Si un tel modèle n’est pas le fruit des réflexions de la communauté du cannabis, ce sera celui de la classe politique. Puisqu’un tel projet peut cacher une dépossession du cannabis par l’État à l’encontre des intérêts des cannabinophiles, opposons lui une légalisation pour et par les amateurs de cannabis dès maintenant.