De novembre 2004 à avril 2005, le mensuel satirique Le Couac a publié une série d’articles afin de pallier à la carence d’informations objectives dans les grands médias sur la question du cannabis. Cette série se voulait également une réponse des articles sensationnalistes et biaisés parus au même moment dans le quotidien La Presse (Montréal).
Selon la une du mois de décembre, « La propagande n’est généralement pas conçue pour résister à une analyse approfondie, et la propagande prohibitionniste anti-cannabis ne fait pas exception à cette règle. »
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L’autre matin (24 septembre), en sortant La Presse de la boîte aux lettres, qu’est-ce que je lis en Une : « Le pot d’aujourd’hui peut rendre dément ». C’est le genre de propagande prohibitionniste d’extrême droite qui donne le goût de frapper le pauvre d’esprit qui a chié ce titre. J’ai fumé un bon joint. Ça m’a calmé. « Le pot d’aujourd’hui est parfois si concentré en THC et en substances ajoutées qu’il peut pousser le consommateur à tuer son meilleur ami », écrit Christiane Desjardins. Admirez l’affirmation, le pot « peut » pousser au meurtre. On se demande sur quelle preuve scientifique s’est basée le véhicule publicitaire de la rue Saint-Jacques, pour affirmer pareille ânerie. « La Presse d’aujourd’hui est parfois si concentrée en propagande prohibitionniste et en intolérance ajoutée, qu’elle encourage le crime organisé et la violence dans la société », est-on tenté d’écrire.
En lisant l’article, on réalise que cette affirmation est basée sur les déclarations d’un meurtrier polytoxicomane. L’assassin, appuyé par son psychiatre, plaide la folie passagère provoquée par l’usage du cannabis quelques jours avant le crime, pour invoquer des circonstances atténuantes et obtenir une réduction de peine. Y’a toute une marge entre témoignage d’un meurtrier polytoxicomane qui veut sa peau et une preuve formelle. La justice dérape dangereusement quand un magistrat base son jugement sur les fabulations d’un meurtrier poly-intoxiqué racontées en cour par psychiatre interposé. Et que dire de la crédibilité d’un journal qui exploite le témoignage d’un assassin pour soutenir sa propagande prohibitionniste, tout en prétendant à l’objectivité journalistique?
Samedi et dimanche 9 et 10 octobre 2004, La Presse poussait plus loin dans la propagande prohibitionniste, en publiant un Dossier sur Les ravages du pot. L’intention de La Presse est de démontrer que la consommation de cannabis dérègle le comportement de plusieurs jeunes. Pour appuyer ses propos alarmistes, le journal a choisi exclusivement comme exemples, des jeunes qu’on pourrait qualifier de cas psychiatriques. Le dossier de La Presse est aussi objectif que le serait une étude sur le mariage qui prendrait seulement exemple sur des divorcés qui se sont déchirés en cour, ou sur l’automobile par le biais de ses victimes lourdement handicapées. Il est bien mentionné quelque part que seule une petite minorité d’adolescents reste accro après la vingtaine, mais les articles présentent des portraits de jeunes qui sont troublés par autre chose que le cannabis. Ces enfants consomment abusivement parce qu’ils ont des problèmes sociaux-affectifs, et non pas le contraire! Ils cherchent à s’évader, à être reconnus par leurs amis ou à se rebeller contre un ordre établi qu’ils ne comprennent pas. L’abus de cannabis n’est qu’un exemple – parmi d’autres – de comportements autodestructeurs qui sont révélateurs de la détresse psychologique et social des jeunes. Pourquoi La Presse n’a-t-elle pas tenté de comprendre la détresse de ces jeunes, plutôt que d’en profiter pour démoniser encore le cannabis? Une seule statistique de ce dossier est intéressante : aux Pays-Bas, où le cannabis est en vente contrôlée dans des coffe shops interdits aux mineurs, deux fois moins de jeunes fument qu’au Québec. Les Québécois n’ont pas de problème avec le pot, ils ont des problèmes avec la justice et le crime organisé. Les Québécois, comme la majorité des citoyens des pays industrialisés ont un énorme problème de prohibition.
La prohibition engendre le trafic et le terrorisme dans les pays du tiers-monde. Grâce à la prohibition, les organisations criminelles se sont multipliées dans les pays industrialisés, et les prisons sont remplies de pauvres et de minorités raciales. La violence n’est pas causée par la consommation de pot, comme les prohibitionnistes tentent de le faire croire, mais par le commerce illégal engendré par la prohibition. Les ravages de la prohibition sont bien connus. Les médias prohibitionnistes cherchent tellement à tromper la population, que même le mot prohibition est soigneusement occulté. Les lois prohibitionnistes sont immorales et antidémocratiques. La propagande prohibitionniste nourrit l’intolérance et la prohibition engendre la violence. La Presse rend violent!
Jean-Marie Laliberté
L’expression « tolérance zéro » est un oxymoron inventé par des spécialistes en novlangue dans le but d’utiliser le mot tolérance pour exprimer son contraire. « Tolérance zéro » signifie « intolérance totale ». Les experts en propagande savent bien que si l’expression « intolérance totale » était prononcée et publiée aussi souvent que l’est « tolérance zéro » : le programme serait massivement rejeté par la population.
Se basant sur un rapport d’étude alarmiste d’un groupe prohibitionniste, John Walters, le tsar de la drogue aux États-Unis, accuse le pot canadien « à haute teneur en THC » d’être responsable de l’augmentation du nombre de patients admis aux urgences des hôpitaux. Walters a comparé le pot canadien au crack. Il a déclaré : « Le nombre de cas reliés à la marijuana augmente de façon alarmante dans les urgences, il dépasse même ceux reliés à l’héroïne. Cette étude contribue à dissiper le mythe largement répandu que la marijuana est inoffensive » (Detroit News 23-8-2003 et La Presse 20-9-2003). Voilà encore un grossier mensonge prohibitionniste. Le DAWN (Drug Abuse Warning Network) a enregistré tous les cas où un patient admis à l’urgence a « mentionné » le mot marijuana. Vous êtes admis pour une appendicite aiguë et vous admettez fumer un joint de temps en temps : cas « relié » à la marijuana. Vous êtes victimes d’un attentat terroriste et vous admettez avoir fumé un joint quelques jours avant : symptômes typiques d’un cas « relié » à la marijuana canadienne super puissante.
Le cannabis n’est pas toxique. Un homme de 70 kg devrait manger 5 kg de haschich à haute teneur en THC pour s’empoisonner, soit environ 5000 fois la dose qu’il faut pour être « gelé comme une binne ». Quand on parle d’overdose de cannabis, on décrit en fait l’apparition de réactions inattendues. On devrait parler d’ivresse.
L'article publié dans nos pages le mois dernier, dénonçant le manque de rigueur journalistique du « Dossier Les ravages du pot » (La Presse 9 et 10 octobre 2004), nous a valu une lettre enflammée de madame Marie-Michelle Poisson, (voir courrier des lecteurs page 2). La lettre de madame Poisson, qui accuse l'auteur de ces lignes de se prêter à la désinformation, est elle-même remplie de désinformation prohibitionniste. Elle reprend à son compte certains mythes prohibitionnistes véhiculés dans l'article de La Presse.
Le dossier de La Presse sur les ravages (sic) du pot était si biaisé, que le Parti Marijuana (PM) a déposé une plainte au Conseil de la Presse pour : « le manque d'exactitude de l'information transmise, l'utilisation sélective d'information, la manipulation de données, le manque de rigueur, d'équilibre et d'exhaustivité dans l'élaboration de ce reportage à saveur sensationnaliste. » [2] Le PM s'inquiète avec raison, de ne jamais lire d'articles sur la majorité des fumeurs qui font un usage responsable du cannabis, n'ont jamais eu aucun problème et approuvent la légalisation. Alors que les cas problèmes font la Une, même s'ils ne représentent qu'un pourcentage infime des consommateurs.
Madame Poisson, comme une bonne partie des journalistes, puise peut-être son information dans les « études » de la police. Dans un article intitulé « Entre la liberté et la sécurité, Analyse de quelques prises de position sur le cannabis et la loi » (Drogues, santé et société, printemps 2004), le bioéticien Guy Bourgeault qualifie la prose policière sur le cannabis de caricaturale. Les positions des opposants à la prohibition y sont présentées, écrit-il « Comme les questions du petit cathéchisme […] formulées simplement pour que les réponses préfabriquées puissent être données à apprendre. » Et Bourgeault de conclure « Je me méfie des policiers lorsqu'ils prétendent aussi être agents d'information du public et d'éducation des jeunes. »
L'avenir de not' belle jeunesse inquiète madame Poisson. Ils ne sont pas cons les jeunes. À force de leur dire n'importe quoi pour démoniser le cannabis, les éducateurs perdent toute crédibilité. Il ressort d'une enquête nationale de Santé Canada sur la consommation d'alcool et d'autres drogues, qui vient tout juste de sortir, que « près de 70% des personnes agées de 18 à 24 ans en ont fait usage au moins une fois » dans leur vie. Ils sont donc aux premières loges pour savoir que le cannabis n'est pas la plante démoniaque qu'on leur décrit. L'éducation des jeunes sur les drogues devrait être basée sur les connaissances scientifiques, la compassion, la santé publique, les libertés fondamentales et les droits humains, et non pas sur l'obscurantisme, le puritanisme, la déformation des faits, la démonisation et la répression, comme c'est le cas actuellement. Le gouvernement fédéral dépense 500 millions de dollars par année pour la répression policière et des miettes pour l'éducation. La prohibition fait obstacle à l'éducation, puisqu'elle accapare la presque totalité des budgets.
L'intolérance totale (tolérance zéro) nie l'existence de la consommation responsable et donc de l'éducation basée sur la connaissance et la modération. Et puis les jeunes, ils n'ont pas tous des problèmes. C'est plutôt l'exception que la règle. « Les études tendent à montrer que les jeunes qui font un usage problématique du cannabis ont aussi une consommation problématique d'alcool et manifestent une tendance plus élevée à adopter des « comportements à risque ». Il semble donc que la consommation problématique chez les jeunes soit un symptôme d'autres problèmes sous-jacents plutôt qu'une cause » (Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Le Cannabis).
En passant, une société qui prescrit des camisoles de force chimiques (Ritalin et autres saletés) aux élèves du primaire pour contrôler leurs débordement d'énergie, ne devrait pas se surprendre de les voir fumer du pot quand ils arrivent au secondaire. Et puis, dans la fameuse série d'articles de La Presse, on pouvait lire : « On fume avant les cours quand on sait que la matière vue en classe n'est pas très difficile » (10 octobre). Si on voulait être méchant et procéder par amalgame, comme font certains journalistes, on pourrait conclure que les jeunes fument avant les cours où ils s'ennuient. Et que les professeurs ennuyeux se servent du cannabis comme bouc émissaire pour camoufler leur incompétence.
Il faut qu'une société soit gravement malade pour tenter de faire croire à ses citoyens qu'une plante, qui a fait partie de la pharmacopée traditionnelle de l'humanité depuis des millénaires, est soudain devenue la cause de ses problèmes sociaux. Le cannabis est là pour rester, quoi qu'en pensent les prohibitionnistes. Tant que la politique d'intolérance totale sera appliquée et que la propagande prohibitionniste tiendra lieu d'information en même temps que d'éducation pour les jeunes, les problèmes de consommation et de crime organisé risquent d'empirer. C'est le mauvais exemple étatsunien, à ne pas suivre.
L'abolition de la prohibition est le seul moyen de mettre fin à l'emprise du crime organisé. Le meilleur moyen de protéger les jeunes, c'est de consacrer à l'éducation et la santé, les centaines de millions de dollars dépensés annuellement en répression policière. En attendant, 68% des Québécois appuient la légalisation, 25% la décriminalisation, et seulement 4% croient qu'il faut maintenir le statu quo. Comme la majorité des citoyens appuie la légalisation, ils devraient disposer d'autant, sinon de plus d'espace médiatique pour exprimer leur opinion, que celui consacré aux prohibitionnistes. Ce qui n'est pas le cas actuellement.
Madame Poisson termine son réquisitoire en déclarant qu'« il est plus que temps que nous ayions un débat responsable et véritablement adulte sur l'ensemble des problématiques entourant le commerce et la consommation de pot au Québec ». C'est bien le seul point sur lequel nous sommes d'accord. Mais, pour avoir un débat éclairé sur le sujet, il faut que l'information se rende jusqu'au public. C'est pour pallier à la carence d'information objective dans les grands médias sur la question que Le Couac publiera une série d'articles sur le sujet au cours des prochains mois. La propagande n'est généralement pas conçue pour résister à une analyse approfondie, et la propapande prohibitionniste anti-cannabis ne fait pas exception à cette règle. Nous en analyserons les failles et tenterons de découvrir à qui elle profite. Au programme : « Mon pot est plus fort que le tien », « Quelle différence y a-t-il entre un poteux et un schizo », « Tolérance zéro = Intelligence zéro », etc.
En matière de pourcentage de THC, des policiers « bien intentionnés » font des « déclarations qui ne sont pas tout à fait exactes », selon la GRC. Les forces policières tiennent un double discours; d’un côté ses porte-parole n’hésitent jamais à dénoncer le pot à « forte teneur en THC » dans les médias, et de l’autre, la GRC reconnaît candidement leurs mensonges dans sa « littérature » officielle.
Pour ce qui est du taux de THC, on peut lire ceci à la page 16 de La culture de la marihuana au Canada : Évolution et tendances actuelles [1] (GRC, novembre 2002)1 : « La culture illicte de marihuana (sic) au Canada a fait l’objet d’une vaste couverture médiatique au début de 1999. Les statistiques avancées relativement à la puissance de la drogue révélaient des niveaux élevés de THC. […] Même les rapports de policiers bien intentionnés contiennent parfois des renseignements semblables qui sont ensuite repris par les médias. La vérité, c’est qu’aucune de ces statistiques n’a été prouvée. »
Toujours selon le même document, les statistiques de Santé Canada concluent que : « Bien que le maximum enregistré soit de 25%, les moyennes annuelles atteintes à l’échelle du pays sont de beaucoup inférieures, soit 6% en 1996-97, 5.5% en 1997-98 et de 5.7% en 1998-99. En fait, le niveau de THC de près du tiers des échantillons était inférieur à 3%. » Donc, sur des milliers d’échantillons analysés par Santé Canada pendant trois ans, un seul échantillon atteignait 25% de THC, les autres dépassant rarement les 12%.
Même constatation dans le rapport de la GRC Situation des drogues en 2003 [2], page 82 : « La marihuana canadienne est de plus en plus désignée comme ayant une « forte teneur » en THC, […]. Il y aurait lieu de préciser que de telles déclarations ne sont pas tout à fait exactes. » Admirez la formule. Suivent les statistiques de Santé Canada pour les deux dernières années qui comptent encore une fois un seul échantillon à 27% de THC, et les deux tiers en bas de 9%.
Santé Canada identifie un échantillon de cannabis à 20% de THC une fois tous les 2 ou 3 ans parmis les milliers d’analyses faites pour l’ensemble des corps policiers canadiens. Statistiquement, un fumeur ordinaire a à peu près autant de chance de tomber sur du super pot à plus de 20% de THC que de gagner le gros lot à la lotto 6/49.
Jean-Marie Laliberté
[1] La culture de la marihuana au Canada : Évolution et tendances actuelles (2002)
http://www.rcmp-grc.gc.ca/crimint/cultivation_f.htm
[2] Situation au Canada, drogues illicites (2003)
http://www.rcmp-grc.gc.ca/crimint/drugs_2003_f.htm
Tout le monde n’est pas d’accord avec la légalisation du cannabis, mais la plupart s’entendent pour dire qu’il est plus que temps d’avoir un large débat public sur le sujet. En matière de cannabis, l’opinion publique « est souvent fondée sur des mythes, ou du moins sur un manque d’information », constatait le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites.
Toute cette histoire du pot d’aujourd’hui plus fort que celui des années 1970 est une distorsion des faits, pour dire le moins. Les prohibitionnistes des années 1970, comme ceux des années 2000, prédisaient les pires malheurs aux fumeurs de pot : suicide par défenestration, enfants mongoloïdes, cancers assortis et particulièrement au cerveau, aliénation mentale et autres joyeuses maladies débilitantes. L’usage très répandu du cannabis dans les années 70 leur a donné tort. Aucune de ces prophéties de malheur ne s’est réalisée et les baby boomers sont rentrés dans les rangs après leur crise d’adolescence et leur cégep (lycée). Il fallait trouver un nouveau truc pour continuer de faire peur au monde. De là est née la légende de l’apparition récente du super cannabis.
C’est un fait que dans les années 70, le Québec Green avait un taux très bas de THC (delta-9-tetrahydrocannabinol, la principale substance psychotrope du cannabis). Tellement bas en fait, que presque personne n’en fumait parce qu’il ne leur faisait pas assez d’effet. Du cannabis à 1% de THC, c’est bon pour faire de la corde. Cela ne veut pas dire que l’herbe fumée à cette époque était plus faible en THC que celle fumée aujourd’hui. Les consommateurs avaient le choix entre l’Acapulco Gold avec un taux entre 3 et 5% de THC et le sinsemilla colombien ou jamaïcain à 9 ou 10% de THC, tout aussi concentré que le Québec Gold d’aujourd’hui.
Les statistiques de l’époque démontrent que les ténors de la désinformation prohibitionniste brandissent les taux les plus bas, tout en occultant sciemment les taux comparables à ceux d’aujourd’hui. Voici ce qu’on peut lire dans Cannabis, Rapport de la commission d’enquête sur l’usage des drogues à des fins non médicales (Rapport Le Dain), paru en 1972 : « Pour la marijuana, l’éventail était de 0.02 à 3.46% de THC. Mais il peut être plus large, car on a signalé de plus de 10% dans un choix de sommités fleuries et de bractées de marijuana cultivée au Mississipi, en Angleterre et en Jamaïque. » Du pot à 0.02% et même à 1% de THC, c’est une marchandise de mauvaise qualité destinée à arnaquer les clients.
Mais le plus important, c’est que les fumeurs des années 70 se gelaient la bette surtout avec du hashich marocain ou libanais à 10%, voire 15% et plus de THC, avec de l’Afghan, du Cachemire ou du Népalais pouvant contenir jusqu’à 30 ou 40%, ou encore avec de l’huile de hashich à plus de 50% de THC. C’est ce que constataient les auteurs du rapport Le Dain : « D’après les chiffres fournis par la GRC, les saisies de hashich accusent une constante augmentation. Compte tenu de sa teneur en THC, le hashich (qui est cinq à dix fois plus actif que la marijuana) représente une très forte proportion des quantités de cannabis saisies. […] Au Canada, l’usage du hashich est très nettement la forme la plus courante de cannabisme. »
Mais, « on se demande quelle importance peut avoir, dans la pratique, cette différence entre la marijuana et le hashich. Selon de nombreux observateurs, même si la teneur en THC du hashich est cinq à dix fois supérieure à celle de la marijuana, presque tous les usagers règlent les quantités de manière à obtenir un même degré d’ivresse », écrivaient encore les auteurs du rapport Le Dain. De plus, la majorité des fumeurs trouvent désagréable d’être trop stoned. Les buveurs d’alcool ne font pas autre chose lorsqu’ils ajustent leur consommation en fonction de ce qu’ils boivent : une couple de bières OU une coupe de vin OU une shot de fort, ça donne le même buzz.
En conclusion, même si le pot québécois est plus concentré en THC que celui des années 1970, dans les faits, les fumeurs québécois consomment un produit jusqu’à 5 fois moins concentré en THC que le hashich et l’huile de hashich fumés alors. Et le fumeur de pot faible des années 1970 n’avait qu’à fumer un joint deux fois plus gros pour être aussi stoned. Ça s’appelait un « bat », en allusion au bâton de baseball.
Si quelqu’un osait prétendre que le scotch peut induire des psychoses, parce qu’il contient 40% d’alcool, alors que la bière qui n’en contient que 5% est peace’n love, tout le monde le prendrait pour un cave! Plus le niveau de THC est élevé, moins il faut en fumer pour être high, point. Comment des « experts » autopatentés en prohibition peuvent-ils affirmer que le pot à 10% est beaucoup plus dangereux que celui à 5% et être repris texto sans broncher par les journaleux, alors que cela contredit la littérature scientifique et les statistiques de l’époque? Pire, comment peut-on aller jusqu’à prétendre que sa consommation rend fou? Primo, les journaleux ne font pas leur travail et deuxio, comme disait Goebbels : « À force de répéter un mensonge, il devient vrai. » En matière de cannabis, la machine à laver les cervelles tourne à plein régime.
Jean-Marie Laliberté
Début janvier 2005, La Presse poursuit son œuvre de désinformation prohibitionniste en publiant en Une, à quelques jours d’intervalle, deux papiers démonisant le cannabis. Même s’il est admis que « fumer du cannabis, même à long terme, n’est pas dangeureux pour la santé. » [1] Qu’« on n’a jamais signalé de décès attribuable à une surdose de marijuana » [2] et qu’« une étude démontre qu’il faut administrer la quantité de THC fournie par 681 kg de cannabis en 15 minutes pour atteindre la dose mortelle. » [3] Cela n’a pas empêché La Presse (7 janvier) de titrer : « Cocktail mortel — Un adolescent meurt après avoir mélangé du cannabis à un puissant analgésique ».
J’ai toujours sniffé beaucoup de colle quand j’étais enfant. J’étais vraiment intéressé par la colle, après, je suis passé à la bière et aux amphétamines, puis j’ai dérivé vers l’héroïne, parce que quand j’étais jeune, tout le monde me disait “Ne fume pas de marijuana, ça va te tuer. – Irvine Welsh, Trainspotting
Dès le début, le ton est donné : un adolescent est mort, un autre hospitalisé « après qu’ils eurent mélangé cannabis et Fentanyl transdermique (Duragésic), un analgésique plus puissant que la morphine ». Ce n’est qu’après s’être lourdement attardé sur la consommation de cannabis du jeune décédé que la journaliste arrive au Fentanyl, un opioïde de synthèse « 100 fois plus puissant que l’héroïne. » En fait, les ados ont pris du Duragésic®, un timbre transdermique diffusant du fentanyl pendant 72 heures. Il faut attendre vers la fin de l’article pour obtenir quelques vagues précisions. On lit que « Santé Canada ne recommande pas l’utilisation de Duragesic chez les jeunes de moins de 18 ans. Dans son Bulletin canadien des effets indésirables d’octobre dernier, il mentionne avoir reçu deux notifications de décès d’adolescents à qui on avait prescrit le médicament. »
Ce que ne dit pas La Presse, c’est que la notification du Bulletin de Santé Canada précise que, dans les deux cas, les adolescents ont été retrouvés en dépression respiratoire, l’un 14 heures l’autre 21 heures après la première application de Duragésic. Les deux sont morts après une seule dose de ce médicament sous prescription. D’un côté nous avons une plante médicinale et psychotrope dont l’innocuité est reconnue depuis des millénaires et, de l’autre, un médicament récent de l’industrie chimique qui a tué deux fois à la première dose. Et voilà que la journaliste de La Presse en procédant par amalgame, laisse entendre que les deux sont tout aussi toxiques.
Car c’est bien là le cœur du problème. La Presse précise qu’«ironiquement, les policiers avaient rendu visite aux élèves de cette école juste avant les Fêtes pour mettre les adolescents en garde contre les dangers liés à l’absorption et aux mélange de drogues.» Encore une fois, on tente d’induire le lecteur en erreur en laissant croire que c’est le « mélange » qui a tué. Mais il n’y a pas un mot sur la pertinence de confier l’éducation des jeunes à des policiers qui défendent leurs intérêts corporatifs avant l’intérêt public. En répandant la rumeur que le cannabis est une drogue « dure » à cause de l’augmentation du taux de THC, ils n’ont aucune crédibilité quand vient le temps de mettre les étudiants en garde contre les drogues mortelles.
Quelques jours plus tard, La Presse (11 janvier) remettait ça en publiant encore en Une un papier de Nathaëlle Morissette titré « Les jeunes Canadiens ont plus de facilité à se procurer de la mari que des cigarettes ». L’article portait sur « Une étude, intitulée Recherche qualitative permettant d’aider les jeunes à développer des moyens de refuser de consommer, commandée par Santé Canada et rendue publique à la fin de l’année 2004. » Cette fois, il ne s’agit pas seulement de désinformation, mais de mensonge par omission, pour ne pas dire de mensonge tout court.
Morissette amorce son article en soutenant que « Dans les cours d’école même, plusieurs jeunes Canadiens ont plus de facilité à se procurer de la marijuana que des cigarettes. » Remarquez l’affirmation. Alors qu’il est plutôt noté dans ce rapport que les jeunes croient que les cigarettes et le cannabis sont tout aussi facilement disponibles dans les cours d’école, mais ils ont « l’impression » que la mari est plus facilement accessible. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. D’ailleurs, la question était piégée, puisque les jeunes déclarent aussi que les cigarettes sont tout aussi facilement disponibles dans certains dépanneurs complaisants, qui sont rarement situés dans les cours d’école, comme chacun sait. Mais il y a pire.
Premièrement, il ne s’agit pas d’une « étude de Santé Canada », comme certains journaux l’ont prétendu, ni d’une recherche scientifique, mais d’un sondage d’opinion réalisé par Millward Brown Goldfarb (MBG), une multinationale de marketing. Les experts en marketing utilisent le terme générique « recherche qualitative » pour décrire un sondage d’opinion avec des groupes de discution (focus groups). MBG est une filiale de WPP (surnommée World Propaganda Power), une des deux plus grandes agences de publicité et de relations publiques au monde avec Omnicon. WPP contrôle aussi les agences de publicité J. Walter Thompson et Young & Rubican, de même que les multinationales des relations publiques Burson-Marsteller et Hill and Knowlton, pour ne nommer que celles-là. On n’est pas chez les scientifiques, mais bien chez les requins du marketing et des relations publiques qui ont flairé les gros contrats publicitaires.
Deuxièmement, ce sondage ne date pas de la fin de 2004, mais du début de l’année, mars 2004 pour être précis. Troisièmement, il n’a pas été rendu public par Santé Canada, puisqu’il s’agit d’un outil de travail interne destiné à orienter une future campagne de propagande publicitaire. Selon Pierre Duchesne, porte parole de Santé Canada, ce sondage n’a pas fait l’objet d’un communiqué spécial. Il a été déposé à la Bibliothèque nationale en mars 2004, sans tambour ni trompette. On peut se demander qui a fait parvenir aux médias ce document vieux de presqu’un an, pendant le creux du temps des Fêtes, en soulignant au crayon gras quelques morceaux choisis qui font plaisir aux prohibitionnistes. Une des nombreuses filiales de relations publiques de WPP qui trouve que les contrats tardent à venir, probablement.
Tout porte à croire que Nathaëlle Morissette n’a pas lu le rapport de MBG (qui fait une centaine de pages) [4]. Elle se sera contenté du résumé d’une page et demi en introduction. Elle a sans doute lu aussi les journaux du ROC qui ont publié des papiers biaisés sur le sujet la veille. Morissette écrit « plusieurs adolescents interrogés croient que la marie-jeanne est moins nocive que le tabac des cigarettes. » C’est vrai pour certains groupes. Mais elle omet de mentionner que chez les 13-15 ans, « à Montréal, la plupart pensent que la marijuana est plus dangeureuse que le tabac “parce que tu ne sais jamais par où elle est passée”. Ils avaient l’impression que parce que le tabac est produit par des compagnies bien connues, il ne peut pas être si nocif », précise le rapport. Voici qui contredit directement ce que la journaliste de La Presse a écrit.
Ce n’est pas tout. Morissette cite cette autre conclusion du rapport. Chez les jeunes de 10 à 15 ans, écrit-elle, « plusieurs ont l’impression que la marijuana est moins dommageable car, à la base, il s’agit d’une plante qui peut être utilisée à des fins thérapeutiques. » Encore une fois, mis à part le fait qu’elle traduit a few participants (quelques-uns), par « plusieurs », elle omet de mentionner que chez les 16 à 19 ans, « à Montréal, il a été établi que la marijuana, comme substance, est plus nocive, mais parce qu’elle est consommée beaucoup moins fréquemment, l’impact sur la santé serait moindre. » Voici qui est encore en contradiction directe avec l’article de La Presse.
Dans le code d’éthique du Conseil de presse, auquel La Presse devrait se soumettre, on lit : « Les médias et les professionnels de l’information ne doivent pas déformer la réalité en recourant au sensationnalisme. » Ou encore que « La presse ne peut se permettre de taire ou de donner une image déformée des faits sous prétexte qu’ils sont l’objet de quelque tabou ou qu’ils sont susceptibles de compromettre certains intérêts particuliers. » En matière de cannabis, ces beaux principes sont presque toujours systématiquement bafoués.
La Presse est farouchement prohibitionniste. Paul Desmarais fils, propriétaire du journal, appuie publiquement le « périmètre de sécurité nord-américain, qui serait implanté par l’harmonisation et l’unification a peu près complète des services frontaliers entre les deux pays » (La Presse, 8 avril 2003). Ce qui exigera une certaine « harmonisation » des lois criminelles avec les États-Unis, particulièrement les lois anti-drogues et anti-terroristes. On se souvient que l’ambassadeur des États-Unis Paul Cellucci et le tsar de la drogue de la Maison Blanche John P. Walters ont promis de foutre le bordel aux frontières si le Canada adoucissait sa loi prohibitionniste.
Power Corporation a des intérêts importants dans l’industrie pharmaceutique, laquelle serait l’une des grandes perdantes de la légalisation du cannabis. Le scandale du Vioxx, qui aurait tué jusqu’à 139 000 malades aux États-Unis, a eu droit à un entrefilet en page A12, alors qu’un adolescent qui s’empoisonne avec un médicament fait la Une trois jours plus tard. Parce qu’il a aussi eu le malheur de fumer un joint. On tenterait de blanchir l’industrie en démonisant un concurent qui menace ses profits qu’on n’agirait pas autrement.
Nous verrons le mois prochain que les dernières études commandées par le National Institute on Drug Abuse sur les campagnes de publicité démonisant le cannabis arrivent à la conclusion que, souvent, les jeunes les plus exposés aux annonces ont tendance à consommer plus de drogues en vieillissant que ceux qui ont été épargnés.
Jean-Marie Laliberté
[1] The Lancet novembre 1995.
[2] Journal de l’Association médicale canadienne 15 mai 2001.
[3] Mohamed Ben Amar, pharmacologue, Drogues, santé et société printemps 2004.
[4] Sondage d’opinion réalisé par Millward Brown Goldfarb
Le mois dernier, nous avons vu que la démonisation du cannabis par la désinformation policière et médiatique discrédite totalement les autorités quand vient le temps de mettre les jeunes en garde contre les drogues mortelles. Nous avons aussi vu qu’une étude de marketing commandée par Santé Canada à une filiale de la multinationale WPP, une des plus grandes agences de publicité au monde, avait été faussement qualifiée par les médias d’étude « de » Santé Canada, laissant croire qu’il s’agissait d’une étude scientifique. De plus, ces mêmes médias ont rapportés certaines conclusions choisies soutenant le discours alarmiste prohibitionniste, alors que d’autres conclusions contredisant les premières ont été ignorées.
Une des conclusions les plus intéressantes du rapport en question, commandé pour tenter de définir les paramètres d’une future campagne de marketing social, aura échappé aux mauvais journalistes. À Halifax, des sujets ayant visionné des publicité anti-marijuana ne les ont pas trouvées crédibles. Une publicité montrant une jeune fille enceinte avec le message « c’est ce qui t’arrivera sur le pot » a été citée en exemple. Les jeunes concernés ont déclaré « On a tendance à savoir ce que l’on fait sur le pot ». Voilà qui rejoint les études sur l’efficacité des campagnes anti-marijuana faites par nos puritains voisins du Sud.
L’Office of National Drug Control Policy (ONDPC), mieux connu aux États-Unis comme le bureau du « tsar de la drogue », a dépensé 1,5 milliard de dollars US depuis 1998, essentiellement pour démoniser le cannabis. Les publicités sont placées par Partnership for a Drug Free America (PDFA), un organisme quasi gouvernemental qui reçoit aussi des fonds par millions de l’industrie pharmaceutique. Cette dernière serait, avec la police, l’une des grandes perdantes de la légalisation. Le cannabis pourrait remplacer, selon certaines évaluations, de 10 à 20% des médicaments sur ordonnance dès sa légalisation, et probablement jusqu’à 40 ou 50% à plus ou moins long terme (Omni septembre 1982). Ces dernières années, PDFA s’est classé au quatrième ou cinquième rang des annonceurs nationaux, en compétition avec des firmes comme AT&T ou Burger King.
La campagne de PDFA a été confiée à l’agence Ogylvy & MatherWorldwide, une autre filiale de WPP. Le monde de la publicité est petit. Ogylvy & Mather se défend actuellement devant les tribunaux d’accusations de surfacturation dans l’orchestration des campagnes de l’ONDCP. Les créatifs de PDFA ont multiplié les campagnes publicitaires négatives trompeuses. On a tenté de faire croire aux jeunes qu’« Une bouffée t’es accroché ». Une autre annonce bien connue montrait à l’écran un encéphalogramme plat comme étant celui d’un ado de 14 ans ayant fumé du pot. Jusqu’à ce que quelqu’un découvre qu’il s’agissait d’un patient dans le coma et que la pub soit retirée des ondes. Plus récemment, on a pu voir des publicités prétendant que le trafic de cannabis soutenait le terrorisme international et que les fumeurs étaient en partie responsable de leurs attentats. Bref, absolument n’importe quoi pour tenter de faire peur.
Le National Institute on Drug Abuse (NIDA), qui finance lui-aussi en partie les campagnes publicitaires, a commandé plusieurs études sur l’efficacité des dites campagnes à Westat Inc et au Annenberg Public Policy Center de l’Université de Pensylvanie. Le rapport le plus récent Evaluation of the National Youth Anti-Drug Media Campaign: 2003 Report of Findings1 arrive à la conclusion que les campagnes de publicité négative ont eu l’effet contraire de celui visé. Les jeunes qui ont vu le plus souvent les publicité antidrogue « n’ont pas démontré de différences statistiques quant à leurs croyances et leurs habitudes ». Ils ont déclaré que leurs exagérations grossières, voire caricaturales, rendaient les messages peu crédibles, et qu’il était évident pour eux qu’il s’agissait de propagande gouvernementale. Ceux qui ont été massivement exposés aux campagnes semblent « être plus portés à adopter une attitude pro-drogues en vieillissant », que ceux qui ont été épargnés. Les auteurs du rapport ont noté que l’exposition répétée aux publicités négatives pouvait même stimuler l’usage de drogue, dans certains cas.
Ironiquement, le rapport commandé par Santé Canada démontre par l’absurde l’échec de la prohibition, puisque les jeunes croient qu’il est plus difficile de se procurer du tabac dans les cours d’école, une substance légale et réglementée, que du cannabis, une substance prohibée. La seule conclusion logique, c’est que le cannabis devrait être légalisé pour les adultes avec les mêmes restrictions et contrôles pour les jeunes que ceux imposés pour le tabac et l’alcool.
Il faut, bien sûr, faire l’éducation des jeunes sur les drogues : ils doivent connaître les effets et les dangers de l’abus de café, de cannabis, de tabac, d’alcool, de médicaments, de cocaïne, d’héroïne et de solvents volatils. Pour ce faire nous avons besoin d’éducateurs spécialisés dans les substances toxiques, pas de spécialistes en répression policière et en marketing. Des éducateurs qui informent, pas des incompétents qui mettent toutes les drogues au même niveau et qui voient dans la légalisation du cannabis une menace à leur sécurité d’emploi. La répression et la santé sont deux choses distinctes et leur mélange, comme on l’a vu, est un cocktail qui peut être mortel. D’ailleurs, comment se fait-il que les syndicats d’enseignants acceptent que des policiers qui n’y connaissent rien fassent l’éducation des enfants sur les drogues? Les syndicats policiers accepteraient-ils que les professeurs donnent des contraventions autour des postes de police? Il faut sortir les policiers « éducateurs » des écoles et ça presse!
Jean-Marie Laliberté
[1] National Youth Anti-Drug Media Campaign: 2003 Report of Findings